Vos finances: Contrats à terme gérés - Tricycle fait son chemin

Lancée en 2000, Tricycle retient déjà l'attention, ne serait-ce que pour les rendements de 15 à 23 % affichés l'an dernier. La société tient toutefois à atténuer la portée de tous ces regards admiratifs. «Nous ne vendons pas un rendement. Nous vendons un complément stratégique pour les portefeuilles.»

Cette nuance est exprimée par Rob Bourgeois, l'un des trois partenaires fondateurs de Tricycle Asset Management. Lui, Fred Hirshfeld et Jan Holland, principaux directeurs de Tricycle, ont mis sur pied une structure d'investissement qui fait appel à leur spécialisation: les contrats à terme gérés (CGT). Îuvrant ensemble depuis une décennie, ils cumulent à eux trois près d'une cinquantaine d'années d'expérience dans ce domaine. Maintenant chez Burns Fry, achetée par BMO Nesbitt Burns en 1994, le trio est demeuré près de cinq ans au service de la filiale de courtage de la Banque de Montréal avant que sa soif d'indépendance ne se manifeste.

«Les façons de faire sont plus lourdes et plus bureaucratisées au sein des grandes institutions», résume Rob Bourgeois. Arrimés au marché institutionnel, les trois cofondateurs ont tout laissé derrière eux pour fonder Tricycle, un gestionnaire spécialisé installé à Toronto et qui compte une équipe de 17 personnes. «Nous sommes revenus à la case départ. Nous avons délaissé le marché institutionnel pour nous intéresser non seulement aux conseillers de plein exercice mais aussi aux autres types de conseillers financiers; en effet, ces derniers, trop souvent cantonnés aux fonds d'investissement, n'ont pas toujours accès à des produits novateurs.»

Cependant, on a regroupé, au sein de Tricycle, cette façon de faire en matière de gestion du risque, dédiée auparavant aux caisses de retraite dans un cadre institutionnel et consacrée essentiellement aux contrats à terme gérés. «Nous avons présenté notre structure à la Banque de développement du Canada [BDC], qui l'a acceptée tout de suite.» La BDC innovait déjà en multipliant les emprunts sous la forme de billets structurés, liés à des indices boursiers, à des coupons flottants, etc.

Une troisième classe d'actif

«Ce que nous proposons, c'est une nouvelle classe d'actif. Avec notre programme de gestion active de CGT, nous offrons un troisième actif au marché, qui s'ajoute aux actions et aux obligations. Un produit non traditionnel dont le rendement est non corrélé avec les actions et les obligations», explique Rob Bourgeois. Aujourd'hui, en cette année de troisième anniversaire pour Tricycle, et 300 millions de dollars plus tard investis dans ces programmes concoctés pour la BDC, le gestionnaire torontois en est à son huitième financement pour l'institution fédérale.

Afin de témoigner de la popularité de ce produit, la série 7 — dont l'émission devait s'étendre d'octobre 2002 à mars 2003 — a été fermée en décembre dernier, après avoir amassé près de 130 millions en moins de deux mois. «Il y a toujours la même structure et les mêmes gestionnaires dans tous nos montages. Une structure liée aux contrats à terme, que n'importe quelle banque peut adopter», ajoute Rob Bourgeois.

Si la BDC agit à titre d'émetteur de ces billets, Tricycle établit les paramètres du programme. Elle intervient dans le choix et les arbitrages des firmes de gestion de contrats à terme externes. Une sélection retenue peut comprendre jusqu'à huit gestionnaires. «Notre sélection se fait en fonction de deux grands objectifs. Le gestionnaire choisi doit fournir un rendement oscillant entre 8 et 12 % par an, net de tous les frais. Et il doit afficher une volatilité moindre que celle des actions.»

Il résulte de cette approche un produit qui s'appuie sur la haute cote de solvabilité de la BDC. Le capital garanti à l'échéance, généralement de sept ans et 11 mois, est bonifié par un rendement minimum, l'institution donnant à l'échéance 108 $ pour 100 $ de capital.

Rendement et liquidité

Quant au rendement... «C'est un produit qu'il faut bien expliquer. Ce que le représentant doit retenir, c'est que nous offrons une diversification véritable. Une troisième classe d'actif non corrélée avec les deux autres. Il est important de retenir que nous ne vendons pas un rendement: nous vendons une stratégie dans un secteur non traditionnel. Nous vendons un complément stratégique pour les portefeuilles. Nous offrons une vraie diversification qui, à long terme, contribue à abaisser la volatilité et à accroître le rendement des portefeuilles», martèle Rob Bourgeois.

N'empêche. L'an dernier, le rendement moyen a été de 15 %, net de tous les frais, sur la série la plus vieille, la série 2. Pour l'ensemble, l'indice représentatif, le Zurich Fund/Pool Index , était en hausse de 11 % en 2002. La série 5, émise le 29 mars 2002, affichait une progression de 23,1 % au début de février 2003.

Dans l'intervalle, la série 6, émise en juillet 2002, faisait ressortir un gain de 4,7 %, ajoute Sylvain de Champlain, du cabinet De Champlain Services financiers. «De janvier 1980 à novembre 2002, le Zurich Fund/Pool Index affiche un rendement annuel moyen de 13 %. Avec ces billets, vous êtes certain de faire au moins du 1 % par an et, en moyenne, du 13 %», calcule le planificateur financier membre de Partenaires Cartier. À ses yeux, ce véhicule, moins volatil que les hedge funds, devrait constituer le coeur ou la base d'un portefeuille, avec une répartition optimale entre 10 et 15 %. «C'est la notion de corrélation [ou d'absence de corrélation avec les obligations et les actions] qu'il faut retenir.»

Quant aux contraintes, «le véritable problème peut surgir si ce produit est mal vendu. Et il faut mentionner la non-liquidité, l'absence de marché secondaire. Il ne faut pas perdre de vue que l'échéance est de huit ans, grosso modo».

Ces billets sont rachetables après deux ans. «Nous avons des dates de rachat. Après deux ans, ces rachats peuvent se faire deux fois l'an, à la valeur liquidative. Comme pour les fonds communs de placement», explique Rob Bourgeois. Mais à des frais dégressifs, passant de 4 % la troisième année, à 3 % la quatrième, et à 2 % la cinquième, pour devenir sans frais ensuite, souligne Sylvain de Champlain.

André Turgeon, du Groupe Mathieu Turgeon, retient également la liquidité de ce produit. «Tout est fonction de l'objectif et de l'horizon de placement. Plus large est l'horizon de placement... Il n'est peut-être pas approprié pour le retraité ou quelqu'un en phase de retrait. D'autant plus que, pour ce produit, les décaissements, s'ils ne causent pas de problème dans un régime autogéré, ne sont pas possibles dans le cadre d'un REER ou d'un FERR conventionnels. Pour les autres, il s'agit à n'en pas douter d'un élément de diversification stratégique de premier ordre.»

- Ce texte a été publié dans l'édition de mi-février du mensuel spécialisé Finance et Investissement. Il vient approfondir la question des contrats à terme gérés abordée de manière succincte dans cette page, il y a deux semaines, et qui a suscité un besoin d'information additionnelle.