Retraite - L'État doit forcer les travailleurs à épargner, selon Claude Castonguay

Claude Castonguay: «C’est une question d’équité. Ceux qui n’épargnent pas en comptant sur l’aide de l’État ne sont pas équitables à l’égard des autres membres de la collectivité.»<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Claude Castonguay: «C’est une question d’équité. Ceux qui n’épargnent pas en comptant sur l’aide de l’État ne sont pas équitables à l’égard des autres membres de la collectivité.»

Les travailleurs qui ne sont pas couverts par un régime complémentaire de retraite chez leur employeur devraient être forcés de participer à un régime REER obligatoire, estime Claude Castonguay.

Auteur d'une étude de 40 pages dévoilée hier et visant à faire «Le point sur les pensions», l'ancien ministre du gouvernement Bourassa et fellow invité au Centre de recherche en analyse des organisations (CIRANO) se dit alarmé par la proportion de travailleurs québécois qui, à l'exception des plus pauvres et des plus riches, arrivent à la retraite sans avoir les ressources financières suffisantes pour conserver un certain confort. «En l'absence d'un changement fondamental dans notre système de sécurité du revenu, plus de 60 % des travailleurs vont devoir subir des réductions de revenu qui ne leur permettront pas de maintenir leur niveau de vie», y conclut-il.

Mis à part les personnes seules au revenu moyen de carrière inférieur à 30 000 $ par année et les couples gagnant ensemble moins de 50 000 $ par année, les régimes publics des pensions fédérales de vieillesses, de supplément du revenu garanti et de la Régie des rentes du Québec (RRQ) ne suffisent pas pour atteindre à la retraite un taux de remplacement de revenu minimal de 60 %, rapporte Claude Castonguay. En théorie, la différence devrait être comblée par les régimes de retraite d'employeurs et les Régimes enregistrés d'épargne retraite (REER).

Or, la proportion de travailleurs bénéficiant d'un régime de retraite d'employeurs ne cesse de baisser depuis le début des années 80 et ne représente plus qu'environ le tiers de la main-d'oeuvre, essentiellement concentrée dans le secteur public (52 %), ainsi que dans les grandes entreprises privées. En plus d'être moins répandus, ces régimes se font de moins en moins généreux, passant l'un après l'autre d'un système à prestation déterminé, à un système à cotisation déterminée, et les cotisations des employeurs ayant fondu d'un total d'environ 9 milliards par année à 5 milliards en l'espace d'une quinzaine d'années.

En ce qui concerne les REER, à peine le quart des travailleurs québécois y cotisent chaque année, de façon inversement proportionnelle au revenu, et pour une contribution médiane de 2500 $. L'expérience au Québec «montre que la majorité des épargnants cotisent de façon irrégulière et retirent leurs épargnes avant leur retraite», écrit Claude Castonguay sur ce régime volontaire qui ne représente même pas 2 % des revenus totaux des personnes âgées de 65 ans.

REER obligatoire

Selon lui, la meilleure solution serait d'obliger les travailleurs de 35 ans et plus à cotiser 5 % de leurs revenus à un régime REER obligatoire dont les fonds seraient gérés par un organisme public indépendant. Les revenus couverts se situeraient entre environ 30 000 $ et 70 000 $ par année. Le gouvernement y garantirait un rendement minimum équivalant au rythme de la croissance économique. Déductibles d'impôt, les cotisations seraient strictement réservées à la retraite, ou alors à l'acquisition d'une maison.

Cette solution aurait l'avantage de répondre à un problème qui se concentre dans la classe moyenne à moindres coûts que, par exemple, un relèvement généralisé des cotisations et des prestations de la RRQ, a expliqué en entretien téléphonique au Devoir Claude Castonguay. Elle épargnerait aussi les entreprises qui n'ont pas besoin, selon lui, de nouvelles charges sociales en ces temps de concurrence féroce des pays émergents comme la Chine.

«C'est une question d'équité. Ceux qui n'épargnent pas en comptant sur l'aide de l'État ne sont pas équitables à l'égard des autres membres de la collectivité, a-t-il dit de ce régime REER à caractère obligatoire. Cela n'a d'ailleurs rien de tellement innovateur. D'autres pays appliquent ce principe». Il cite comme exemple l'Australie, le Chili, le Danemark, Hong Kong, le Mexique, la République tchèque et la Suède.

Pendant ce temps à Ottawa

Conscient que le gouvernement fédéral est aussi en pleine réflexion sur les solutions à apporter à ce problème des retraites, il presse les Québécois et leur gouvernement de se faire rapidement une tête sur cette question afin de pouvoir bâtir des alliances et défendre leur point de vue durant les prochains mois. «Ce sera sûrement un enjeu lors des prochaines élections fédérales».

