Éclatement de l’euro : le froid et le chaud

Il appert que, sur les marchés financiers mondiaux, les grands investisseurs institutionnels se préparent à l’éclatement de l’euro. Les probabilités d’un tel scénario auraient monté d’un cran ou deux avec cette crise de la dette souveraine s’étendant désormais à l’Italie, un poids lourd comptant pour 17 % du PIB de la zone, près du double de celui de l’Espagne. D’autant que, contrairement aux autres pays placés sous l’aide européenne, l’Italie a les moyens de s’opposer aux conditions européennes et de reprendre sa planche à billets. Une récente étude de Bank of America Merryll Lynch propose une froide et rationnelle lecture des conséquences d’un tel krach de l’euro, plaçant l’Italie grande gagnante et l’Allemagne, grande perdante. Mais hors papier, tout indique qu’un tel éclatement serait tout sauf une formalité.


Dans son étude, Bank of America Merrill Lynch a examiné l’impact d’une sortie ordonnée de la zone euro sur 11 pays. Les conclusions suivantes sont tirées d’un texte publié par Le Figaro.


Possibilité de sortie organisée : l’Allemagne la plus à l’aise


Pour accuser le coup d’une sortie de la zone euro, qui limite l’accès aux marchés de capitaux, il faut avoir des déficits publics limités et des excédents courants. Sans surprise, c’est l’Allemagne qui est la mieux placée pour relever ce défi, devant l’Autriche, les Pays-Bas et, surprise, l’Italie. La France arrive en neuvième position avec l’Irlande, la lanterne rouge revenant à la Grèce et à l’Espagne.


Impact sur la croissance : gains de 7 % pour l’Irlande


Il dépendra du niveau de la monnaie nationale après abandon de l’euro et de son effet sur le volume des exportations. Compte tenu du poids des exportations dans le PIB, l’Irlande serait la première bénéficiaire. La banque américaine table sur une hausse de PIB de 7 %. L’Italie arrive en deuxième position avec une hausse du PIB de 3 %. À l’inverse, l’Allemagne enregistrerait la plus grosse chute de 7 %, en raison de l’envolée du mark.


Impact sur les coûts d’emprunt : 37 % d’économies pour la Grèce


Loin de s’envoler après l’éclatement de la zone euro, les taux d’emprunt à 10 ans reculeraient dans les pays périphériques, grâce au retour à la souveraineté monétaire qui éloigne le risque de défaut. Résultat : les coûts d’emprunt reculeraient de 2200 points pour la Grèce, de 590 points pour le Portugal et de 400 points pour l’Irlande. Les taux allemands, eux, seraient en hausse de 80 points, car le « bund » ne jouerait plus son rôle de valeur refuge. Cela permettrait aux pays périphériques de substantielles économies, évaluées à 37,7 % du PIB pour la Grèce.


Impact sur les bilans privés et publics : l’Allemagne grande perdante


En cas de sortie de la zone euro, les dettes privées (ménages, entreprises) ou publiques (État) à l’égard de l’extérieur seraient libellées en monnaie locale et non reconverties. En cas de dépréciation de la monnaie, la dette deviendrait plus « légère » pour l’État emprunteur. Et c’est le prêteur qui y perdrait. En cas d’appréciation, la dette s’apprécierait d’autant. L’Allemagne serait donc la principale perdante. L’effet serait inverse en Irlande, où la dette externe représente 17 fois le PIB, devant la Belgique (4 fois le PIB).


En résumé, reprend Le Figaro, l’Italie et l’Irlande auraient le plus à gagner d’une sortie ordonnée, alors que l’Allemagne, l’Autriche et la Finlande seraient les grandes perdantes d’un tel scénario. Des pays périphériques, c’est l’Espagne, avec son système bancaire fragilisé, qui aurait le moins à gagner d’un éclatement de la zone euro.


Voilà pour un froid regard. Mais quant au scénario réel le plus probable, les commentateurs évoquent des lendemains apocalyptiques à un krach de l’euro. Des mouvements de jeunes chômeurs du sud vers les pays du nord de l’Europe et un déplacement dans le même sens des capitaux privés apparaissent déjà sur le radar. Dépression en Europe et sévère récession mondiale sont toutefois à mettre au menu d’un éclatement de la monnaie unique. S’ensuivent des transferts massifs de capitaux hors Europe et une course aux liquidités provoquant un effondrement du système bancaire sous un effet de panique. Dévaluations en série, faillites d’entreprises et défauts des banques forceraient un rétablissement rapide des frontières économiques avec, à la clé, un retour au protectionnisme à un degré jamais vu depuis la Grande Dépression de 1929. Chômage, pauvreté et effondrement du patrimoine de la classe moyenne deviendraient synonymes de bouleversement social et politique, créant un terreau fertile à la montée de l’extrémisme.


Pour la suite des choses…

1 commentaire
  • Catherine Paquet - Abonnée 22 juillet 2012 05 h 16

    Du temps perdu

    Je consens à perdre encore un peu plus de mon temps, mais il faut que je dise que la lecture de ce texte est du temps complètement perdu à contempler un scénario si improbable que c'en devient une facétie.
    Premièrement un pays ne peut pas quitter la zone euro, sans sortir également de l'Union européenne elle-même. Aucun leader sensé n'envisagerait cette hypothèse. Deuzièmement aucun leader sensé ne songerait à émettre une nouvelle monnaie, dont personne ne voudrait, vu le niveau d'endettement des pays qui sont forcé, aujourd'hui de quémander de l'aide de leurs partenaires.