Rio Tinto Alcan sort le couperet

Une deuxième vague de licenciements chez Rio Tinto frappe cette fois sa filiale Alcan, emportant l'usine d'électrolyse de Beauharnois, dont la vieille technologie sera interdite en 2015, et entraînant des mises à pied dans les établissements de Vaudreuil et d'Arvida. Au total, l'entreprise élimine 1100 emplois dans le monde, dont 300 au Québec.

Se disant affaiblie par un cours de l'aluminium qui est passé de plus de 3000 $US la tonne l'été dernier à environ 1400 $US ces jours-ci, Rio Tinto Alcan a annoncé hier qu'elle va porter à 11 % sa diminution de production mondiale, et qu'elle ne pouvait pas exclure d'autres compressions en sol québécois, où elle compte plus de 7000 employés.

«Chaque usine a un plan de réduction de coûts très agressif», a dit lors d'une conférence de presse Jacynthe Côté, qui deviendra chef de la direction de Rio Tinto Alcan le 1er février. «Je ne peux pas donner de garanties parce que je ne peux pas prédire à 100 $ près quel sera le prix de l'aluminium au cours des prochains mois.»

La société mère londonienne, Rio Tinto, a annoncé en décembre une première ronde de 14 000 licenciements, mais on estimait alors que le Canada allait être épargné.

Lors d'un entretien, le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, a dit qu'il s'agissait d'une «triste» nouvelle, mais que l'annonce reflète l'effondrement du prix de l'aluminium. Il a dit que les mesures ne contreviennent pas aux ententes qu'Alcan a signées avec Québec au fil des ans.

Entre autres, a signalé M. Bachand, Alcan s'était engagée auprès de Québec à maintenir l'usine de Beauharnois jusqu'en décembre 2010, et celle de Shawinigan jusqu'en 2012. Mais que depuis, l'aluminium s'est écrasé, et une «clause catastrophe» lui permet de fermer des établissements.

L'usine de Beauharnois, qui produit des lingots en utilisant le procédé Söderberg, emploie 220 personnes. Pour l'usine d'alumine à Vaudreuil, la compagnie prévoit une réduction temporaire de production qui entraînera la coupure d'une cinquantaine de postes. À Arvida, le centre de produits cathodiques diminuera de 50 % ses opérations liées à la production de carbone, ce qui affectera près d'une vingtaine de personnes.

Prochaine cible?

À l'usine de Shawinigan, qui utilise elle aussi la vieille méthode Söderberg, les responsables de la CSN craignaient hier que l'établissement ne soit le prochain à subir une cure minceur. Les employés entendent parler de compressions de 18 millions, mais ignorent la forme qu'elles prendront. «On s'attend à un plan de la direction d'ici la fin du mois», a dit le président du syndicat de l'usine, Louis-Gérard Dallaire.

Mme Côté, qui a travaillé trois ans et demi à Beauharnois, a dit qu'il s'agissait d'un «début de mandat difficile», mais que «c'est plus difficile pour nos employés». Présentement présidente et chef de la direction de la division Métal primaire chez Rio Tinto Alcan, elle remplacera Dick Evans.

Les syndicats ont dénoncé les mesures en affirmant que le rival de Rio Tinto Alcan, la société américaine Alcoa, qui possède notamment des usines à Baie-Comeau et Bécancour, va maintenir ses activités au Québec.

«Avec tous les avantages dont bénéficie Rio Tinto Alcan au Québec, il est inacceptable d'envisager des fermetures d'usines ici», ont déclaré dans un communiqué collectif Jean-Pierre Fortin, directeur québécois des Travailleurs canadiens de l'automobile et Alain Gagnon, président du Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida (TCA-SNEAA). «Les installations de Rio Tinto Alcan au Québec opèrent actuellement à profit et à des coûts de 15 % inférieurs à sa moyenne mondiale. De plus, le projet AP-50 de Jonquière sera en 2015, de l'avis même de Rio Tinto Alcan, la cinquième aluminerie la moins coûteuse au monde.»

Le projet AP-50 est une usine-pilote dans laquelle Alcan s'est engagée, en décembre 2006, à investir deux milliards sur une période de dix ans. En contrepartie, Québec a offert un prêt sans intérêt de 400 millions, a prolongé des contrats d'approvisionnement en électricité et a prolongé les droits d'Alcan sur la rivière Péribonka jusqu'en 2058.

Aussi, Rio Tinto Alcan a indiqué hier qu'elle entend vendre sa participation de 50 % dans la coentreprise Alcan Ningxia, en Chine. Il s'agit d'une usine d'aluminium de première fusion. De plus, les opérations d'électrolyse de la coentreprise Anglesey Aluminium, au Royaume-Uni, prendront fin en septembre 2009, avec l'échéance du contrat d'électricité.

À la Bourse de Londres, les actionnaires ont vu le titre de Rio Tinto chuter de 70 % depuis six mois, contre 53 % pour Alcoa.

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