Auteur d'une autre étude, à pareille date l'an dernier, sur le travail des aînés, Claude Castonguay s'est dit «très encouragé» hier de voir les Québécois de plus en plus ouverts à la perspective de retarder le début de leur retraite. «C'est l'autre partie de l'équation, a-t-il rappelé hier. L'attitude des gens change rapidement à ce sujet. Remarquez, on n'a pas vraiment le choix.»
45 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 12 janvier 2011 01 h 20

    Les voeux de monsieur Castonguay sont bien beau, mais...

    À force de presser le citron des travailleurs, ou bien les entreprises devront augmenter les salaires ou bien l'ogre de la consommation devra se mettre à la diète. Autre solution peut-être, il y a le crédit puisque les gens utilisent de plus en plus le crédit pour compenser les augmentations de salaires qui ne viennent pas au même rythme en tant que jus dans le citron.

    Quelque part dans notre évolution de société, il faudra apprendre à se serrer tous la ceinture. Sinon, la montagne des inégalités sociales sera de plus en plus grosse entre les uns et les autres... Les travailleurs ne demandent pas mieux que de devenir «équitables à l'égard des autres membres de la collectivité», pour le cité, mais à la condition que ceux-ci puissent également vivre l'équité, et avoir des salaires somme toute plus conséquents.

    De façon plus réaliste, il faudrait aussi ramener à l'écurie le cheval de la consommation et ne le faire sortir que de temps à autre, à la limite pour des besoins essentiels. Ces arguments ne sont pas pour nourrir l'ogre du capitalisme. Ma question qui tue: Devrons-nous un jour nous arrêter pour penser au socialisme, par la force des choses? Je ne parle pas d'un socialisme à l'eau de rose, mais plutôt d'un socialisme qui aurait beaucoup plus de rigueur que le capitalisme actuel.

  • yvesdeau - Inscrit 12 janvier 2011 05 h 33

    Répartition de la richesse

    Tant qu'à moi Monsieur Castonguay pourrait prendre sa retraite et passer du temps avec sa famille ou faire du bénévolat pour les démunis au lieu de s'acharner à réinventer la roue en innovant la marche arrière...Il y a suffisamment de richesse et d'argent pour TOUT LE MONDE. C'est aux entreprises que ces mesures de cotisations obligatoires devraient être appliquées. Toutes les entreprises devraient être obligées d'offrir à leur employés un régime de retraite!

  • B Landry - Abonné 12 janvier 2011 07 h 04

    Privatisé les impôts

    Aberrant. Les promoteurs de cette idée dénonce depuis plusieurs années la place de l'État dans l'économie, son ingérence dans la gestion de nos vies, de la trop grande quantité d'impôts que les citoyens payent et qu'est-ce qu'ils proposent, de forcer la perception chez les travailleurs déjà surtaxés de somme qui seront gérés par l'entreprise privé.

    Ça ne ressemble pas à une privatisation des impôts ça ?. les grandes industries financières ne réussissent pas à détruire directement l'État alors ils le font pernicieusement par la porte de derrière.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 12 janvier 2011 07 h 29

    Maintien du niveau de vie jusqu'à la fin de nos jours

    Sauf erreur de ma part, Mark Twain a écrit: 'L'argent, c'est comme le fumier. Quand on l'entasse, il pue; quand on le répand, il faut pousser.

    Selon moi, les deux besoins fondateurs de la haute finance sont la nécessité de pour chacun de nous de maintenir notre niveau de vie jusqu'à la fin de nos jours et celle de sauver le maximum d'impôt. Mais, pourquoi le niveau de vie d'un individu ne descendrait-il pas après sa retraite? Pourquoi n'arriverions-nous pas tous pauvres à 90 ans ? Pourquoi conserverait-on le même niveau de vie en ne travaillant plus? Perdrions-nous alors le goût de vivre? À mon avis, non.

    Ne vaut-il pas mieux consommer et tranquillement épuiser nos biens, les partageant ainsi avec la communauté où nous vivons? Il n'y a pas que les courtiers en valeurs mobilières et banques, il y a aussi les serveurs et serveuses de restaurant. L'argent placé en Chine ou ailleurs profite-t-il encore aux gens que l'on aime et avec lesquels on vit ? Selon moi, la cigale a autant sa place que la fourmis.

  • Claude Archambault - Inscrit 12 janvier 2011 07 h 41

    La cigale et la fourmis

    Laissons les gens tranquille, que chacun soit responsable et que les irresponsable, quand l’hiver arrivera souffre. Il y a déjà des mesure pour les plus démunis, les personne n'ayant pas les capacités de bien pourvoir à leur besoin, mais les autre il faudrait qu'ils arrête de penser que l'état doit pourvoir, ce n'est pas son devoir.
    Pour ce qui est de la richesse, c'est comme exiger que la fourmis qui elle a économisé et travailler partage avec la cigale.