Un pas dans la bonne direction

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Daniel B. Lafrenière
Photo: Source CSQ Daniel B. Lafrenière

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les Sans-Chemise militent depuis 16 ans pour une plus grande accessibilité à l’assurance-emploi. La Centrale des syndicats du Québec (CSQ), partenaire de la coalition, salue les avancées réalisées depuis l’arrivée du gouvernement Trudeau et espère poursuivre le dialogue.

« On a tendance à l’oublier, mais tout le monde en paie, de l’assurance-emploi », lance Daniel B. Lafrenière, secrétaire-trésorier de la CSQ. Et même si tous les travailleurs contribuent à la caisse de l’assurance-emploi, de moins en moins parmi eux y ont accès : « C’est un régime qui a 75 ans. Au départ, 80 % des travailleurs avaient accès au régime alors qu’aujourd’hui on est rendus à 38 % », explique Daniel B. Lafrenière. Cette détérioration de la possibilité d’accéder à des prestations d’assurance-emploi a été entraînée par diverses réformes mises en place par tous les gouvernements confondus. « Un point majeur des revendications de la coalition des Sans-Chemise est d’améliorer cette accessibilité », ajoute-t-il.

La coalition des Sans-Chemise voit le jour en 2000 dans la région de Charlevoix en réaction à un découpage des régions administratives de l’assurance-emploi qui provoque des conséquences graves sur les critères d’admissibilité à l’assurance-emploi ainsi que sur la durée de la période de prestations pour les gens de la région. Aujourd’hui, on trouve des membres de la coalition partout au Québec, qui mènent un travail de sensibilisation, de mobilisation et de pression afin d’obtenir un meilleur régime d’assurance-emploi. La coalition des Sans-Chemise regroupe la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC), la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), ainsi que l’Alliance québécoise des techniciens de l’image et du son (AQTIS).

Difficiles, les emplois saisonniers ou cycliques

« Chez nous, à la CSQ, nos effectifs se composent à 78 % de femmes. On représente très majoritairement des gens des secteurs public et parapublic. Quand on parle d’assurance-emploi, d’emploi et de précarité, on insiste sur le fait que les femmes et les jeunes sont les premiers touchés par les mesures d’austérité qui ont été mises en place au Québec au cours des dernières années. À la CSQ, c’est vraiment une préoccupation de tous les instants », rappelle le syndicaliste.

La particularité de la CSQ, c’est que la centrale représente les gens du secteur de l’éducation, de la petite enfance jusqu’à l’université. « Si les autres groupes défendent beaucoup les emplois saisonniers dans le secteur privé, nous le faisons pour les gens du secteur public dans lequel, on a tendance à l’oublier, se trouvent de nombreux emplois saisonniers ou cycliques. » Ici, la précarité se traduit par la segmentation des emplois. Cette précarité est exacerbée par un accès difficile à l’assurance-emploi.

Daniel B. Lafrenière donne l’exemple des éducatrices en services de garde en milieu scolaire : « Ces personnes commencent très tôt le matin, travaillent parfois seulement une heure et ne reviennent qu’à la fin de la journée. Elles subissent des mises à pied cycliques pendant la période estivale, les Fêtes et la relâche. » Certains de ces postes ne représentent que sept heures par semaine, et c’est vrai pour 50 % de ce type d’emploi. Il n’y a pas que les éducatrices qui sont touchées. En fait, partout, les taux de précarité sont importants : chez les professionnels — les orthopédagogues, les psychologues et les orthophonistes —, il est de 24 %. Au cégep, il passe à 70 % chez le personnel de soutien. Et c’est 52 % du personnel enseignant qui souffre de précarité, ce taux augmentant jusqu’à 77 % dans le secteur de la formation professionnelle.

Les revendications

Dans tous les cas de figure que nous venons de citer, l’accès à l’assurance-emploi est difficile ou même inexistant. La coalition des Sans-Chemise voudrait bien que les choses changent un peu. Ses revendications concernent des points bien précis de la loi.

« On sait que la caisse de l’assurance-emploi, c’est seulement les employeurs et les travailleurs qui y contribuent. La caisse génère beaucoup de surplus et on dit que ces surplus devraient être remis aux travailleurs afin de bonifier le régime et d’en améliorer l’accès », dit M. Lafrenière. Il y a eu des surplus de l’ordre de 58 milliards que les gouvernements successifs se sont réappropriés pour équilibrer leurs budgets : « Cette caisse a connu d’importants surplus notamment en raison de l’accessibilité réduite ; moins de gens y accèdent et tout le monde en paye ! » Une caisse autonome de l’assurance-emploi permettrait de réinjecter des fonds dans le secteur de l’emploi.

« Les gens qui se retrouvent entre deux emplois souffrent parfois de périodes creuses, ce qu’on appelle le trou noir. » Ce phénomène est assez répandu au Québec et dans l’est du Canada, et touche 15 000 travailleurs saisonniers qui se retrouvent à la fin de leurs prestations avant la reprise de l’emploi. Avec tout ce qui se passe actuellement en Alberta, où les prix du pétrole ne cessent de baisser, le gouvernement a mis en place des mesures spéciales. « On revendique 360 heures de travail ou 13 semaines. On veut qu’il y ait deux critères », explique Daniel B. Lafrenière. Il est parfois plus facile de répondre à l’un ou l’autre de ces deux critères.

De l’écoute de la part du gouvernement

« Ça fait des années qu’on dit que les semaines d’attente devraient être éliminées. Aujourd’hui, elles passent de deux à une semaine. » Pour la CSQ et la coalition des Sans-Chemise, c’est une brèche importante. « Habituellement, on critique sévèrement l’absence de mesures progressistes des différents gouvernements, y compris les libéraux. Mais à ce moment-ci, nos revendications ont quand même reçu un accueil favorable au cours de la dernière campagne électorale, et dans le dernier budget, ça s’est traduit par des engagements concrets », ajoute le syndicaliste, qui salue aussi l’écoute de ce gouvernement.