Changements climatiques: les technologies propres ont la cote

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Le gouvernement du Québec a émis des obligations vertes en février dernier pour financer l’achat de trains Azur.
Photo: Annik MH de Carufel Le devoir Le gouvernement du Québec a émis des obligations vertes en février dernier pour financer l’achat de trains Azur.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le secteur des technologies propres se trouve à un moment charnière. C’est du moins ce que constate Andrée-Lise Méthot, une pionnière de l’investissement dans ce créneau.

En décembre 2016, le fonds d’investissement consacré aux technologies propres Cycle Capital Management, qu’elle a fondé en 2009, avait publié un document en collaboration avec Technologie du développement durable Canada (TDDC), un fonds d’investissement public, qui signalait un manque d’investissements canadiens dans ce secteur. Or, elle observe déjà un changement. « Ça fait dix ans que je fais ce métier. Je peux vous dire qu’aujourd’hui, je sens qu’on s’en va dans la bonne direction », souligne-t-elle.

Dans les portefeuilles de Cycle Capital Management, le nombre d’entreprises qui ont réussi à lever plus de 15 millions en un cycle de financement a doublé dans la dernière année. Dans certains cas, d’importants acteurs de la scène internationale se sont joints comme coinvestisseurs. Le bras d’investissement de BMW a notamment placé de l’argent à ses côtés dans l’entreprise GaN Systems, spécialisée dans la maximisation de l’efficacité des composantes électroniques. « On est capables d’attirer des acteurs réputés de taille mondiale, se réjouit Mme Méthot. Ça veut dire que nos entreprises sont suffisamment attractives pour que nous, comme investisseurs, on puisse attirer d’autres joueurs. »

Ajoutons à cela le dernier budget du gouvernement fédéral, qui a promis 1,4 milliard de nouveaux fonds pour accélérer la commercialisation chez des entreprises dans les technologies propres. Mme Méthot croit toutefois qu’il vaut mieux concentrer les investissements sur les meilleures entreprises du secteur. « Il faut arrêter de saupoudrer, prier et espérer que des choses arrivent. Il ne faut en choisir que quelques-unes, les soutenir et les aider à traverser les difficultés, insiste-t-elle.La pire erreur que l’on pourrait faire, présentement, serait de penser petit. Il faut avoir de l’ambition pour nos entrepreneurs. » Elle salue d’ailleurs l’annonce récente par la Caisse de dépôt et placement du Québec d’une stratégie d’investissement face au défi climatique. La CDPQ a déclaré qu’elle prendrait en compte le facteur climatique dans chacune de ses décisions d’investissement et augmenterait ses investissements sobres en carbone de 8 milliards sur trois ans.

Obligations vertes

On observe aussi un engouement du monde financier pour pour les obligations vertes. Les capitaux levés par l’émission de ce type d’obligations sont réinjectés dans des projets visant à protéger l’environnement, réduire les gaz à effet de serre ou à s’adapter aux changements climatiques. Le gouvernement du Québec, par exemple, en a émis en février dernier pour financer l’achat de trains Azur et d’autobus hybrides par la Société des transports de Montréal (STM).

Devant cette vague, Bâtirente, le système de retraite de la CSN, va consacrer une partie de son portefeuille obligataire à un fonds spécialisé en obligation verte.Daniel Simard, directeur général de Bâtirente, vient de faire approuver cette nouvelle approche à son conseil d’administration. « On a rencontré plusieurs sociétés de gestion qui proposent des stratégies et finalement, on en a retenu une, raconte M. Simard. J’ai l’impression qu’au cours des prochaines semaines, ou avant la fin de l’année, on va avoir commencé à débourser des sommes de ce côté. »

Bâtirente souhaite ainsi se joindre aux investisseurs qui achètent ce nouvel instrument financier arrivé à une certaine maturité. « Un nombre croissant d’émetteurs acceptent de se soumettre à des principes, observe M. Simard. Il s’est développé toute une instrumentation pour s’assurer que les capitaux, qui sont levés par une émission d’obligations vertes, sont certifiés et contrôlés, afin d’être certains que les fonds recueillis, dans le cadre d’un fonds obligataire semblable, sont vraiment destinés à financer l’émergence, la construction ou le développement des solutions promises. »

Engagement actionnarial

En parallèle, les investisseurs demandent de plus en plus aux grandes entreprises énergétiques, dans lesquelles ils possèdent des actions, de rendre des comptes sur les mesures qu’elles prennent relativement aux changements climatiques. Si l’engagement actionnarial réalisé en ce sens prenait au départ une connotation éthique, il se justifie désormais de manière financière. Une entreprise trop polluante ou trop exposée aux énergies fossiles constitue notamment un risque financier à long terme : pour atteindre l’objectif de limiter l’augmentation de la température mondiale en deçà de 2 degrés Celsius, comme convenu dans l’Accord de Paris, plusieurs actifs des compagnies pétrolières, par exemple, ne pourront être exploités.

Aequo, une firme montréalaise d’engagement actionnarial fondée par Bâtirente et le Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises, entretient des dialogues sur ces enjeux avec des poids lourds de l’énergie dont leurs clients sont actionnaires. Parmi eux, il y a American Electric Power (AEP), TransCanada et Suncor. « Ils sont très réceptifs à cette conversation », note Jean-Philippe Renaut, directeur général d’Aequo. Il précise que ces entreprises ont souvent des employés formés autour de ces enjeux, contrairement aux détaillants de pétrole, chez qui il constate qu’un plus long travail reste à faire pour éveiller les consciences à ces risques. « Parfois, poser la bonne question au bon moment et au bon endroit génère beaucoup de réflexion de leur côté, affirme-t-il. Il y a peut-être des personnes à l’interne qui travaillent depuis trois ans sur une politique d’efficacité énergétique, qui se penchent sur les marchés émergents. Et lorsqu’un investisseur vient leur demander comment ils feront face à la demande croissante pour les produits moins énergivores, [ces personnes] peuvent justifier leurs initiatives et leurs efforts à l’interne. »