Chine - La main-d'oeuvre migrante se raréfie

Des travailleurs migrants prennent une pause après le dîner avant de reprendre le boulot.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Des travailleurs migrants prennent une pause après le dîner avant de reprendre le boulot.

Shangai — Meilleurs salaires et conditions de vie, les 200 millions de travailleurs migrants, ces fameux mingongs chinois souvent laissés pour compte de la croissance qu'ils ont largement contribué à alimenter, ont vu le ciel s'éclaircir.

Lu Jun s'était jusqu'ici battu pour trouver des emplois mal payés qu'il enchaînait, mais aujourd'hui il a davantage de choix, et de latitude pour négocier ses conditions.

Lu, teint hâlé et veste décolorée par le soleil, étudie les diverses options qui s'offrent à lui, lors d'une foire à l'emploi organisée par la ville de Shanghai au retour des mingongs de leur province natale après les longues vacances du Nouvel An lunaire. «Maintenant, ce n'est pas facile de trouver un ouvrier qualifié comme moi», dit fièrement le jeune homme de 25 ans, qui a travaillé dans une imprimerie dans la province orientale de l'Anhui pendant cinq ans.

Le gigantesque réservoir de main-d'oeuvre ouvrière de Chine, qui a permis la croissance exponentielle des exportations chinoises, commence à baisser, selon les économistes.

Ce qui signifie que les employeurs perdent un peu de leur toute-puissance au profit des mingongs [ouvriers paysans] comme Lu, dont la précarité diminue. «La compagnie où je travaillais m'a téléphoné plusieurs fois pour me récupérer», explique Lu à l'AFP. «Mais ils ne me proposent pas une hausse de salaire suffisante».

Son ancien employeur a offert à Lu un salaire mensuel de 3800 yuans (430 euros), soit une hausse de 27 %, mais il veut 4000 yuans.

La pénurie de main-d'oeuvre a commencé à apparaître en 2007 dans les zones côtières chinoises, à forte croissance, et elle touche aujourd'hui surtout la construction, l'électricité, l'électronique et le textile-habillement. Pour les économistes, cette pénurie est le résultat d'une croissance demeurant soutenue combinée aux conséquences de la politique de l'enfant unique.

«Avec le déclin des naissances, il y a 20 ans, le réservoir de main-d'oeuvre en Chine va probablement arrêter de croître très bientôt», estime Stephen Green, économiste de la Standard Chartered Bank, dans une note de recherche.

L'impact se fait surtout sentir lors des vacances du Nouvel An lorsque des dizaines de millions de mingongs quittent leur emploi et ne reviennent pas. Signe des temps, devant la gare principale de Shanghai, un panneau électronique géant accueille les mingongs de retour après le Nouvel An.

La question des salaires a fait des vagues l'an dernier en Chine où les grands constructeurs japonais comme Toyota et Honda ont subi des grèves d'ouvriers demandant des hausses de salaire. Ils ont obtenu partiellement satisfaction.

Le gouvernement a aussi dû augmenter le salaire minimum dans toutes les provinces et un nombre croissant de compagnies ont commencé à envisager leur déménagement vers les provinces de l'intérieur, où la main-d'oeuvre accepte des salaires plus faibles, car elle reste près de chez elle.

«Je rentre chez moi et je ne reviens pas», dit Jiang Buyi, 21 ans, qui vient de quitter son emploi dans une usine électronique de Shanghai, en mordant dans un hamburger de McDonald's à un arrêt d'autobus. «Je vais me former à la réparation auto dans le garage d'un parent» dans la province du Sichuan, réservoir traditionnel de migrants. «La plupart de mes anciens collègues rentrent chez eux chercher du travail aussi».

À la foire à l'emploi de Shanghai, des employeurs sont à la peine. Teng Kewu, qui recrute pour Shanghai Shenlong Enterprise, une usine de machine-outil, est «bien plus sous pression cette année, parce que beaucoup de compagnies du Sud se déplacent vers l'intérieur et attirent la main-d'oeuvre locale».

Dans sa ville de l'Anhui, les autorités envoient même des autobus pour amener les gens à la foire de l'emploi, afin d'aider les compagnies locales à recruter.