Des valeurs féminines dans le monde des affaires

«Les femmes sont reconnues pour être des bonnes gestionnaires puisqu’elles cherchent davantage l’efficacité que le pouvoir.»
Photo: Jacques Grenier «Les femmes sont reconnues pour être des bonnes gestionnaires puisqu’elles cherchent davantage l’efficacité que le pouvoir.»

Fini le temps où les femmes passaient leurs journées aux fourneaux pour que leur mari puisse s'asseoir et se faire servir un bon repas maison, après de longues heures de travail. Maintenant, les femmes ont des carrières. Grâce aux succès retentissants de certaines, elles ont réussi à faire leurs preuves dans le monde des affaires, affirme la présidente-directrice générale du Réseau des femmes d'affaires du Québec (RFAQ), Nicole Beaudoin. D'ailleurs, les changements engendrés par l'arrivée de femmes à la tête de plusieurs entreprises se font maintenant sentir.

Comptable agréée armée d'un MBA en finances, Nicole Beaudoin a été l'une des premières femmes cadres dans le domaine des pâtes et papiers et des chemins de fer. Elle a dû se battre continuellement pour prouver sa compétence. «Tout au long de ma carrière de 25 ans en finances, les portes n'étaient pas ouvertes pour les femmes. J'ai dû les ouvrir moi-même», raconte la pionnière maintenant âgée de 66 ans.

Aujourd'hui, les femmes sont très présentes dans le domaine des affaires. Le gouvernement du Canada estime, dans son rapport Financement des petites et moyennes entreprises (PME) au Canada 2002, que 45 % des PME, soit 647 000 entreprises, avaient au moins une certaine participation féminine à la propriété en 2000. De ce chiffre, près de 211 000 entreprises étaient majoritairement détenues par des femmes, alors que 272 000 étaient détenues de façon égale par des hommes et des femmes.

«Puisque beaucoup de femmes ont bien réussi en affaires, elles sont prises au sérieux aujourd'hui. Elles ont fait leurs preuves», affirme Mme Beaudoin. Pour illustrer l'évolution des mentalités, elle raconte que, depuis deux ans, environ 40 % des gens présents à la soirée de remise des prix Femmes d'affaires du Québec sont des hommes. «Il y a quelques années, les hommes ne s'intéressaient pas à ce type d'événement. C'était des affaires de femmes.»

Particularités

L'arrivée des femmes a changé bien des aspects du monde des affaires, selon Mme Beaudoin. «Les femmes ont apporté leurs valeurs dans les entreprises. Par exemple, on remarque qu'elles travaillent généralement mieux en équipe que les hommes, qui préfèrent souvent un système hiérarchique. Elles sont reconnues pour être des bonnes gestionnaires puisqu'elles cherchent davantage l'efficacité que le pouvoir.»

Généralement, les femmes prennent moins de risques que les hommes dans la gestion de leur entreprise, ajoute-t-elle. «Elles gèrent leur budget plus serré, ce qui fait qu'elles gagnent souvent moins de sous que les hommes, mais elles en perdent moins aussi et leur entreprise est plus durable.»

Les femmes sont également très créatives. «Prenez Mme Cora de Chez Cora déjeuners. Elle est partie de rien et son entreprise est un véritable succès! Son restaurant est convivial, il est joli, il y a des petits dessins sur le menu, etc. On a l'impression d'être reçu par notre tante. Il ne faut pas oublier qu'elle sert des "toasts" et du café, mais elle le fait différemment», explique Mme Beaudoin.

De plus, en retournant sur le marché du travail après une grossesse, les femmes ont mis sur la table la question de la conciliation travail-famille. «C'est toute la dynamique du couple qui a changé. Aujourd'hui, lorsque des comptables agréés s'associent pour ouvrir un cabinet, il est rarement question de travailler 100 heures par semaine, comme c'était souvent le cas il y a quelques années. Maintenant, les hommes doivent aussi aller chercher les enfants à la garderie. Les relations ne sont pas encore tout à fait égalitaires, mais beaucoup de chemin a été fait», soutient Mme Beaudoin.

La force du réseautage

Le RFAQ est une entreprise privée dont l'activité principale est de contribuer au succès des femmes dans le milieu des affaires. Nicole Beaudoin était membre de ce réseau lorsqu'elle a décidé d'en faire l'acquisition en 1993. «Je voulais vraiment rapprocher les femmes du milieu des affaires pour que nous puissions prendre notre place et changer les choses dans la société», explique-t-elle.

Plusieurs activités de réseautage sont organisées pour les 2500 membres du RFAQ: petits-déjeuners, dîners, soupers, cocktails, conférences, ateliers, tournois de golf, colloques et séminaires. Les femmes peuvent également s'inscrire à une cellule d'entraide où des professionnelles, des travailleuses autonomes, des entrepreneures, des commerçantes et des gestionnaires échangent des conseils. Un comité multidisciplinaire vient également en aide aux membres dont les entreprises traversent une phase de réorientation.

Accompagnement

En 2005, Mme Beaudoin a fondé le Centre d'entreprenariat féminin du Québec (CEFQ). Cet organisme sans but lucratif offre aux entrepreneures des activités spécialisées et un service d'accompagnement dans leurs démarches de démarrage ou de développement de leur entreprise.

Beaucoup de services sont gratuits, comme le mentorat, où des entrepreneures d'expérience conseillent des débutantes. Le jumelage se fait selon les affinités, les besoins et les champs d'expertise de chacune. Les mentors offrent une aide à long terme et confidentielle. Le CEFQ met également sur pied des programmes de formation de lancement d'une entreprise d'une durée de quelques mois, à temps complet. Certains frais doivent être déboursés pour ces cours, mais les participantes peuvent demander des prêts et bourses.

Les entrepreneures peuvent aussi obtenir des consultations personnalisées au CEFQ pour analyser leur plan d'affaires. Ces consultations poussent souvent les femmes à revoir leur étude de marché, leur plan de commercialisation ou d'autres aspects de leur projet. À la suite de ces rencontres, les entrepreneures sont généralement prêtes à chercher du financement. «Nous n'avons pas de fonds pour financer nous-mêmes des projets, mais nous savons où diriger ces femmes pour qu'elles obtiennent des sous», précise Mme Beaudoin. Cette année, le CEFQ a pour objectif d'aider le démarrage de 100 entreprises dirigées par des femmes.

Collaboratrice du Devoir