Un projet mort-né - Québec rejette le REER obligatoire proposé par l'ancien ministre Castonguay

Auteur d'une autre étude l'an dernier sur le travail des aînés, Claude Castonguay se réjouissait mardi de voir les Québécois plus ouverts à l'idée de retarder le début de leur retraite. «C'est l'autre partie de l'équation», disait-il.
Photo: Jacques Nadeau - archives Le Devoir Auteur d'une autre étude l'an dernier sur le travail des aînés, Claude Castonguay se réjouissait mardi de voir les Québécois plus ouverts à l'idée de retarder le début de leur retraite. «C'est l'autre partie de l'équation», disait-il.

Québec ferme la porte à l'idée de Claude Castonguay de créer un nouveau régime REER obligatoire pour les travailleurs sans régime de retraite chez leur employeur. Le problème des revenus de retraite au Québec n'empêche toutefois pas ses travailleurs de prendre leur retraite plus tôt que les autres au Canada.

«La volonté du gouvernement n'est pas d'obliger les Québécois à cotiser dans des REER, mais plutôt de mettre en place des outils efficaces pour inciter la population à épargner volontairement», a déclaré hier au Devoir Nicolas Murgia, porte-parole de la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale et ministre responsable de la Régie des rentes du Québec (RRQ), Julie Boulet.

Les problèmes de financement du Régime des rentes du Québec (RRQ) «ne sont un secret pour personne», a-t-il poursuivi. Le gouvernement entend d'ailleurs présenter sous peu une mise à jour législative visant à en assainir les bases. On étudie également la possibilité de mettre en place un système multiemployeur qui permettrait à des PME de s'unir pour se doter d'une caisse de retraite commune.

Le gouvernement Charest rejette ainsi la principale recommandation faite mardi par l'ancien ministre libéral et fellow au Centre de recherche en analyse des organisations (CIRANO), Claude Castonguay. Il y rappelait que, faute de régime complémentaire de retraite d'employeurs et de cotisations suffisantes à des régimes enregistrés d'épargne (REER), plus de 60 % des Québécois seront incapables de maintenir leur niveau de vie à la retraite. Il proposait notamment de forcer les travailleurs dépourvus de régime de retraite d'employeurs à cotiser à un nouveau régime REER à partir d'un revenu annuel d'environ 30 000 $ jusqu'à 70 000 $.

Le gouvernement n'était pas le seul à rejeter cette idée hier. «On partage le diagnostic de M. Castonguay, mais on n'est pas d'accord avec sa solution», a déclaré lors d'un entretien téléphonique avec Le Devoir François Rebello, critique du PQ en matière de régime de retraite. La plupart des Québécois qui cotisent actuellement à des REER le font parce que leurs employeurs versent une partie du montant, souvent la moitié, a-t-il expliqué. Il suffirait, pense-t-il, de faire en sorte que cette pratique s'étende à l'ensemble des employeurs pour inciter un plus grand nombre de Québécois à cotiser plus.

La CSN plaidait hier pour un nouveau régime REER obligatoire... pour leurs employeurs. Elle proposait également un relèvement de la couverture offerte par les régimes publics de retraite québécois et fédéral. La FTQ a réclamé à son tour une réforme du RRQ visant «à doubler les revenus des futurs retraités».

Mal aimée Caisse de dépôt

Claude Castonguay s'est également montré très critique à l'égard de la performance de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui a la responsabilité de faire fructifier les fonds du RRQ et de plusieurs caisses de retraite du secteur public. Il souhaiterait que la Caisse soit soumise à une surveillance plus étroite et aurait voulu que les sommes amassées par son régime REER obligatoire soient confiées à d'autres gestionnaires de fonds.

Il s'est encore une fois heurté à un mur à Québec. «Il est vrai que les performances de la Caisse ont été décevantes en 2008, a commenté Catherine Poulin, porte-parole du ministre des Finances, Raymond Bachand. Il devait y avoir un changement de cap, et il a eu lieu», a-t-elle assuré, citant, entre autres choses, les changements au conseil d'administration et dans l'équipe de direction, le renforcement de sa gestion de risque et l'augmentation de sa transparence.

