Investissement responsable - La morale aussi peut rapporter des dividendes

L'investissement responsable s'éloigne de plus en plus de son caractère militant pour devenir un incontournable dans les portefeuilles de nombreux investisseurs, alors que les préoccupations environnementales, sociales et de bonne gouvernance devront inévitablement être prises en compte dans les années à venir. Reste le problème de la définition de ce qu'est la finance responsable, un aspect qui varie d'un fonds à l'autre.

«Le changement de paradigme est en train de se faire. L'investissement responsable n'est plus considéré comme une classe d'actifs en soi, mais vraiment comme la façon de plus en plus nécessaire de transformer l'investissement traditionnel, explique Olivier Gamache, président-directeur général du Groupe investissement responsable (GIR). Il faut d'abord se responsabiliser comme actionnaire si on veut donner le ton au marché et faire des progrès sur les trois grands piliers que sont les enjeux environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance.»

Preuve que ce type d'investissement fait son chemin, «la demande est bonne en croissance», observe M. Gamache. «Et les gens s'intéressent de plus en plus aux aspects financiers liés aux fonds responsables. Ce n'est plus seulement une question morale.» Il faut dire que le secteur a connu une bonne performance au cours des dernières années, en dehors de la crise économique mondiale qui a heurté de plein fouet tous les acteurs du marché. La société Mercer a déjà démontré que, sur 36 études portant le rendement obtenu par des investisseurs qui ont pris en compte les facteurs environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance (ESG), 20 avaient noté un impact positif. Un total de 13 a indiqué que l'impact avait été nul et seulement 3 ont conclu à un impact négatif.

Les années à venir devraient aussi militer en faveur de l'investissement responsable, souligne le p.-d.g. du GIR. Tout ce qui a trait aux risques liés aux changements climatiques, par exemple, devrait prendre davantage de place dans les décisions des grands investisseurs. Une étude dévoilée la semaine dernière par le Fonds mondial pour la nature du Canada indiquait justement que des fonds dont l'empreinte carbone est plus importante seront davantage exposés à des risques d'investissement liés aux émissions de gaz à effet de serre, donc à des risques du point de vue de la réglementation, des risques de litiges, des risques du marché et des risques pour la réputation.

En ce sens, l'indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto est particulièrement exposé. Il est en effet le troisième marché en importance pour ce qui est de l'empreinte carbone, mesurée en émissions de carbone par million de dollars américains de ventes.

Quelle définition?

D'où un avantage accru pour les fonds qui tiennent davantage compte de ces aspects dans leurs choix. Mais plusieurs fonds dits «verts» investissent pourtant dans des entreprises pétrolières. C'est le cas du Fonds Desjardins Environnement. L'entreprise Suncor, active dans le très polluant secteur des sables bitumineux, figure parmi les dix titres dominants de ce fonds qui «désire encourager des entreprises qui gèrent de manière responsable et active la portée environnementale de leurs activités». On y retrouve aussi Talisman Energy, qui souhaite exploiter le gaz de schiste québécois, et la société aurifère Barrick Gold, bête noire de nombreux groupes sociaux et environnementaux.

M. Gamache rappelle toutefois que plusieurs fonds, au lieu d'exclure purement et simplement des secteurs comme celui de l'énergie — très important à la Bourse de Toronto —, tentent plutôt de placer leurs billes chez «le meilleur de la classe». On tente ainsi de déterminer quelles sont les sociétés qui ont les meilleures pratiques de leur secteur avant de trancher. Il est également possible d'engager un certain «dialogue» avec les entreprises afin de les amener progressivement à améliorer leurs pratiques.

Les fonds qui se définissent comme responsables, ajoute M. Gamache, sont également en concurrence avec ceux dits classiques en ce qui a trait au rendement. Difficile, donc, dans le contexte canadien, d'exclure totalement le secteur énergétique, si controversé qu'il puisse être aux yeux de plusieurs. D'autant que cela diminuerait la «diversité» du portefeuille, ce qui constitue un risque accru pour l'investisseur.

