À propos des primes - L'impact des changements climatiques

Où en sommes-nous dans l'assurance des dommages au Québec? On peut résumer la situation en une phrase: ça «roule» bien dans l'auto, mais ça «coule» de plus en plus dans l'assurance habitation.

Une constatation s'impose, si on s'en remet aux informations et observations du Bureau d'assurance du Canada (BAC), qui regroupe plus de 214 assureurs de dommages privés, soit 90 % de toute l'industrie de l'assurance des dommages aux habitations et aux autos: ces deux marchés sont bien distincts.

Dans le cas des habitations, les réclamations des assurés ont traditionnellement porté sur des dégâts causés par le feu, le vol et le vandalisme. Toutefois, depuis une décennie, le portrait s'est complètement transformé, affirme Jack Chardirdjan, porte-parole du BAC. Les catastrophes naturelles — inondations, verglas, pluies torrentielles — sont devenues un facteur majeur de dégâts. En particulier, les dommages d'eau représentent désormais 50 % des indemnités payées par les assureurs habitation. Selon le BAC, les catastrophes naturelles ne sont pas l'unique cause de cela, car il y a aussi des problèmes de mécanique ou d'entretien, liés aux infrastructures municipales d'aqueducs et d'égouts.

Indemnités en hausse

Néanmoins, précise le porte-parole, il est devenu évident que les changements climatiques ont un impact très concret sur l'assurance habitation. Les indemnités versées par les assureurs sont passées de 150 millions en 2001 à plus de 500 millions en 2005, au Québec. Les dommages causés par l'eau représentent 45 % des indemnités payées, devançant l'incendie et le vol. Le problème n'est pas qu'il tombe plus d'eau de pluie dans une année, mais on constate qu'il en tombe beaucoup plus dans une période de temps concentrée. Au Canada, en l'espace des 20 ans écoulés entre 1970 et 1990, les indemnités versées à la suite de catastrophes naturelles se sont multipliées par 20, pour atteindre la somme faramineuse de 28 milliards.

On peut rappeler que la crise du verglas en 1998 a coûté 1,6 milliard aux assureurs et que les inondations au Saguenay leur ont fait débourser 206 millions. Des dégâts de mêmes nature et ampleur ont affecté plusieurs autres régions du Canada. Selon le BAC, ces catastrophes naturelles font ressortir l'existence de «faiblesses majeures dans les normes d'urbanisme et les infrastructures vieillissantes et mal entretenues». Cela s'est vu dans la crise du verglas, avec le réseau d'Hydro-Québec, et au Saguenay, avec des barrages qui n'ont pas résisté à la crue des eaux. Par exemple, au Québec, les systèmes de traitement des eaux usées ont un âge moyen de 18 ans et en sont rendus à 63 % de leur vie utile. L'âge moyen des systèmes d'égout est également de 18 ans, à 54 % de leur vie utile, ce qui implique qu'il y en a un certain nombre dans le lot qui ont atteint, voire dépassé, la durée de vie limite. Le BAC affirme que «la défaillance des infrastructures est responsable de la plupart des dommages».

Augmentations prévisibles

Les changements climatiques ont également un impact sur les résidences privées. Les cas d'inondation ne sont pas assurés, mais il en est autrement pour le toit, dont on oublie parfois le vieillissement, pour les dégâts d'eau dans les sous-sols, qui désormais sont devenus des pièces habitées, souvent par des jeunes qui y ont installé leur équipement électronique et le cinéma maison, alors que juste à côté il y a le chauffe-eau et la machine à laver. Cela a pour conséquence que les réclamations de dommages peuvent maintenant atteindre 45 000 $ pour une seule maison, alors qu'auparavant c'était tout au plus 3000 $.

C'est sûr qu'il y a des augmentations de prime que doivent assumer les assurés. De quel ordre ont été les augmentations au cours des années récentes? M. Chardirdjan répond que le BAC n'a pas de statistiques à ce sujet, sans nier cependant qu'il y a des augmentations. Il insiste par ailleurs sur le fait que l'industrie de l'assurance, qui veut continuer d'assurer les habitations, mise sur des campagnes pour sensibiliser les gens à la prévention pour que tout le monde apporte davantage d'attention à l'entretien des propriétés: «C'est se donner les moyens de faire face aux prochaines catastrophes et en réduire significativement la facture pour les collectivités qui seront touchées», espèrent les assureurs.

L'assurance automobile

En revanche, dans le cas de l'assurance auto, le BAC a des statistiques qui montrent l'évolution de la prime moyenne au Québec et dans toutes les autres provinces canadiennes. De 2000 à 2008, la prime des automobilistes québécois, y compris la part versée à la SAAQ et celle versée aux assureurs privés, a connu une croissance de 11,9 %, pour donner une moyenne par auto de 705 $.

C'est de loin la prime la plus basse au Canada. Le plus proche concurrent du Québec est l'Île-du-Prince-Édouard, avec une prime moyenne de 750 $. En Ontario, pendant la même période, la croissance de la prime a été de 52 %, pour atteindre 1313 $. Cette différence entre le Québec et les autres provinces provient évidemment du système dit «sans égard à la responsabilité» au Québec, c'est-à-dire l'interdiction d'effectuer des poursuites pour les blessures ou le décès de personnes dans les accidents d'auto, ce qui du même coup élimine les batailles devant les tribunaux et les frais d'avocat. Pour ce qui est des dégâts causés aux véhicules, les compagnies d'assurances parviennent assez facilement à des ententes à l'amiable. La prime moyenne de 705 $ au Québec en 2008 se partageait ainsi: 561 $ à l'assureur privé et 144 $ à la SAAQ. Sur une période de huit ans, l'augmentation de la part de SAAQ a été de 10,8 %, tandis que celle des assureurs privés a été de 12,2 %.

Ceux-ci, qui s'étaient beaucoup battus contre l'adoption de ce système au Québec il y a 30 ans, considèrent maintenant que «le marché de l'assurance automobile fonctionne très bien au Québec: le nombre d'assureurs présents est important, les primes sont très concurrentielles et l'accès à une assurance est garanti».

Cela étant dit, les assureurs estiment que les vols d'automobiles entraînent pour eux des déboursés astronomiques, soit plus de 200 millions en 2008, ce qui a forcément une incidence sur le coût de l'assurance. Est-ce que les mesures plus sévères appliquées par le gouvernement pour la consommation d'alcool au volant entraînent une baisse du nombre des accidents? Il est trop tôt pour voir une tendance dans les indemnités, mais on devrait avoir une meilleure idée de la situation à la fin de 2010 ou en 2011, répond M. Chardirdjan.

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Collaborateur du Devoir