L'ONU et le FMI encouragent les pays à investir dans la reprise

«[...] la crise ne sera pas terminée tant que le chômage n’aura pas diminué de manière significative» – Dominique Strauss-Kahn
Photo: Agence France-Presse (photo) Kim Jae-Hwan «[...] la crise ne sera pas terminée tant que le chômage n’aura pas diminué de manière significative» – Dominique Strauss-Kahn

Genève — Abandonner les politiques de relance pour satisfaire les marchés financiers risque de freiner la reprise économique mondiale et de favoriser une «spirale déflationniste», a averti hier l'ONU dans un rapport sur le commerce et le développement.

«Il est nécessaire de poursuivre la politique budgétaire expansionniste pour éviter une spirale déflationniste et une aggravation supplémentaire de la situation de l'emploi», recommande le rapport annuel de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED). Pour le directeur de la division Globalisation et Stratégies de développement à la CNUCED, Heiner Flassbeck, «l'économie mondiale fait face à des risques de déflation spectaculaires» qui pèsent plus particulièrement sur les pays industrialisés.

L'économiste craint avant tout une répétition du phénomène observé au Japon depuis la fin des années 80 où la déflation (baisse des prix) a asphyxié la croissance économique durant plusieurs décennies. La déflation «menace désormais l'économie américaine où le revenu privé des ménages a chuté pour la première fois depuis les années 50», a détaillé M. Flassbeck lors d'une conférence de presse.

Les experts de la CNUCED estiment donc «contre-productif d'abandonner les mesures de relance trop tôt» uniquement dans le but de «tenter de rétablir la confiance des marchés». Ébranlés par la crise internationale et scrutés par les marchés financiers, plusieurs gouvernements européens, comme la Grèce ou l'Espagne, ont annoncé ces derniers mois de véritables cures d'austérité budgétaire.

Mais la CNUCED estime que ces mesures mettent en danger la reprise mondiale qui reste «fragile», car dans la plupart des pays développés, particulièrement en Europe occidentale, la «demande privée ne s'est reprise que partiellement». Ces pays devront donc «compter sur leurs exportations» s'ils veulent relancer leur économie, mais tous «ne pourront pas y parvenir», prévoit le rapport.

Le PIB réel mondial devrait tout de même croître d'environ 3,5 % en 2010 selon la Cnuced, qui note une réaccélération de la croissance de la production dans la plupart des régions, sauf dans l'UE. Mais en regard des réductions budgétaires mises en avant par les gouvernements, M. Flassbeck se montre moins optimiste pour 2011 et s'attend à une croissance atteignant entre 2 % et 2,5 %.

L'économiste regrette par ailleurs que les problèmes systémiques — marchés financiers insuffisamment réglementés et déséquilibres mondiaux des comptes courants — qui ont conduit à la crise en 2007 n'ont toujours pas été résolus par le G20. Il s'est ainsi montré particulièrement inquiet par la réapparition de bulles spéculatives, favorisées par les taux d'intérêt extrêmement bas, sur les marchés des matières premières et des changes.

FMI

Les pays les plus riches de la planète doivent prolonger la durée des plans de soutien à l'économie et les initiatives créatrices d'emploi, avait déclaré lundi le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn. Le FMI constate que de plus en plus de personnes ne parviennent pas à trouver d'emploi durable, ce qui affaiblit la cohésion sociale et accentue les risques de désordres qui pourraient menacer certaines démocraties.

«Le marché du travail traverse une très mauvaise passe», a déclaré Dominique Strauss-Kahn lors d'un colloque à Oslo, ajoutant que la récession avait laissé derrière elle un océan de chômage. «Nous devons reconnaître que la crise ne sera pas terminée tant que le chômage n'aura pas diminué de manière significative», a-t-il dit, ajoutant que la question de la croissance et celle de l'emploi étaient les plus brûlantes.

Selon le premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, également présent à cette conférence organisée à la fois par le FMI et par l'Organisation internationale du Travail, le niveau élevé du chômage pourrait provoquer une crise de confiance en Europe. «La pire des crises serait une crise de pessimisme, de manque de confiance, de résignation», a-t-il dit, avant d'expliquer que la création d'emplois était la première des priorités en Espagne, où 20 % de la population active est privée de travail.

Le premier ministre grec, George Papandréou, a estimé qu'il faudrait «insuffler un peu d'oxygène dans les institutions démocratiques». Quant au commissaire européen chargé de l'Emploi et des affaires sociales, Laszlo Andor, il a qualifié l'année 2010 «d'annus horribilis» pour l'emploi. «Si nous n'agissons pas, 2011 pourrait être une annus horribilis pour la cohésion sociale», a-t-il ajouté.

Le FMI estime qu'un soutien prolongé à l'économie méritait bien une augmentation de la dette s'il a permis de combattre le chômage, plus coûteux selon lui pour les sociétés dont certains travailleurs risquent de sombrer dans le découragement, perdre les économies d'une vie ou abandonner le marché de l'emploi. La sévérité de la crise incite le FMI à défendre le principe de la prolongation de l'indemnisation du chômage, afin de soutenir à la fois la demande et le moral des personnes concernées, tout en accordant des primes aux entreprises qui privilégient la réduction du temps de travail et des salaires au détriment des suppressions de postes.


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Avec Reuters

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