La planète n’est pas prête à faire face à la révolution en cours

L’automatisation ou la délocalisation de certaines tâches a par exemple fait disparaître des emplois et forcé des employés à obtenir une formation en cours de carrière.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’automatisation ou la délocalisation de certaines tâches a par exemple fait disparaître des emplois et forcé des employés à obtenir une formation en cours de carrière.

Si les économies développées et émergentes n’agissent pas sans tarder pour resserrer les mailles de leur filet social et adapter leur système d’éducation, des travailleurs du monde entier deviendront des victimes plutôt que des bénéficiaires de l’actuelle transformation du marché du travail.

Le Forum économique mondial (FEM) pose ce dur constat dans un document de réflexion publié mercredi, tout en offrant des pistes de solution pour permettre aux économies de la planète d’effectuer la nécessaire transition vers le « nouveau monde du travail ».

L’organisation indépendante explique d’entrée de jeu que les nouvelles technologies, la mondialisation, l’évolution des préférences des consommateurs et les changements démographiques ont lentement modifié le marché du travail au cours des deux dernières décennies et que la tendance s’accélère.

L’automatisation ou la délocalisation de certaines tâches a par exemple fait disparaître des emplois et forcé des employés à obtenir une formation en cours de carrière.

En parallèle, les parcours se diversifient : l’employé à temps plein travaillant pour un employeur unique demeure prédominant dans les pays développés, mais il cohabite plus que jamais avec des employés qui travaillent à leur compte ou pour plusieurs employeurs à la fois.

Pas prêts

« Dans les économies développées, la plupart des filets sociaux, des statistiques sur l’emploi, des services financiers et des systèmes d’éducation pour adultes ne sont pas préparés à cette croissance de l’emploi déformalisé », note le rapport inspiré par les échanges de différents leaders et experts internationaux provenant des secteurs public et privé.

La plupart des études prédisent que les transformations du marché du travail se traduiront par des pertes surpassant les gains à court terme, mais qu’elles offriront des possibilités intéressantes à moyen et à long terme, indique-t-on. Les scénarios les plus optimistes s’appuient cependant sur le fait que les travailleurs pourront acquérir les compétences nécessaires pour tirer leur épingle du jeu et qu’un filet social permettra de les soutenir dans la transition.

« Sans ce soutien, plusieurs économies risquent de voir la peur et l’incertitude se répandre dans la population, en plus d’assister à une croissance des inégalités de revenus — perçues ou réelles — et des conflits sociaux et politiques qui y sont associés », prévient le document d’analyse.

Réformes nécessaires

Le FEM souligne que moins de 10 % de tous les emplois sont appelés à être entièrement automatisés par des technologies actuellement éprouvées, tout en précisant que les deux tiers des emplois comprennent au moins un tiers de tâches ou d’activités qui pourraient être automatisées.

Il est donc essentiel de développer la formation pour adultes afin de permettre aux travailleurs de jouer de nouveaux rôles, insiste-t-on. Pour ce faire, le FEM incite les gouvernements à passer d’un système d’éducation axé sur les jeunes à un système où l’apprentissage se fait à toutes les étapes d’une vie.

Le rapport ajoute que « la majorité des systèmes de sécurité sociale existants ont été construits en s’appuyant sur le modèle de l’emploi à temps plein pour un employeur unique ». « Mais de nos jours, poursuit-on, les gens travaillent, étudient, fondent une famille et prennent leur retraite de manière différente que par le passé. »

Le FEM invite donc les entreprises et les gouvernements à travailler main dans la main pour développer des systèmes de sécurité sociale associés à l’employé plutôt qu’à l’employeur, pouvant suivre le travailleur d’un emploi à un autre au cours de sa carrière.

Tous les âges

La transformation du monde du travail se manifestera aussi par la composition de la force de travail, fait remarquer l’organisation. Vieillissement de la population oblige, plusieurs pays verront bientôt cinq générations d’employés travailler au même moment. Et comme les trois-quarts des baby-boomers de plusieurs pays développés prévoient de prendre leur retraite plus tard que leurs prédécesseurs, il faut revoir notre perception de la valeur des employés, indique le rapport.

