L’emploi dans les coopératives: une manne d’avenir

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Au Québec, le modèle coopératif contribue à le distinguer de façon importante du reste du Canada. Avec ses 40 000 employés, le Mouvement Desjardins est un groupe entrepreneurial de type coopératif où il y a des assemblées générales entre les caisses.
Photo: Réjean Meloche Au Québec, le modèle coopératif contribue à le distinguer de façon importante du reste du Canada. Avec ses 40 000 employés, le Mouvement Desjardins est un groupe entrepreneurial de type coopératif où il y a des assemblées générales entre les caisses.

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopératives

Secrétaire général de l’Organisation internationale des coopératives de production industrielles, d’artisanat et de services (CICOPA), Bruno Roelants dresse un constat positif de l’emploi dans le monde coopératif. Non seulement les coopératives offrent une base d’emploi de plus en plus vaste et importante à l’échelle mondiale, mais elles font aussi preuve d’une résilience plus forte que d’autres modèles d’entreprise en temps de crise.

Le monde coopératif continue d’employer un nombre croissant de travailleurs : c’est ce qui se dégage du Rapport sur les coopératives et l’emploi qui sera présenté le 7 octobre prochain, lors du Sommet international sur les coopératives. « Nous sommes en mesure au moins de maintenir notre proportion par rapport à la population active occupée [la population active moins les chômeurs]. La tendance est à la hausse », résume Bruno Roelants. Dans ce tableau, les secteurs les plus dynamiques sont logiquement les secteurs nouveaux, car ils répondent à des besoins nouveaux. « Tout ce qui touche à l’industrie, aux services et surtout aux services à la collectivité, comme la santé, l’éducation, les services sociaux et les services écologiques, a tendance à être en forte augmentation », précise-t-il.

Quant à savoir s’il faut opposer le monde coopératif et la productivité, Bruno Roelants répond par la négative. « Il existe un rapport entre l’emploi coopératif tel qu’il est vécu par les gens et l’efficacité entrepreneuriale », soutient-il. Il évoque même un « cercle vertueux » et un « renforcement potentiel » entre ces deux éléments.

Les coopératives disposent également d’une force de résistance face aux crises. Une étude faite en 2012 et intitulée La résilience du modèle coopératif montre que les coopératives ont tendance à maintenir l’emploi plus de temps et de façon plus résiliente que les autres types d’entreprise, car « elles ont un peu plus d’oxygène devant une crise ». Elles sont « comme des fourmis : elles ont tendance à accumuler du capital. Ainsi, leur ratio capital-dette est généralement plus sain que celui d’autres types d’entreprise ». Grâce à cette autodiscipline, elles peuvent se retourner plus facilement et prendre des décisions drastiques quand c’est nécessaire. « Dans nos coopératives de travail, il y a eu des assemblées générales faites une semaine après la chute de Lehman Brothers. Les travailleurs membres des coopératives ont décidé de diminuer leur salaire de 10 % pendant quelques mois, le temps que la crise passe. »

Une décision « immédiate, rapide et légitime » qui est difficile à imaginer dans une entreprise classique, où elle aurait fait l’objet de débats entre syndicats et patrons. « Le fait que les travailleurs sont aussi patrons permet de prendre des décisions très rapidement. »

Autre facteur de résilience : le pouvoir de se regrouper. En effet, à l’exemple du Mouvement Desjardins, qui rassemble 400 banques, ou du groupe Mondragon en Espagne, la capacité de se regrouper permet de gagner en force et de pouvoir lutter contre le chômage dans des moments difficiles. « Le groupe Mondragon arrive à redistribuer les travailleurs dans d’autres coopératives lorsqu’une coopérative a un excès de main-d’oeuvre au moment d’une crise. Ce groupe coopératif n’a jamais mis quelqu’un à la porte, du moins parmi les travailleurs membres. Ce sont plusieurs dizaines de milliers de personnes qui n’ont jamais connu le chômage. »

Par ailleurs, on note que les coopératives contribuent largement à formaliser l’emploi et qu’elles ont joué depuis le XIXe siècle un rôle fondamental de ce côté. « Aujourd’hui, on s’aperçoit que, dans des secteurs très portés par le secteur informel, comme la construction, où beaucoup de choses ne sont pas très claires sur le plan de la formalité de l’emploi, les coopératives ont tendance à être le plus réglementaires possible, à cause du statut de leurs travailleurs. C’est une tendance forte, qui est extrêmement importante sur le plan de l’évolution de l’emploi dans le monde. »

Au Québec, le modèle coopératif contribue à le distinguer de façon importante du reste du Canada. En effet, avec ses 40 000 employés, le Mouvement Desjardins est un « groupe entrepreneurial de type coopératif où il y a des assemblées générales entre les caisses », obéissant à une « gouvernance complexe entre entreprises qui est tout à fait originale ». Bruno Roelants parle d’une « expérience québécoise absolument fondamentale », qui permet au groupe Desjardins d’être « beaucoup plus fort que les credit unions dans le Canada anglophone et aux États-Unis ». Le deuxième grand avantage du Québec par rapport au reste du Canada, selon Bruno Roelants, est le fait que, en cas de dissolution, personne ne peut mettre la main sur les réserves accumulées par les coopératives et les redistribuer entre les membres. « Elles doivent forcément être utilisées pour développer le mouvement coopératif. Les membres des coopératives ne peuvent donc pas tirer avantage de ces réserves en liquidant la coopérative et en essayant d’avoir chacun une part du gâteau, ce qui est possible dans beaucoup de pays du monde et dans le reste du Canada. » Selon lui, cela expliquerait en partie le fait que le bassin d’emploi coopératif est plus grand au Québec que dans le reste du Canada, notamment dans le secteur de l’industrie et des services. « C’est quelque chose de fondamental que le Québec a réussi à mettre en place, qui contraste avec les autres provinces. Il y a beaucoup plus de densité de coopératives de travail et nous considérons qu’il y a un rapport. »

Le Rapport mondial sur les coopératives et l’emploi présentera l’état des connaissances sur l’emploi dans les coopératives dans le monde à travers une approche à la fois quantitative et qualitative. Il a été rédigé à la suite d’une étude menée dans dix régions : en Argentine, au Brésil, au Québec, aux États-Unis, en Afrique du Sud, au Japon, en Corée, en Inde, en Italie et en Espagne.