Que faire à 35 ans ? - L'épargne fixe est la meilleure formule

Une fois sa contribution au REER faite, s’il reste de l’argent à placer et que l’on a des enfants, on peut alors investir dans un régime d’épargne-études.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Une fois sa contribution au REER faite, s’il reste de l’argent à placer et que l’on a des enfants, on peut alors investir dans un régime d’épargne-études.

Que faire si on décide pour la première fois de sa vie, à 35 ans, de prendre au sérieux sa planification financière? Par où commencer surtout si on n'a jamais économisé un seul sou noir de son existence? Questions? Réponses.

«La première question à se poser est: combien suis-je capable d'épargner?, explique Annie Boivin, fiscaliste et planificatrice financière. Et, pour répondre à cette question, il faut faire un bilan personnel. D'a-bord, on fait la liste de son actif et de son passif, ce qui permet de dégager un portrait

financier de sa situation. Par après, on prend ses revenus bruts, on en déduit les impôts et les charges sociales, et la somme qui reste est donc la somme qu'on dépense. Un budget détaillé permet ensuite d'établir le calcul de son coût de la vie et de savoir où va son argent. Ce n'est qu'à la suite de ce processus qu'on peut voir quelles sont les liquidités qu'on pourrait consacrer à l'épargne.»

Et si les liquidités ne sont pas au rendez-vous, le bilan ne sera pas pour autant inutile. «Dans ce cas, le bilan aura servi à indiquer quelle sorte de ménage il y a à faire dans son budget afin de dégager les sommes nécessaires à l'é-pargne, ainsi que les gestes qu'il faudra faire pour augmenter sa marge de manoeuvre.»


Taux fixe et épargne forcée

Selon Annie Boivin, il est préférable d'économiser selon un pourcentage fixe de son salaire plutôt que de chercher à économiser une somme particulière chaque année. «Un taux d'épargne annuel fixe a le mérite de tenir compte de l'inflation, car la somme épargnée augmente lorsque les revenus augmentent.»

Quel taux d'épargne devrait-on se fixer? «Cela dépend de l'individu et de ce qu'il entend faire. Je sais qu'à 35 ans la retraite est loin, mais c'est une cible qui peut aider à déterminer le taux d'épargne. On décide de l'âge auquel on souhaiterait prendre sa retraite et on regarde quels pourraient être les revenus disponibles à ce moment-là, c'est-à-dire, par exemple, la pension de vieillesse du Canada, le Régime des rentes du Québec, un régime de retraite privé auquel on contribue et tout autre revenu possible. L'écart à combler entre ce revenu disponible et celui qu'on souhaiterait avoir à la retraite indique quel devrait être sa contribution personnelle et, par conséquent, quel montant on doit épargner pour y arriver.»

De plus, Annie Boivin recommande fortement l'épargne forcée. «Je suggère aux gens d'adhérer à un système d'épargne systématique soit chez leur employeur, s'il offre ce service, soit auprès de leur établissement financier. Épargner n'est jamais facile, mais lorsque la somme est enlevée du chèque de paye ou est automatiquement retenue par l'établissement financier, on finit par ne plus y penser et ça devient une habitude.»


REER et autres véhicules financiers


On ne sera pas surpris d'apprendre que le meilleur véhicule où placer ses économies demeure le régime enregistré d'é-pargne-retraite (REER). Non seulement un REER permet-il d'épargner et de mettre le fruit de cette épargne à l'abri de l'impôt, mais il donne droit à un crédit d'impôt. «Le REER convient à tout placement à long terme. Et comme on peut verser 18 % de son revenu annuel dans un REER jusqu'à concurrence de 22 000 $ par année, le REER convient à la plupart des situations financières.» En effet, il est rare qu'un individu puisse épargner systématiquement 18 % de son revenu.

Une fois sa contribution au REER faite, s'il reste de l'argent à placer et qu'on a des enfants, Annie Boivin suggère alors d'investir dans un régime d'épargne-études. «Présentement, on peut y placer jusqu'à 50 000 $ par enfant. Un REE par enfant qui vient s'ajouter aux sommes qu'on place dans les REER devrait suffire à combler les besoins en placement de la plupart des ménages.»

Il y a aussi maintenant le compte d'épargne libre d'impôt (CELI). Est-ce un véhicule financier intéressant? «Je recommande le CELI uniquement pour des projets précis et à court terme. Le CELI ne donne pas de crédit d'impôt, mais on peut retirer le montant qu'on veut sans avoir à payer de l'impôt, contrairement au REER. On place donc dans un CELI l'argent qu'on entend dépenser pour un projet.»



Achat d'une propriété et autres moyens

On peut considérer à juste titre l'achat d'une propriété comme une forme d'épargne forcée qui, une fois l'hypothèque remboursée, devient un actif. Devrait-on, à 35 ans, privilégier cette voie plutôt que le REER? «D'une part, pour acheter une propriété, il vous faudra une mise de fonds. Et plus celle-ci est importante, moins le prêt hypothécaire sera élevé, ce qui réduit l'intérêt à payer. Donc, l'achat d'une propriété devrait être envisagé seulement lorsqu'on a suffisamment épargné. Au fond, toute stratégie de planification financière commence d'abord par l'épargne.»

Et une planification financière peut comporter de nombreux éléments, outre ceux mentionnés, comme l'assurance vie et l'assurance invalidité, les placements hors REER et autres véhicules financiers. «Règle générale, on ne devrait jamais investir dans un placement qu'on ne comprend pas. Une planification financière est une chose complexe parce que chaque cas est particulier et varie selon l'individu et son plan de match. C'est pourquoi il est préférable, même à 35 ans, de consulter un planificateur financier pour mettre en place ce plan de match. Et, comme les personnes évoluent, il faut réviser régulièrement sa planification et s'assurer qu'elle corresponde à sa nouvelle situation et ses nouveaux besoins.»