Cela pourrait vouloir dire, par exemple, d’aplanir l’échelle hiérarchique et d’inviter les employés de tous les âges à partager leurs compétences, peu importe leur âge.
 

Deux exemples

France : accumuler des points. La réponse de la France à la nouvelle réalité du marché du travail pourrait peut-être inspirer d’autres pays. Le « compte personnel d’activité », qui doit être mis en place sous peu, prévoit que les bénéfices sociaux accumulés par un individu ne seront plus liés à un emploi précis. Ils seront plutôt comptabilisés sous forme de points, peu importe le statut d’emploi du bénéficiaire.

Singapour : former les employés de demain. Le petit État asiatique, déjà reconnu pour son penchant technologique, a pris les grands moyens pour former les travailleurs du futur. Le programme SkillsFuture offre une série de cours permettant de développer les compétences jugées essentielles pour occuper les emplois de demain. Le gouvernement a promis de remettre un montant annuel à chaque adulte de 25 ans et plus pour favoriser l’accès à ces cours.
5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 5 janvier 2017 03 h 22

    He! oui, le grand jour

    trot de factions différentes, trop de richesses a partager, il est tellement plus simple de leur faire la guerre, je me souviens du temps ou il y avait les gens de la gauche et nous, bon, il y avait toujours le mur pour les plus récalcitrants, ais le mur est disparu, et les recalcitrants sont restés, on les appelle maintenant les musulmans radicaux, ils ne sont pas reposants car ils ont l'habitude de placer des bombes partout une mythomanie qui prend une nouvelle facon de dire, et dire que l'on s'offusquait de celle des socialistes d'entant, qui nous parlaient du grand jour, les pays européens ne la trouve pas drôle, combien vous pensez que ca leur coute en sécurité et ils n'arrêtent pas d'avoir peur

  • Christian Debray - Abonné 5 janvier 2017 08 h 18

    Vision limitée

    Nos gouvernements ne peuvent pas penser à long terme par rapport à l’argent, leur horizon est de 4 ans.
    Il est nécessaire de trouver une formule qui leur ouvre l’horizon, nos gouvernements n’y songent même pas. Ils voient bien les problèmes, mais sont incapables d’engager des fonds à très long terme, les problèmes immédiats sont toujours plus importants et virulents que ceux du futur pour eux.
    Déjà nous pouvons voir clairement que les livraisons par camions seront automatisées grandement dans les prochains 10 ans. Malgré cela aucun gouvernement n’a prévu le coup, des mises à pieds importante, une diminution des salaires de ceux qui resteront au travail, le besoin de nouvelles lois.

    Tous les retards nous couteront très cher.

    • Sylvain Auclair - Abonné 5 janvier 2017 11 h 52

      Les entreprises privées, c'est encore pire, puisque leur horizon n'est que de trois mois!

  • Marguerite Paradis - Abonnée 5 janvier 2017 08 h 29

    MARCHÉ DU TRAVAIL, éclairage intéressant, merci

    Merci monsieur Rettino-Parazelli pour votre article, actuellement il est de plus en plus rare d'avoir des articles avec « un peu » de profondeur.
    Il serait intéressant de poursuivre sur ce sujet pour en faire un dossier avec les éléments suivants:
    1) un portrait du marché de l'emploi incluant tous les secteurs d'emplois (primaire, secondaire et tertiaire)
    2) une présentation de ce qui se fait de mieux ailleur concernant la formation professionnelle continue
    3) des propositions pour revamper le filet social et sécuriser les individus (avec ou sans emploi), comme le revenu de citoyenneté.
    Merci,
    Marguerite Paradis

  • Jacques Morissette - Abonné 5 janvier 2017 14 h 38

    Absolument d'accord!

    Combien d'humains pour remplacer un robot, en présumant qu'il ne prendra pas de pauses ni de vacances? À l'inverse, combien de travailleurs perdront peut-être leurs emplois parce que ceux-ci seront remplacés par un seul robot? Sous ce rapport, s'il n'y a pas d'ajustement pour circonscrire ce problème, bien des désappointements à l'horizon, pour ne pas dire la misère. Le monde de la robotique frappe de plus en plus fort à nos portes, pour se faire entendre. Il faudra bien reformater nos mentalités, pour s'adapter au mieux à ces nouveaux paradigmes.