Reste la question des normes qui pourraient éventuellement encadrer ce qui peut être défini comme faisant partie de placements ou d'investissements responsables. Dans ce domaine, le débat est loin d'être terminé. Mais cette avenue est «inévitable», selon Olivier Gamache. «Ceux qui conçoivent les fonds considèrent que ce serait un avantage», souligne-t-il.

On pourrait notamment s'inspirer de la Belgique, où l'on a déjà étudié une norme qui permettrait d'évaluer le respect des droits sociaux, de l'environnement et de certains principes de gouvernance. Les fonds seraient tenus de rendre publics leurs critères d'évaluation, ainsi que leur méthodologie, en plus de se soumettre à une évaluation régulière. Sa mise en application reste toutefois à faire.
7 commentaires
  • Guylaine Vezina - Inscrit 25 janvier 2011 07 h 26

    "Aidez-nous à tout détruire!"

    Fonds Desjardins Environnement: Suncor (sable bitumineux), Talisman Energy (gaz de shiste) et Barrick Gold (poursuite-baîllon de 6 millions contre Écosociété). À quand les Fonds éthiques pour la paix? « Aidez-nous à tout détruire! » comme dirait Richard Desjardins.

  • oracle - Inscrit 25 janvier 2011 07 h 33

    Faut vraiment de tout pour faire un monde.

    Dire qu'il y a à peine trois jours une éditorialiste bien en vue du Devoir enjoignait ses lecteurs de faire abstraction de la morale quand ils traitent de légalité !

    Pierre-Michel Sajous

  • Sanzalure - Inscrit 25 janvier 2011 07 h 36

    Économie solidaire

    Soutenez l'économie solidaire. À court terme, ça rapporte peut-être moins que dans les secteurs de l'énergie, de l'armement et des mines. Mais lorsque les prochaines crises secoueront ces secteurs, c'est l'économie solidaire qui sauvera la mise.

    Serge Grenier

  • Gaston Bourdages - Abonné 25 janvier 2011 08 h 10

    À Monsieur Pierre-Michel Sajous alias Oracle...

    Salutations ensoleillées à vous et mille mercis pour cette ouverture.Ah! Quelles fréquentations...je cherche un qualificatif ? que celles de «morale» et de «légalité» !
    Sur www.unpublic.gastonbourdages.com humblement j'y ai écrit sur :«...la légalité de la malpropreté...»
    Possible la conciliation entre les deux ? La morale de l'un(e) pouvant être parfois aux Antipodes de celles de l,autre...
    Tout un univers que celui de la conscience !
    Il existe des lieux privilégiés...(sic..) pour en faire les expériences...j'ai connu prison et pénitenciers...ma conscience avait besoins d'y être logée....question que je me mette finalement à SON écoûte...
    Sauf que...oui...sauf que je n'ai DU TOUT le goût d'y retourner.
    Un fait indiscutable : je MÉRITAIS d'y aller.
    Des gens ont souffert et souffrent encore de ce que j'ai été...de ce que j'ai fait...une des autres facettes de «ma» sentence à vie même libéré du froid béton des planchers, des murs et des plafonds, du sourd bruit des portes d'acier et de la vue des barbelés entourant la carcérale enceinte...
    Gaston Bourdages
    Écrivain
    www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Jean-Philippe Baillargeon - Abonné 25 janvier 2011 08 h 21

    Et la bonne vieille épargne ???

    Celle avec laquelle M. Flaherty et autres grands souteneurs de l'économie financière nous rabâchent les oreilles. Tant que le rendement en bourse ne sera pas compris en tant que destruction et restructuration, chômage et baisse des salaires, allègement et ponction dans l'économie réelle peut-on croire que notre infime participation à ces fonds d'investissements "verts" n'est pas là que pour leur bien, leur image, leur conscience ?

    Notre participation à l'agglutination des fonds en surenchères leur disent que nous acceptons qu'ils agissent ainsi, à moyen ou, ce qui est plus dangereux, à court terme, car leur vue était déjà courte. Et si demain l'investissement responsable le devenait vraiment, les multinationales deviendraient nues et n'auraient peut-être plus envie qu'on les regardent.

    Et la morale est bien plus une doxa qu'une éthique.