40% de la fonction publique serait à statut précaire

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Un autre cas de précarité qui vient aussi fragiliser, bien que de moindre façon, la fonction publique québécoise est la présence grandissante d’étudiants y occupant des postes.
Photo: iStock Un autre cas de précarité qui vient aussi fragiliser, bien que de moindre façon, la fonction publique québécoise est la présence grandissante d’étudiants y occupant des postes.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La croyance populaire veut que tous les employés de la fonction publique québécoise aient de bons emplois qui, de surcroît, sont garantis à vie, grâce à la permanence. Mais cette croyance est loin de la réalité et bon nombre de fonctionnaires québécois connaissent aussi la précarité d’emploi.

« En fait, seuls 60 % des employés de la fonction publique québécoise ont une permanence d’emploi ; pour le reste, ils n’ont qu’un statut d’emploi précaire », explique Christian Daigle, nouvellement élu à la présidence du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ). Rappelons que le SFPQ représente 42 000 travailleurs (employés de bureau, techniciens et ouvriers) de la fonction publique et parapublique québécoise, qui compte environ 60 000 employés au total.

La précarité dans la fonction publique se présente sous deux visages. « Il y a d’abord les employés occasionnels, ce qui comprend les employés saisonniers et les employés embauchés pour un projet spécial qui doivent quitter [leurs fonctions] une fois le projet terminé. Ce genre d’employés à statut précaire ne nous pose pas de problème, car nous comprenons que la fonction publique doive répondre à des besoins ponctuels. Ce qui pose problème, ce sont les employés à temps plein qui occupent des emplois qui auparavant étaient permanents, qui devraient toujours l’être, mais qui ne le sont plus. Et c’est ce dernier type d’employés qui constitue la majorité des employés à statut précaire dans la fonction publique. »

Des employés qui se retrouvent donc dans une situation où rien n’assure leur emploi. « Il y a des travailleurs qui ont un poste à temps plein depuis quatre, six et même huit ans et qui ne se sont jamais fait offrir une permanence, même si la fonction publique les embauche année après année. Il y en a aussi plusieurs qui, le 30 avril venu, ne savent même pas s’ils doivent rentrer au travail le lendemain, le 1er mai. D’autres se retrouvent avec des contrats qui stipulent que la fonction publique les embauche pour un maximum, par exemple, de trois ans, mais comme le contrat ne contient pas de temps minimum d’embauche, on peut mettre fin à leur emploi n’importe quand. »

Les conséquences

Cette situation de précarité entraîne des conséquences pour les employés qui la vivent. « Lorsque vous ne savez pas si vous aurez encore un emploi ou même à quel moment vous pouvez le perdre, cela crée une situation d’insécurité financière peu propice pour se projeter dans l’avenir. Cela agit comme un frein pour l’achat d’un domicile ou la venue d’un enfant. Certains vont même jusqu’à restreindre leurs dépenses courantes. Quand ça fait un certain temps que vous vivez avec cette insécurité financière constante, travailler pour la fonction publique devient de moins en moins attrayant et plusieurs employés dans cette situation, s’ils le peuvent, préfèrent alors passer au secteur privé. »

Ce qui crée un roulement du personnel et entraîne des coûts pour l’État québécois. « Lorsqu’un employé part et que la fonction publique doit le remplacer, cela entraîne des coûts d’abord pour le recrutement et ensuite pour la formation. Sans compter l’expertise ainsi perdue. La fonction publique n’en sort pas gagnante. » Cela est d’autant plus vrai que tous les employés de la fonction publique, qu’ils soient permanents ou non, sont couverts par les conventions collectives et jouissent des mêmes conditions salariales et de travail.

La raison ?

Pourquoi est-ce le cas ? « La perte des emplois permanents dans la fonction publique a commencé quand le gouvernement Charest a décidé qu’il ne remplacerait qu’un emploi sur deux lorsqu’un employé prendrait sa retraite. Ensuite, quelques années plus tard, la création d’emplois permanents a été centralisée au Conseil du Trésor. Auparavant, c’étaient les ministères et les organismes parapublics qui avaient la responsabilité de créer les emplois permanents, et ce, selon leurs besoins. »

Et, aux dires de Christian Daigle, le Conseil du Trésor s’est fait, depuis cette centralisation, plutôt avare quant à la création d’emplois permanents. « À un point tel qu’il nous a fallu inclure la création d’emplois permanents dans les négociations de nos conventions collectives. C’est seulement par la voie de ces négociations que nous avons pu obtenir depuis 2001 la création d’un peu plus de 10 000 emplois permanents. D’ailleurs, plusieurs sous-ministres nous ont remerciés, car leurs demandes de création de postes permanents auprès du Conseil du Trésor se terminaient la plupart du temps par une fin de non-recevoir. Les gains obtenus par nos négociations leur redonnaient une marge de manoeuvre qu’ils avaient perdue au profit du Conseil du Trésor. »

Un autre cas de précarité qui vient aussi fragiliser, bien que de moindre façon, la fonction publique québécoise est la présence grandissante d’étudiants y occupant des postes. « La fonction publique a toujours été un endroit qui accueillait en son sein des étudiants pour des emplois d’été, ce qui est tout à fait convenable et raisonnable. Mais depuis un certain temps, le gouvernement permet aux étudiants de travailler durant l’année scolaire un maximum de 14 heures par semaine. La présence de ces étudiants tout au long de l’année est aussi un prétexte pour ne pas créer de nouveaux postes permanents. Sans compter qu’une directive du Conseil du Trésor fait en sorte que ces employés étudiants, même s’ils travaillent toute l’année, ne soient pas assujettis aux conventions collectives en vigueur pour le reste des employés. »