L'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP) s'est dite d'accord avec Claude Castonguay. «Une évaluation objective et transparente de la performance de la Caisse est une priorité afin d'éviter que la catastrophe de 2008 ne se reproduise», a répété sa présidente, Madelaine Michaud.

François Rebello partage cette opinion. Il voudrait aussi que les fonds d'éventuels systèmes multiemployeur ou caisses de retraite régionales soient confiés à d'autres gestionnaires que ceux de la Caisse de dépôt ou ceux des fonds communs de placement, aux frais de gestion exorbitants.

Jeunes retraités québécois

Auteur d'une autre étude l'an dernier sur le travail des aînés, Claude Castonguay se réjouissait mardi de voir les Québécois plus ouverts à l'idée de retarder le début de leur retraite. «C'est l'autre partie de l'équation», disait-il.

Une étude de l'Institut de la statistique du Québec a semblé venir contredire cette perception hier. On y rapportait que près de la moitié (45 %) des nouveaux retraités en 2008-2009 avaient moins de 60 ans. C'est beaucoup plus qu'en Ontario (33 %) ou dans les provinces de l'Ouest (28 %).

Selon l'ISQ, cette forte proportion et cet écart avec le reste du pays s'expliquent notamment par le fait que ces nouveaux retraités québécois comptaient aussi un plus grand nombre de diplômés postsecondaires, de travailleurs à temps plein, de personnes comptant plus de 20 ans de vie professionnelle et d'employés du secteur public que dans les autres provinces, soit autant de facteurs laissant croire qu'ils disposaient de meilleurs fonds de retraite que les autres. On remarque d'ailleurs que la proportion de ceux qui venaient du secteur privé ou qui étaient travailleurs autonomes et qui ont pris leur retraite après 65 ans (70 %) est la même qu'en Ontario.

Il reste tout de même un écart entre les Québécois et les autres Canadiens que ces facteurs n'expliquent pas. «On savait que les retraites se prenaient relativement tôt au Québec, a expliqué hier l'auteur de l'étude, Jean-François Dorion, à la Presse canadienne. Mais de voir que c'est moins de 60 ans, il y a quand même une marge. [...] On suppose que ça ne se prend quand même pas à 50 ans non plus.»

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Précision

L’article sur le rejet par Québec de l’idée d’un REER obligatoire pour certains travailleurs proposée par Claude Castonguay et publié dans notre édition du 13 janvier en page B1 rapportait que la CSN voudrait, plutôt, un REER obligatoire pour les employeurs. La centrale syndicale réclame, en fait, qu’une loi «oblige les employeurs à une cotisation de retraite minimum pour leurs employés».



14 commentaires
  • Jeannot Vachon - Inscrit 13 janvier 2011 07 h 38

    REER obligatoire : excellente idée

    Autant le gouvernement Charest que l’opposition péquiste rejettent la suggestion d’un REER obligatoire de Claude Gastonguay. C’est compréhensible selon plusieurs facteurs. On est dirigés par des gens qui manquent de courage politique, qui constatent les problèmes mais ne passent jamais en mode solution et, surtout, qui ont peur de déplaire à court terme. Ils aiment mieux utiliser des méthodes dispendieuses qui obligent à cultiver la dette globale, comme d’engloutir des centaines de millions dans des programmes d’épargne aux effets pervers comme les fonds de travailleurs.

    On veut laisser le contribuable libre, libre de ne pas économiser et de se retrouver à la charge de la collectivité lors de sa retraite. Belle liberté! Pourtant, quand on parle des fonctionnaires, on en bave de jalousie en disant que ces gens sont des gras durs du système parce qu’ils ont un plan de retraite en béton. Or, de tels plans ne sont pas des cadeaux, ils viennent de la rémunération de l’employé. Même si la moitié passe directement de l’employeur au régime, cet avantage vient du salaire et est considéré dans le salaire négocié. Les fonctionnaires ont-ils la liberté de cotiser ou non? Aucune liberté à ce sujet mais ils ne s’en plaignent pas et, en plus, ils sont enviés par ceux qui sont « libres ».

