Acquis et compétences sont reconnus au prix de bien des efforts

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Dans un espace de temps restreint, l’adulte doit prouver qu’il possède des compétences identiques à celles de la personne qui a franchi toutes les étapes d’un programme de formation institutionnel.
Photo: Archives Le Devoir Dans un espace de temps restreint, l’adulte doit prouver qu’il possède des compétences identiques à celles de la personne qui a franchi toutes les étapes d’un programme de formation institutionnel.

Ce texte fait partie du cahier spécial Formation continue - Octobre 2014

La reconnaissance des acquis et des compétences (RAC), c’est un processus. Et, pour quiconque s’y engage, il s’avère plutôt lourd et complexe, tant pour les demandeurs que pour les établissements ou les organismes qui font cheminer leurs requêtes. La gamme des formations de tous les niveaux est vaste et la pente à gravir est plutôt abrupte pour obtenir la reconnaissance officielle convoitée.

Guy Fortier a pris sa retraite et est devenu consultant privé, lui qui demeure vice-président de l’Association canadienne pour la reconnaissance des acquis et qui fut le directeur général de Compétences Montréal. Il entre dans le vif du sujet à propos du processus lui-même : « Il s’inscrit comme une démarche à suivre par un adulte afin d’obtenir un titre de compétence, un diplôme ou un permis d’exercice, par exemple, dans un ordre professionnel. Des adultes peuvent de la sorte faire valoir des compétences qu’ils ont pu acquérir à l’extérieur des murs d’une école, d’un collège ou d’une université. »

Il signale un phénomène de plus en plus répandu : « On reconnaît aujourd’hui que bon nombre de gens apprennent par expérience et que celle-ci fournit au bout du compte des acquis ; ils utilisent de même la formation à distance pour acquérir du savoir-faire, mais, dans certaines circonstances, ils sont confrontés à l’obtention d’un titre officiel et c’est là que la RAC entre en jeu. »

Les partenaires sont nombreux à fournir les services de reconnaissance selon les besoins requis : il y a entre autres le secteur de l’éducation des adultes des commissions scolaires pour le DES et le DEP, la Commission de la construction du Québec pour les certificats de métier inhérents à ce secteur d’activité, les comités sectoriels de main-d’oeuvre pour ceux d’autres métiers, les cégeps pour les DEC et les AEC, les universités et les ordres professionnels pour une authentification professionnelle.

La complexité du parcours

Le commun des mortels peut y perdre son chemin, mais il existe une sorte de GPS pour s’y retrouver : « À Montréal, il y a une initiative qui vise à regrouper les commissions scolaires, les cégeps et les services d’Emploi Québec à l’intérieur d’une même structure, qui s’appelle Qualification Montréal et qui a remplacé Compétences Montréal en décembre dernier ; c’est un canal élargi qui sert à obtenir une information de première ligne de qualité. » Cet organisme procure aux personnes intéressées un guichet unique intersectoriel qui regroupe les services de référence en reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) sur l’île de Montréal. Un obstacle se présente : « Les situations sont très variables d’un endroit à l’autre dans d’autres régions du Québec. Il se pose habituellement un problème assez généralisé d’accès à l’information par rapport à ces services-là. »

Compte tenu du grand nombre et de la variété des formations qui sont dispensées par de multiples établissements, il peut être difficile de s’y retrouver : « Ça devient souvent un peu comme un parcours d’olympien pour des adultes : l’accessibilité aux services, la clarté et la disponibilité de l’information sont très inégales, malgré les efforts consentis dans ce sens depuis 2002. »

Et qu’en est-il de la démarche elle-même ? Guy Fortier fournit ces explications : « Quand on arrive, par exemple, dans une commission scolaire pour un programme de formation professionnelle ou dans un collège pour un programme technique, on doit faire la démonstration hors de tout doute devant des spécialistes, par toutes sortes de moyens comme des observations, des exercices, des simulations et des tests, qu’on détient la compétence qu’on tente de faire reconnaître. » Dans un espace de temps restreint, l’adulte doit prouver qu’il possède des compétences identiques à celles de la personne qui a franchi toutes les étapes d’un programme de formation institutionnel.

Formateurs et demandeurs

Les établissements et les comités sectoriels sont tenus de faire preuve de rigueur : « Ils doivent affecter des ressources pour accomplir cette tâche de reconnaissance ; il est nécessaire de la confier à des gens qui sont bien formés. Quand on dit que c’est un processus, il faut se rendre compte qu’il peut y avoir 15 compétences dans un programme de formation, ce qui exige en général le même nombre d’évaluations : la personne peut durant ce temps être mise en situation dans un laboratoire et doit démontrer, à la suite d’un exercice, qu’elle possède une compétence en chimie ou dans un autre domaine, ce qui exige de mobiliser des spécialistes de la matière et des appariteurs, d’utiliser des lieux et des équipements ; tout cela implique des investissements importants. »

Certains établissements ont intégré la RAC dans leur plan stratégique. Guy Fortier brosse un tableau de ces premiers de classe : « Il n’y en a pas des tonnes, mais il y a quand même quelques commissions scolaires et collèges qui le font ; il y a aussi l’Université de Montréal qui commence à s’investir beaucoup du côté de la Faculté de l’éducation permanente, et il y a l’Université de Sherbrooke qui offre des services. De plus, les ordres professionnels sont obligés de tenir compte des demandes des personnes qui veulent obtenir un permis d’exercice au Québec, tout comme les comités sectoriels doivent respecter le droit des gens à la reconnaissance quand des métiers ont été normés. »

Il se tourne vers les requérants : « La nécessité ou le besoin de posséder un titre officiel se présente dans certains cas seulement. Les gens évitent de recourir à certaines démarches, dans la plupart des cas, lorsqu’il est possible d’accéder au marché du travail autrement. Mais il arrive que, par obligation, on soit obligé d’aller chercher un titre professionnel ou un diplôme, sans quoi il est impossible d’exercer, ou qu’on soit obligé de procéder de la sorte pour améliorer une situation en emploi ; ce sont alors des services qui répondent aux exigences rencontrées, mais encore faut-il y accéder. »

Le parcours est accidenté : « Une fois cette étape franchie, c’est un processus qui est très exigeant pour la personne : elle doit faire la démonstration de ses compétences, se rendre dans des établissements, se soumettre à des évaluations et se livrer à des exercices, ce qui peut être long et parfois fastidieux », assure-t-il.