Vers une population âgée et pauvre?

Martine Letarte Collaboration spéciale
Le démographe Yves Carrière s’inquiète particulièrement du passage de l’âge de la retraite à 67 ans pour la pension de la Sécurité de la vieillesse décidé par Stephen Harper. Justin Trudeau a toutefois promis de le ramener à 65 ans.
Photo: Pedro Ruiz Le devoir Le démographe Yves Carrière s’inquiète particulièrement du passage de l’âge de la retraite à 67 ans pour la pension de la Sécurité de la vieillesse décidé par Stephen Harper. Justin Trudeau a toutefois promis de le ramener à 65 ans.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La population québécoise vieillit, mais dans quelles conditions économiques ? Cela varie énormément d’une personne à une autre. Certains chanceux ont accès à un régime complémentaire de retraite, ou peuvent mettre des sous de côté, mais les taux d’intérêt sont souvent faméliques. D’autres n’y arrivent tout simplement pas et s’en remettent à l’État. Pour des questions de justice sociale, mais aussi de santé économique, plusieurs voix s’élèvent pour demander une réforme des régimes publics de retraite.

Les projections indiquent que dans 20 ans, 25 % de la population sera âgée d’au moins 65 ans et il y aura plus de décès que de naissances. « Si une bonne proportion de ces personnes connaît une baisse importante de son niveau de vie, ce ne sera pas seulement elles qui le ressentiront, mais toute l’économie », affirme Yves Carrière, professeur au Département de démographie à l’Université de Montréal.

La Régie des rentes du Québec (RRQ) couvre 25 % d’un revenu maximal admissible de 53 600 $ en 2015 et la prestation annuelle maximale est de près de 12 800 $. On ajoute la pension de la Sécurité de la vieillesse, soit un peu plus de 6800 $, et, si la personne n’a pas d’autre revenu, le Supplément de revenu garanti de 2250 $ et on atteint un total annuel de près de 22 000 $.

« Lorsque le Régime des rentes du Québec a été créé, on comptait aussi sur les régimes complémentaires de retraite offerts par les employeurs, mais ils ne sont pas au rendez-vous », constate M. Carrière, également chercheur spécialisé dans le vieillissement des populations et le système de revenu de retraite.

Plusieurs organisations militent pour un rehaussement de la couverture de la RRQ. Le Réseau FADOQ (Fédération de l’Âge d’Or du Québec), par exemple, souhaite faire passer le revenu admissible à 70 000 $ et couvrir 50 %.

« Alors que plus de 60 % des travailleurs n’ont pas de régime complémentaire de retraite, le régime public est d’une importance capitale et c’est un véhicule extraordinaire d’investissement avec des frais mineurs et qui s’adresse à tout le monde », affirme Danis Prud’homme, directeur général du Réseau FADOQ.

Le grand argument pour les détracteurs de cette avenue ? Le prix à payer pour les employeurs qui assument la moitié de la cotisation de leurs employés.

« Oui, les employeurs payeraient davantage, mais il faut avoir une vision de l’économie à plus long terme », affirme Yves Carrière.

Protéger les plus pauvres

Le Réseau FADOQ s’inquiète de la situation de nombreuses personnes âgées.

« Déjà, 40 % des 65 ans et plus reçoivent le Supplément de revenu garanti, ce qui signifie qu’ils n’ont pas un revenu suffisant pour subvenir à leurs besoins, affirme Danis Prud’homme. Puis, un sondage pancanadien nous a appris qu’au Québec, les 70 ans et plus se sont endettés de 12 % de plus dans les deux dernières années. Principalement pour des soins de santé et pour leur logement, alors que plusieurs hypothèquent leur maison afin de payer leurs taxes foncières, qui augmentent rapidement. »

Yves Carrière s’inquiète particulièrement du passage de l’âge de la retraite à 67 ans pour la pension de la Sécurité de la vieillesse décidé par Stephen Harper. Justin Trudeau a toutefois promis de le ramener à 65 ans.

Le démographe constate que cette hausse n’est pas essentielle pour inciter les gens à travailler plus longtemps.

« Il y a une augmentation très importante de la durée de vie en emploi chez les 55 ans et plus depuis le milieu des années 90, dit-il. Par exemple, chez les hommes de 60 à 64 ans, le taux de population active était de près de 41 % en 2000, et il a augmenté à 54 % en 2014. Chez les femmes, il est passé de 20 à 44 %. »

Puis, il constate qu’avec le taux de remplacement du revenu actuel par le régime public, repousser l’âge de la retraite n’est pas un gros incitatif à rester en emploi pour les gens qui gagnent des salaires importants.

« On risque plutôt de pénaliser ceux qui ont perdu leur emploi et qui n’arrivent pas à en trouver un autre, ou ceux qui sont malades, croit-il. D’ailleurs, lorsqu’on regarde l’espérance de vie chez les hommes de 25 ans, il y a une différence de plus de sept ans en faveur des hommes en haut de l'échelle de revenu, par rapport à ceux qui sont en bas. Chez les femmes, c’est plus de quatre ans. Cela joue sur les probabilités d’être en mesure de travailler plus longtemps. En relevant l’âge de la retraite, on met ces gens plus à risque et cela peut venir creuser encore plus les écarts. »

Ailleurs dans le monde, la tendance est de revoir les régimes de retraite publics à la baisse puisque des taux de remplacement du revenu très élevés ont fait exploser les coûts. Or, la situation est très différente au Canada.

« On prévoit que les dépenses pour les pensions publiques représenteront 6,2 % du produit intérieur brut (PIB) au Canada en 2060, contre 13 % pour les pays de l’Union européenne, puis la moyenne des pays de l’OCDE était déjà à près de 8 % en 2009 », indique M. Carrière. « Le régime de retraite public du Canada est très chiche par rapport à bien d’autres. »

1 commentaire
  • Yves Corbeil - Inscrit 22 novembre 2015 10 h 14

    Elle est là la recette

    Ça prends juste plus de table à pique nic en pleine air. Je me rappelle plus jeune je voyais tous les vieux assis aux picnics des centres d'achat. Mais aujourd'hui t'as plus le droit de fumer aux centre d'achat dons ça prends plus de table dans les parcs et il faut absolument arrêter les énergumènes de maire qui veulent interdir le droit de fumer au parc. Et ça prendrait de machines à café et chocolat chaud gratis qui fonctionnent avec ta carte de l'âge d'or.

    Ça coûte pas cher les bonnes idées, je vous la laisse gratis.

    3%, 4% 10% $23000 ou $27000 si tu peux pas te loger et te nourrir convenablement...t'es aussi bien d'aller t'assoir au parc, ça sera gratis avec le café et le chocolat.

    Misère que c'est dur d'administrer un pays, une province, une ville sans déranger les riches dans les paradis de la terre qui ne veulent surtout pas en entendre parler.