Même au Canada, les jeunes travailleurs écopent


	Deux jeunes chercheurs dans un laboratoire de Montréal.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir
Deux jeunes chercheurs dans un laboratoire de Montréal.

La situation de l’emploi chez les jeunes est bien meilleure au Canada que dans les pays aux prises avec la crise européenne, comme la Grèce et l’Espagne. Mais pas autant qu’il n’y paraît, fait observer la Banque TD.

On fait grand état - à raison - de l’extrême sévérité avec laquelle la crise économique et ses contrecoups ont frappé les jeunes travailleurs en Europe, dit l’économiste de l’institution financière Francis Fong dans une brève analyse publiée mardi. Les statistiques officielles le plus souvent utilisées tendent cependant à exagérer un peu la situation dans des pays comme la Grèce et l’Espagne, mais surtout à masquer le fait que les jeunes Canadiens et Américains ont aussi été très durement touchés par la crise et qu’ils ne s’en sont toujours pas remis.


Le taux de chômage des Espagnols et des Grecs de 15 à 24 ans a doublé en quatre ans, au point de dépasser dans les deux cas les 50 %. Le portrait paraît à peine moins affligeant dans les autres pays qui subissent de plein front la crise européenne, comme l’Italie, l’Irlande et le Portugal, où ce mal continue de se maintenir aux alentours de 30 à 35 %.


En comparaison, les jeunes Canadiens ont eu la vie facile avec un taux de chômage qui a modestement grimpé de 11 à 16 % durant la crise, avant de commencer à redescendre en 2010 jusqu’à 14 % aujourd’hui. La situation a été similaire aux États-Unis, avec un taux de chômage des jeunes qui est d’abord passé de 10 à 19 % avant de reculer à 16 %.


Différentes façons de compter


Ces statistiques sont basées sur la proportion de travailleurs disant se chercher sans succès un emploi, rappelle l’économiste de la TD. Elles ne tiennent pas compte des personnes qui se sont découragées et qui ont cessé de chercher, ni de celles qui sont retournées aux études faute de mieux, non plus que de celles qui ont accepté des emplois à temps partiel faute de mieux.


Il faut savoir, par exemple, que la proportion de jeunes en quête d’emploi en Espagne et en Grèce, respectivement à 40 % et 29 %, a toujours été plus basse qu’au Canada (64 %) et aux États-Unis (55 %) et que cela serait moins attribuable à des facteurs conjoncturels (comme la crise) que culturels (moins de travail à temps partiel chez les étudiants et plus important travail au noir). Lorsqu’on divise le nombre de chômeurs par le total, non pas des demandeurs d’emploi, mais de l’ensemble de la population des 15 à 24 ans, on arrive à un « ratio de chômeurs » dont les écarts restent importants, mais tout de même moins prononcés entre la Grèce (15,5 %), l’Espagne (20 %), le Canada (9,1 %) et les États-Unis (8,9 %).

 

Le surplace du Canada


« Bien que les écarts [entre l’Europe et l’Amérique du Nord] restent marqués, quels ques soient les indicateurs utilisés, notre époque se révèle difficile pour tous les jeunes », répète Francis Fong.


Après tout, le Canada n’a toujours pas retrouvé les quelque 214 000 emplois perdus pendant la crise économique chez les travailleurs de 15 à 24 ans. Les États-Unis, de leur côté, seraient parvenus à faire un petit peu mieux en récupérant environ le quart des 3,3 millions d’emplois perdus durant la même période. Ces chiffres ne disent toutefois rien sur la qualité des emplois que doivent accepter de prendre les jeunes Américains, poursuit l’économiste, une récente analyse de l’Associated Press ayant conclu qu’au moins la moitié des jeunes sont au chômage ou occupent un emploi requérant des qualifications professionnelles moindres que celles dont ils disposent.


« Quel que soit l’outil de mesure utilisé, le portrait reste ultimement le même, conclut l’économiste de la TD : les jeunes travailleurs font face à des conditions de marché du travail extrêmement difficiles et qui ne sont pas près de s’améliorer avant un bon bout de temps. »

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