Parole d'excluEs - Tout pour encourager l'inclusion plutôt que l'exclusion

Martine Letarte Collaboration spéciale
Parole d’excluEs a pour objectif de favoriser l’inclusion en suscitant une mobilisation citoyenne. <br />
Photo: Source Parole d’excluEs Parole d’excluEs a pour objectif de favoriser l’inclusion en suscitant une mobilisation citoyenne.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Alors que le Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) tiendra son troisième colloque international les 7 et 8 avril, Le Devoir a décidé de vous présenter Parole d'excluEs, un organisme montréalais innovant sur le front social.

«Le manque de places dans les garderies subventionnées est un obstacle majeur au travail pour les familles à faible revenu, puisqu'elles doivent payer environ de 25 à 30 $ par jour pour une garderie non subventionnée. Au bout d'un mois, elles peuvent obtenir un remboursement du gouvernement, mais ça fait tout de même 500 $ ou 600 $ qu'elles doivent avancer et elles n'y arrivent pas. Nous travaillons donc à la création d'un fonds pour pouvoir avancer ces sommes à ces familles», explique Patrice Rodriguez, fondateur et coordonnateur général de Parole d'excluEs.

L'organisme accompagne également des femmes qui veulent ouvrir une garderie familiale dans le quartier, le secteur de la rue Pelletier dans Montréal-Nord, où il y a eu des arrestations massives de membres d'un gang de rue en 2005.

«Toute la population pourra en bénéficier. Nous avons aussi obtenu, du Bureau coordonnateur de la garde en milieu familial de Montréal-Nord, des services de soutien et d'accompagnement en matière de qualité pour ces femmes qui veulent ouvrir une garderie dans le cadre de notre projet, alors que, d'habitude, le bureau s'occupe seulement des garderies subventionnées», se réjouit Patrice Rodriguez.

Susciter la mobilisation


En créant de l'emploi, en permettant à des femmes de sortir de leur isolement et d'avoir accès au monde du travail, ce projet est une façon parmi tant d'autres, pour Parole d'excluEs, de favoriser l'inclusion en suscitant une mobilisation citoyenne.

«Sans vouloir être cliché, au Québec, la politique sociale dominante est l'offre de services. Et plus une personne est pauvre et exclue, plus on doit lui offrir des services, donc ça devient une somme de problèmes! Ça en prend, des services, mais ce n'est pas la seule réponse à l'exclusion», affirme Patrice Rodriguez, actif dans les domaines de la lutte contre la pauvreté et de l'inclusion depuis une trentaine d'années.

Il est d'ailleurs allé observer ce qui se faisait dans le domaine au Brésil et en Argentine, en 2003. «Dans les pays où l'État est moins présent, on est plus axé vers la mobilisation des personnes. Lorsque la société fonctionne mal et qu'elle produit des inégalités et de l'exclusion, il faut changer le système. Il faut inclure les gens. Et on y arrive avec des projets mobilisateurs», explique-t-il.

L'Accorderie

Un exemple de projet particulièrement mobilisateur mis en place par Parole d'excluEs est le système d'échange de services L'Accorderie. Si quelqu'un donne une heure de son temps, que ce soit pour peindre un appartement, garder des enfants ou encore faire des déclarations de revenus, cela lui donne une heure dans sa banque de temps qu'il peut utiliser selon ses besoins.

«Ce n'est pas du bénévolat, précise M. Rodriguez. Une heure égale une heure, parce que tout le monde a un savoir et des compétences qui peuvent être utiles à d'autres. L'Accorderie compte maintenant plus de 300 membres dans Montréal-Nord et 200 dans Hochelaga-Maisonneuve, où nous sommes actifs dans les logements sociaux de l'ancienne biscuiterie Viau.»

Des besoins collectifs peuvent aussi être comblés par L'Accorderie. Par exemple, à Montréal-Nord, on a créé un groupe d'achats et un autre est en train d'être mis en place dans Hochelaga-Maisonneuve. «Les membres se mettent ensemble pour payer moins cher des produits qui viendront combler leur besoin essentiel qu'est l'alimentation. Mais, comme il n'y a pas de bénévolat à L'Accorderie, les personnes qui s'occupent de la gestion du groupe d'achats se font payer en heures, qu'elles mettent dans leur banque», explique Patrice Rodriguez.

La création de L'Accorderie a été l'une des premières mesures prises par Parole d'excluEs lorsque l'organisme a commencé à travailler avec la Société d'habitation populaire de l'Est de Montréal (SHAPEM) dans l'immeuble de la rue Pelletier, ancien fief du gang de rue.

«La SHAPEM a racheté en 2006 l'immeuble qui avait été pratiquement vidé par l'opération policière et elle y a fait des logements sociaux. L'idée, c'était d'élaborer un projet de mobilisation citoyenne à partir du logement social et L'Accorderie a été un bon moyen d'y arriver. Ça créait un lien social et aussi ça permettait rapidement d'améliorer les conditions économiques des gens grâce à l'échange de services», explique le fondateur.

Besoins et aspirations

Parole d'excluEs travaille également avec des chercheurs universitaires et des étudiants des cycles supérieurs qui font des recherches par rapport à ce qui émerge du terrain. D'ail-leurs, Dario Enriquez, l'un des étudiants inscrits au doctorat qui ont participé aux études, fera une présentation lors du colloque du CRISES.

Les chercheurs ont entre autres réalisé des études sur les besoins et les aspirations des habitants de ces immeubles de logements sociaux de Montréal-Nord et de Hochelaga-Maisonneuve.

Qu'est-il ressorti de ces études? Entre autres, dans Montréal-Nord, le besoin d'avoir des logements sociaux pour les familles nombreuses est apparu assez rapidement. «La SHAPEM a donc acheté un autre immeuble et elle est en train de faire de grands logements avec deux petits. Les besoins dans le domaine de l'emploi sont aussi très nombreux, donc, les citoyens ont décidé de faire une démarche collective par rapport à ça. Ils s'entraident, ils s'appuient, ils se donnent des trucs, etc. Parce qu'une démarche de recherche d'emploi n'est jamais facile et sentir qu'on n'est pas seul fait énormément de bien», indique Patrice Rodriguez.

Pour les familles dans le secteur de l'ancienne biscuiterie Viau, on a entre autres souligné le manque d'espace de jeux pour les enfants. «Une analyse plus fine a été faite récemment dans le voisinage pour savoir plus exactement ce qu'elles avaient envie de retrouver dans cet espace pour jouer, indique M. Rodriguez. Nous présenterons les résultats lors d'une assemblée publique à la fin d'avril ou au début de mai.»

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Collaboratrice du Devoir