    Bien sûr, les gagne-petits sont morts de rire, car, à 65 ans, ils tombent sous l’aide sociale fédérale avec le supplément garanti non imposable. C’est sans doute aussi un motif pour que le Québec ne bouge jamais sur cet aspect. Belle retraite en perspectives pour 60% de la population de vivre avec moins de 16,000$ par année. La population active diminuée et le 40% de fourmis devront payer les impôts pour supporter toutes ces vieilles cigales.

  • asclepios - Inscrit 13 janvier 2011 08 h 54

    Et quelle en sera la finalité?

    Imaginons qu'on se dote d'un REER obligatoire, qu'on ait trouvé la formule parfaite pour décider du taux de cotisation de chacun (fixe ou autre), qu'on ait l'équipe de gestionnaires parfaite pour faire fructifier ces placements en respectant les sensibilités de chacun des cotisants. Quels seront les mécanismes mis en place pour cette organisation reste saine?

    Il me semble qu'il va s'imposer qu'on doit laisser à chacun le choix de son propre REER. À partir de ce moment-là, tout ce qu'il restera, c'est cette obligation légale de souscrire à un REER. Est-ce que c'est la solution visée?

  • Marie Mance Vallée - Inscrite 13 janvier 2011 09 h 06

    Plus confiance...

    Qui est encore assez naïf pour confier ses économies en vue de la retraite au gouvernement du Québec...!!!

    Rappelez-vous les 42 milliards de la CDPQ qui se sont volatilisés.

    D'ailleurs, nous ne savons pas encore où ils sont passés et dans quelles poches ils se retrouvent.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 13 janvier 2011 09 h 18

    Le gouvernement sera toujours là....

    L'idée de M. Castonguay méritait d'être explorée plus avant. Mais non, on encourage l'irresponsabilité puisque tous ceux qui dédaignent l'épargne et se fichent de l'avenir seront récompensés de leur incurie par un programme ou un autre le moment venu, tel le supplément de revenu garanti. Ce sont les jeunes d'aujourd'hui, mieux préparés par leur efforts, qui paieront la note.

    On propose des programmes d'encouragement à l'épargne, mais cela fait des années que l'on inonde dès le mois de décembre et jusqu'à la fin de février, les journaux d'un prêchi-prêcha en ce sens. Quels en sont les résultats?

    Il reste toujours Loto-Québec...bien des québécois y croient dur comme fer.

  • alen - Inscrit 13 janvier 2011 09 h 18

    Pas impressionné (à Jeannot Vachon)

    Je ne suis pas plus impressionné par la proposition de Monsieur Castonguay que par vos préjugés, Monsieur Vachon.

    La première, je l'ai dit hier, n'a d'autre objectif que de livrer votre magot aux financières canadiennes, qui n'en finissent pas de nous saigner. Les deuxièmes n'ont jamais cessé de courir, en particulier depuis qu'on vous a laissé croire qu'on avait emprunté pour faire l'épicerie.

    La dure réalité cependant, Monsieur Vachon, c'est qu'on a emprunté (80 G $) pour financer les retraite des mieux nantis. Faites le calcul et vous constarerez que ça nous coûte 10 G $ par année (capital et intérêts) et je ne mets pas la-dedans les pensions des employés de l'état, qui nous en coûteront bientôt aitant. Pas étonnant qu'on ne remplace plus qu'un fonctionnaire sur trois. Les 3 qui quittent nous coûtent (à 70 % de leur salaire terminal) le salaire des deux qu'on ne peut remplacer.

    Bref, il est claire que notre système a fait (et fait toujours) des gagnants et des perdants. Mais il est faux de crier sur les toits que les perdants <bouffent> le système. Les gagnants ont seulement mieux su têter le système. Étonnant?..