Fonction publique - Les départs à la retraite font mal

Le Syndicat de la fonction publique du Québec en pleine manifestation, il y a quelques années. Selon sa présidente, «le gouvernement est en train de privatiser en catimini des pans entiers de la fonction publique. Il faut que les citoyens le sachent.
Photo: Jacques Nadeau Le Syndicat de la fonction publique du Québec en pleine manifestation, il y a quelques années. Selon sa présidente, «le gouvernement est en train de privatiser en catimini des pans entiers de la fonction publique. Il faut que les citoyens le sachent.

Préserver la qualité et l'intégrité des services publics, voilà l'objectif que poursuivent le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et la Fédération des professionnèles (sic) de la Confédération des syndicats nationaux (FP-CSN).

Réalignement, modernisation, «réingénierie» de l'État. Sous l'influence des gouvernements successifs, les compressions dans la fonction publique ont pris différents vocables. Elles ont également emprunté diverses formes: de la réouverture des conventions collectives incluant une récupération salariale, au début des années 1980, à la poursuite du déficit zéro, à partir de 1996.

Lucie Martineau, présidente générale du SFPQ, signale que l'élection du gouvernement libéral de Jean Charest, en 2003, a marqué le début d'une nouvelle escalade. «En ne remplaçant pas un fonctionnaire sur deux quittant son emploi pour la retraite, la fonction publique manque de travailleurs. Accompagnée d'un gel de l'embauche, cette politique s'est traduite par la détérioration des services publics. D'autant que le gouvernement s'est privé de ressources financières en réduisant les impôts.»

À la barre du SFPQ depuis le 15 avril dernier, la syndicaliste s'inquiète profondément de cette situation. «Nous assistons actuellement à une véritable déconstruction de l'État. Celui-ci n'a plus les ressources humaines et financières pour offrir aux citoyens des services de qualité. Il a donc recours à la sous-traitance ou privatise certains services sans se demander si les économies seront au rendez-vous.» Mme Martineau y voit l'érosion des principes fondamentaux des services publics, tels que l'universalité, la gratuité et l'accessibilité. Ce sujet a occupé une place importante lors du congrès de la SFPQ, qui s'est déroulé du 13 au 18 avril dernier.

Mme Martineau compte sur la mobilisation des citoyens pour renverser la vapeur. «Le gouvernement est en train de privatiser en catimini des pans entiers de la fonction publique. Il faut que les citoyens le sachent.» À cette fin, elle mise sur le Secrétariat intersyndical de la fonction publique (SIFP). Créé en 2005, celui-ci regroupe plus de 300 000 membres provenant de cinq organisations syndicales: la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), le SFPQ, le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPFQ), la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) et l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS). Il a pour principal objectif la promotion et la défense des services publics. La syndicaliste compte également sur des alliances avec la société civile qui milite pour les droits des travailleurs et les services publics.

Des effectifs en chute libre

Depuis quatre ans, le gouvernement a coupé près de 4540 postes dans la fonction publique. Ce régime minceur a eu des effets désastreux pour les quelque 45 000 membres du SFPQ. «On assiste à une augmentation de la charge de travail, du taux d'absentéisme et des problèmes de santé, ajoute Mme Martineau. Les effectifs sont démobilisés. Ils attendent leur retraite.» En vue d'améliorer les conditions de travail de ses membres, le SFPQ souhaite former avec d'autres organisations une force syndicale dans le cadre de la prochaine ronde de négociation.

La diminution de la taille de l'État soulève, bien sûr, des questions au plan de la relève syndicale. Au cours des prochaines années, bon nombre de militants quitteront progressivement la fonction publique pour la retraite. De nombreux postes syndicaux devront être comblés. La formation de la relève syndicale fait donc partie des priorités de la nouvelle présidente générale.

Les services publics de santé

Ginette Langlois, vice-présidente de la FP-CSN, pense également que le recours au privé ne permettra pas d'améliorer la qualité des services et de réduire leurs coûts. «Pour atteindre cet objectif, il faut plutôt se pencher sur l'organisation du travail. Dans le secteur de la santé et des services sociaux, on pourrait ainsi non seulement améliorer les services et la qualité de vie au travail, mais aussi réduire la dépense annuelle récurrente de 250 millions que coûtent actuellement les absences en invalidité, qui sont en hausse constante.»

La FP-CSN regroupe près de 8000 professionnels et techniciens répartis dans une quarantaine de syndicats. Comme la majorité de ses membres provient du réseau public de la santé et des services sociaux, la FP-CSN a cherché à alimenter les travaux du groupe de travail Castonguay sur le financement du système de santé au Québec. En se basant sur des études du ministère de la Santé et des Services sociaux, l'organisation syndicale a démontré qu'au cours des quatre dernières années, plus d'un milliard de l'argent affecté aux établissements de santé est allé en assurance salaire.

Revaloriser les professionnels

Selon Mme Langlois, une réelle démarche paritaire (employeur-syndicat) d'organisation du travail contribuerait à contrer les problèmes de santé psychologique liés au travail. «Cela réduirait les coûts liés à l'absentéisme et revaloriserait les professionnels et les techniciens pouvant être mis à contribution dans l'organisation des services. Actuellement, les effectifs quittent le réseau pour le secteur privé, qui offre progressivement de meilleures conditions de travail et une meilleure reconnaissance de l'expertise. Tout cela dessert le réseau public, surtout dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre.»

L'organisation syndicale accueille donc très favorablement les propositions du rapport Castonguay visant à améliorer l'organisation du travail, notamment lorsqu'il recommande au gouvernement d'octroyer un budget dédié à tout établissement qui présente un programme de renouveau de l'organisation du travail. Elle salue également l'ouverture en la matière de Philippe Couillard, ministre de la Santé et des Services sociaux. Ce rapport a été rendu public le 19 février dernier.

En revanche, la FP-CSN est en désaccord avec les solutions du rapport Castonguay ouvrant grande la porte à la privatisation. «Le secteur privé ne résoudra pas les problèmes du secteur de la santé, explique Mme Langlois. À preuve, depuis le transfert massif des dossiers de la CSST, de la SAAQ et des assurances privées vers le secteur privé dans les années 90, le coût de ces services a augmenté comparativement aux autres provinces, ainsi que la chronicité des problèmes de santé.» L'organisation syndicale appuie plutôt la position dissidente du coauteur du rapport, Michel Venne, et plaide en faveur du développement d'un réseau public fort et accessible.

La FP-CSN — qui représente dans le secteur privé le Syndicat professionnel des homéopathes du Québec — estime que l'intégration des médecines alternatives au réseau public de la santé et des services sociaux pourrait réduire les coûts globaux de la santé et des services sociaux au Québec.

Parallèlement, la FP-CSN participe aux travaux entourant le projet de loi 50. Celui-ci vise à moderniser la pratique professionnelle en santé mentale et en relations humaines au moyen d'un nouveau partage des champs d'exercice. Actuellement, l'entreprise de modernisation ne vise que cinq professions et laisse en plan près de 75 % des professionnels du secteur, notamment les techniciens en éducation spécialisée, les éducateurs et les agents de relations humaines. Pour la vice-présidente, cette approche est réductrice, car elle ne valorise pas l'ensemble du personnel concerné.

Autant d'actions, donc, pour améliorer les services publics et les conditions de travail des effectifs.

Collaboratrice du Devoir