Crise d’équité

Les chercheurs de l’IRIS ont constaté qu’un fossé de près de 7 milliards s’est creusé entre les hommes et les femmes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les chercheurs de l’IRIS ont constaté qu’un fossé de près de 7 milliards s’est creusé entre les hommes et les femmes.

Les femmes du Québec subissent davantage que les hommes les dommages collatéraux de la plus récente crise économique. Elles ont été plus durement atteintes par les mesures d’« austérité » mises en place pour rétablir l’équilibre budgétaire et n’ont pas été favorisées autant que les hommes par la relance économique.

Une nouvelle étude dévoilée lundi par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) révèle que, contrairement à ce qu’affirme le gouvernement Couillard, les mesures imposées pour redresser les finances publiques du Québec ne sont pas « neutres » et « technocratiques » : elles portent un coup plus dur aux femmes qu’aux hommes.

« Les résultats sont clairs, la sortie de crise depuis 2008 a eu un impact négatif sur les femmes, tant pour ce qui est de la relance que pour l’austérité », affirme la coauteure de l’étude, Eve-Lyne Couturier.

Pour en arriver à une telle conclusion, les chercheurs de l’IRIS ont analysé 192 mesures contenues dans des budgets adoptés, des mises à jour économiques et des énoncés budgétaires rendus publics entre novembre 2008 et aujourd’hui. Ils ont constaté qu’un fossé de près de 7 milliards de dollars s’est creusé entre les hommes et les femmes au cours de cette période.

Écart important

Pour ce qui est de la relance économique, les auteurs évaluent que les mesures budgétaires ont profité aux hommes et aux femmes de manière relativement équitable. La bonification du Plan québécois des infrastructures a toutefois provoqué un déséquilibre.

« Les mesures de relance économique ont surtout favorisé les hommes, car elles étaient axées sur le secteur de la construction, explique Mme Couturier. Ceux-ci ont bénéficié de 7,2  milliards de dollars, contre 3,5 milliards pour les femmes, ce qui signifie que sur toute la période, ils ont profité de 3,7 milliards de plus. »

« Nous ne sommes pas contre les programmes d’investissement en infrastructures, comprenons-nous bien, précise le chercheur Simon Tremblay-Pepin, également auteur de l’étude. Mais l’insistance particulière du gouvernement en faveur de ce type de programme nous indique qu’on n’a pas tenu compte de l’effet sur les hommes et les femmes. »

En additionnant les coupes générales, les hausses de taxes et de tarifs et les réductions ou gels de salaires, le groupe de recherche de gauche observe également que les femmes ont assumé 3,1 milliards de compressions de plus que les hommes.

En bref, les chercheurs ont analysé chacune des mesures budgétaires (de relance ou d’« austérité ») et ont tenté de déterminer leurs impacts sur les hommes et les femmes à partir des statistiques disponibles. Selon les cas, ils ont évalué les répercussions des mesures sur le personnel ou sur les bénéficiaires de services.

Par exemple, l’IRIS estime que les mesures annoncées dans le budget 2014-2015 pour mettre en valeur les ressources naturelles du Nord québécois favorisent davantage les hommes (90,2 %) que les femmes (9,8 %) puisque ces dernières sont moins nombreuses à occuper un emploi dans le secteur de l’extraction minière.

Du côté des mesures d’« austérité », les femmes ont été particulièrement affectées parce qu’elles occupent près de 75 % des emplois relevant de l’État, ajoute le groupe de recherche. Les effets des coupes dans la masse salariale des ministères ou dans des secteurs comme la santé et l’éducation ont donc été plus grands chez les femmes que les hommes.

« En plus d’avoir des effets délétères sur la population et l’économie du Québec, […] les mesures d’austérité du gouvernement contribuent également à creuser les inégalités entre les hommes et les femmes, concluent les auteurs. Tout nous laisse croire que le budget 2015-2016 ne fera pas exception à cette règle avec l’application de nouvelles mesures d’austérité. »

L’étude de l’IRIS a été publiée à quelques jours de la Journée internationale des femmes, le 8 mars. La présidente de la Fédération des femmes du Québec et porte-parole du Collectif 8 mars, Alexa Conradi, espère que les élus en tireront des leçons. « Le gouvernement doit impérativement tenir compte des informations rapportées par l’IRIS et considérer sérieusement des solutions favorisant une plus grande égalité entre les femmes et les hommes, [comme cela est] édicté dans le préambule de la Charte québécoise des droits de la personne », fait-elle valoir.

L’Intersyndicale des femmes et Relais-femmes ont participé au financement de l’étude de l’IRIS.

Journée des femmes: libération refusée?

Revenu Québec a refusé de libérer ses employées pour participer aux activités soulignant la Journée internationale des femmes, déplore le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ). Dans un communiqué, le SFPQ soutient que l’employeur a toujours accordé une libération de 45 minutes à ses employées pour prendre part aux activités du 8 mars, mais pas cette année. Il aurait justifié son refus en indiquant que le thème de la journée — « Femmes en marche pour l’égalité, solidaires contre l’austérité » — n’est pas approprié. Revenu Québec n’avait pas confirmé ces informations au moment d’écrire ces lignes.