Novelis mettra la clé sous la porte de son usine de Jonquière le 1er août

Photo: Agence Reuters Simon Zo

Au lendemain de l'annonce de la construction d'une nouvelle usine de 100 millions en Chine, Novelis a fait part hier de la fermeture définitive de son usine d'aluminium à Saguenay à compter du 1er août prochain.

La décision mettra au chômage 160 travailleurs, qui ne sont pas représentés par un syndicat.

«Ce que je ne peux pas accepter, c'est que c'est carrément de la délocalisation», a lancé le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault.

Celui-ci a par ailleurs noté qu'il ne s'agit pas seulement d'un exode d'emplois, mais aussi d'une technologie proprement québécoise. «Il y a une machine dans cette usine qui s'appelle le Flexcaster, un savoir-faire qui a été développé ici à Jonquière, au moment où l'usine appartenait à Alcan, a-t-il expliqué. Ce savoir-

faire appartient au Québec et au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il ne faut pas délocaliser ça en Chine. C'est rendu que la connaissance technologique est exportée en Chine. Je pense qu'il faut être capable de s'affirmer et de se tenir debout par rapport à ça.»

La fermeture a aussi fait réagir le Syndicat national des employés de l'aluminium de l'usine Arvida de Rio Tinto, principal fournisseur de Novelis, dont le président Alain Gagnon appréhende les répercussions pour ses membres. «Pour nous, ç'a un impact, c'est sûr. On alimente [l'usine Novelis] sur une base quotidienne, quart de travail après quart de travail, en métal en fusion, a indiqué M. Gagnon. La fermeture touche tout le monde. D'ailleurs, c'est sûr qu'on va faire en sorte de mettre le monde en marche pour essayer de sauver ça parce que ça n'a pas de sens.»

Selon le député fédéral néodémocrate de Jonquière-Alma, Claude Patry, lui-même un ancien président de syndicat dans le domaine de l'aluminium, les conséquences iront encore beaucoup plus loin. «Quand tu perds 160 jobs, il faut multiplier par trois parce que cela a un impact sur l'épicier, sur le laitier, le boulanger, sur tout le monde. Ç'a un effet domino. Un bon emploi à ces salaires, ça fait travailler trois personnes dans la région. Ça aura un effet désastreux pour Jonquière. Ça fait aussi travailler la PME environnante, les ateliers de soudure, les manufactures. Tous ces gens vont le ressentir», a laissé tomber M. Patry.

Le député Gaudreault s'inquiète par ailleurs du fait que la fermeture mettra fin au contrat de fourniture par lequel Rio Tinto devait livrer annuellement 160 000 tonnes de métal en fusion provenant principalement de l'usine Arvida, mais aussi des usines de Grande-Baie et d'Alma — bien que celle-ci soit présentement en lockout. À compter du mois d'août, cela se traduira par un ajout de 160 000 tonnes d'aluminium disponible sur un marché déjà aux prises avec des surplus.

«Ces surplus expliquent en bonne partie le peu d'empressement de Rio Tinto de mettre fin au lockout d'Alma», a-t-il soutenu.

L'usine de Jonquière, érigée en 1971 par Alcan, avait été vendue à Novelis il y a quelques années. Novelis, dont le siège social est situé à Atlanta, en Géorgie, est une filiale du géant indien de l'aluminium Hindalco, établi à Mumbai. Il n'a pas été possible de joindre la direction de Novelis.

Sylvain Gaudreault a fait part de son intention de rencontrer les hauts dirigeants de Novelis, qui sont à Jonquière jusqu'à la fin de la semaine pour rencontrer les employés, afin de tenter de les convaincre d'explorer d'autres avenues que la fermeture. Il a également demandé au ministre du Développement économique, Sam Hamad, de se pencher sur le dossier et de voir, à défaut d'un changement de décision de la part de Novelis, si des investisseurs ne seraient pas intéressés par une reprise.

Il entend d'autre part réunir les employés la semaine prochaine afin qu'ils se mobilisent pour contrer la fermeture.
13 commentaires
  • Vincent Bussière - Inscrit 12 avril 2012 08 h 01

    Chômage!

    Beaucoup d'emploi sont perdus, fermetures, mises à pieds, réductions et coupures, si ce que dit Patry est vraie, Harper viens de créer près de 100,000 chômeurs au Canada dont une grande partie au Québec et à Montréal en particulier. Ce gouvernement est il en train de nous mijoter lentement une grave récession? Les conséquence d'avoir élue un con servateur seront désastreuses à moins que le Québec ne se réveille!

  • Vincent Bussière - Inscrit 12 avril 2012 08 h 04

    Récession

    La situation est dramatique au États-Unis, les maisons qu'on vend ici à 3 et 400$ le pied carré, se vendent la bas à moins de $100.00 le pied. Cette situation à mon avis ne peut durer sans qu'ici on en subisse un contre coup!

  • BROMONTOIS - Inscrit 12 avril 2012 09 h 02

    Après le coup des pétrolières ...

    Qui se sont départies de plusieurs raffineries afin de faire monter le prix du pétrole , voici que des multinationales achètent nos compagnies (Alcan , Novelis ...) afin de les fermer pour ainsi créer une fausse rareté du produit avec le même résultat , tout en s'accaparant de la technologie . Il faudra bien un jour s'apercevoir que le libre échange ne sert en réalité que de moyen pour les riches de contrôler l'ensemble des travailleurs à travers la planète .

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 12 avril 2012 09 h 18

    Délocaliser Charest?

    Faudrait-il délocaliser Jean Charest en Chine?

    Probablement qu'ils n'en voudraient pas. À un milliard d'habitants, ils ont déjà leur propres incompétents.

    Desrosiers
    Val David

  • Sylvain Auclair - Abonné 12 avril 2012 09 h 22

    Entreprise privée

    Certains n'ont sans pas encore compris ce qu'est l'entreprise privée. Quand je lis: «Ce savoir-faire appartient au Québec et au Saguenay-Lac-Saint-Jean», je me peux m'empêcher de rire devant tant de naïveté.

    • J. G. - Inscrite 12 avril 2012 10 h 55

      Vous ne saviez pas que le Saguenay, la Vallée de l'aluminium, a longtemps été l'endroit de prédilection sur terre, oui, oui, sur toute la planète, où l'on développait ce savoir-faire? Oui, l'entreprise est privé, mais c'est quand même lâche de délocaliser des emplois de cette façon, surtout quand ce sont les travailleurs Saguenéens qui ont contribué à le développer ce savoir-faire. Mais c'est sûr que si on veut satisfaire les actionnaires, c'est préférable d'aller en Chine où les salaires sont bien moindres et où le gouvernement n'a pas d'objection à ce que des entreprises exploitent les chinois.

    • FrankkTherrien - Abonné 12 avril 2012 11 h 43

      Il faut aussi savoir que plusieurs études sont financés par l'UQAC puisqu'il y a tout un département qui fait de l'étude sur l'aluminium. Cette technologie n'est pas arrivée du ciel! Les études l'ont certainement aidé! C'est donc, en effet, une propriété d'ici cette technologie!

    • Francois G - Inscrit 12 avril 2012 15 h 13

      @FrankkTherrien
      Propriété? Sans brevet il n'y a pas de propriété.
      Est-ce que l'industrie du jeux vidéo à Montréal doit payer des dividendes au Japon pour avoir créer le Nintendo?