Portrait - Boralex maintient le cap sur la croissance

Patrick Lemaire a été choisi pour diriger Boralex parce que, dans ses fonctions antérieures, il s’était beaucoup intéressé au facteur énergétique pour en réduire les coûts dans les usines où il est passé.
Photo: Jacques Grenier Patrick Lemaire a été choisi pour diriger Boralex parce que, dans ses fonctions antérieures, il s’était beaucoup intéressé au facteur énergétique pour en réduire les coûts dans les usines où il est passé.

Patrick Lemaire, président et chef de la direction de Boralex depuis un an, n'aime pas beaucoup parler de lui, mais il est bien difficile de ne pas lui demander de le faire quand on sait qu'il est le fils de Bernard et le neveu de Laurent et d'Alain, les trois frères qui ensemble en 1964 ont fondé Cascades, une petite entreprise devenue une multinationale. À l'heure présente, Patrick est celui parmi les enfants Lemaire qui semble le mieux placé pour devenir un jour le grand patron de Cascades.

Quand on lui parle de la possibilité qu'un tel scénario se réalise, Patrick Lemaire se sent plutôt mal à l'aise et évite complètement de considérer cette hypothèse comme inévitable, bien au contraire. «Je ne serais pas offensé si, demain, ce n'était pas quelqu'un de notre génération qui prenait la direction de Cascades. L'important, ce sera de choisir la meilleure personne pour occuper le poste. La décision appartiendra au conseil d'administration de Cascades», répond-il. Patrick Lemaire rappelle qu'il y a de nombreux exemples d'entreprises qui sont disparues à la deuxième, troisième ou quatrième génération. «Cascades n'est plus une petite entreprise familiale mais une multinationale, et elle devrait continuer à grandir», ajoute-t-il, en prenant bien soin de rappeler qu'il ne fait aucunement partie du centre décisionnel de Cascades, un domaine occupé par «les frères», c'est-à-dire son père et ses deux oncles. Il ne veut surtout pas échapper une déclaration qui pourrait lui attirer les foudres de son oncle Alain, l'actuel président et chef de la direction de Cascades. Au cours de l'entrevue, il jette de temps à autre un coup d'oeil du côté de sa directrice des communications, Patricia Lemaire, fille d'Alain. Une chose est certaine: que la génération de Patrick occupe ou pas des fonctions au plus haut niveau de la direction dans Cascades, celle-ci héritera le jour venu du plus important bloc d'actions et aura un rôle prédominant au conseil d'administration.

Connaître la compagnie au coeur de l'usine

Quoi qu'il en soit, Patrick Lemaire, âgé de 43 ans, présente un parcours professionnel assez semblable à celui de son père. À l'âge de 15 ans, il travaillait déjà pendant les vacances comme aide-mécanicien dans les usines de Kinsgsey-Falls. Il est diplômé en génie mécanique de l'Université Laval. De 1988 à 1999, il a occupé des fonctions diverses, comme directeur de production ou directeur d'usines, soit pendant trois ans en France, deux ans et demi au Québec et le reste en Ontario et aux États-Unis. «La méthode de Cascades est de voir la compagnie dans le coeur de l'unité de production», rappelle-t-il.

En 1999, il devient directeur général des cinq usines de Norempac, la filiale détenue alors en coparticipation avec Domtar, puis vice-président de l'exploitation cartons-caisses pendant cinq ans, un poste de grande responsabilité avec 1000 employés sous ses ordres. Pourquoi s'est-il retrouvé chez Norempac? Parce que chez Cascades, il a fait ses débuts à l'usine de Niagara Falls, dans l'État de New York, laquelle s'est retrouvée par la suite dans les actifs confiés à Norempac.

Enfin, en juin 2006, on annonce sa nomination comme président et chef de la direction de Boralex, un regroupement de gens d'affaires créé en 1982 pour du développement dans le secteur énergétique et dont son père, Bernard, avait été le principal instigateur.

Patrick Lemaire a été choisi pour diriger Boralex parce que, dans ses fonctions antérieures, il s'était beaucoup intéressé au facteur énergétique pour en réduire les coûts dans les usines où il est passé. Cascades détient une participation de 34 % dans Boralex, qui possède une participation de 23 % dans le Fonds de revenu Boralex, dont les résultats de 2006 montrent des revenus de 115,2 millions et un bénéfice avant la part des minoritaires de 34 millions, le meilleur résultat de son histoire.

Par suite de modifications fiscales, les commanditaires du Fonds décidaient en mars dernier de mettre le Fonds en vente. Toutefois, la situation financière difficile aux États-Unis a incité le mois dernier le comité spécial du conseil des fiduciaires à mettre fin au processus de vente. D'ici à ce que le conseil d'administration décide d'une nouvelle orientation, les affaires se poursuivent comme d'habitude, précise M. Lemaire. Boralex a le mandat de gérer le Fonds. Cette gestion porte sur une capacité de 347 MW, dont 103 MW sont produits par 66 turbines dans sept fermes éoliennes en France, ce qui est suffisant pour les besoins énergétiques annuels de 81 000 foyers. Il y a aux États-Unis six usines (cinq dans le Maine et une dans l'État de New York) de biomasse qui génèrent 204 MW. Il y a sept petites centrales hydrauliques (cinq aux États-Unis et deux au Québec) pour une production de 26 MW. Enfin, il y a une usine de cogénération au gaz naturel en France qui donne 14 MW.

Cap sur la croissance

Boralex maintient résolument le cap sur la croissance. En juin, une émission publique d'actions lui a permis d'encaisser 110 millions en incluant les options prises, en prévision de son expansion. Cette émission a fait passer la participation de Cascades de 41 % à 34 % dans Boralex. «Nous regardons de nombreux projets et ne retenons que les plus alléchants. Il y a un "momentum" pour l'énergie verte qui va durer encore plusieurs années», explique le président. L'objectif de Boralex est d'atteindre une capacité de 1000 MW d'ici trois à cinq ans.

En juillet, il annonçait la signature d'un protocole d'entente avec Gengrowth pour l'acquisition en Ontario de neuf fermes éoliennes d'une capacité totale de 90 MW. M. Lemaire mentionnait alors que ce n'était que le début d'une collaboration à long terme avec ce partenaire. Toute l'énergie produite par les 45 éoliennes qui seront installées en 2008 et 2009 sera vendue à l'Ontario Power Authority en vertu d'un contrat de 20 ans.

Il y a deux semaines, Boralex déposait avec deux partenaires, Gaz Métro et le Séminaire de Québec, trois soumissions pour des projets éoliens d'une capacité de 375,5 MW dans le cadre de l'appel d'offres de 2000 MW d'Hydro-Québec. Si accepté, ce projet comprendra environ 180 éoliennes qui seront installées sur les collines à l'arrière de Beaupré, où il n'y a aucune population proche, ni besoin de couper des arbres puisque la forêt a déjà été exploitée. Les routes forestières sont toujours là. Bref, il semble que les conditions soient idéales pour installer des éoliennes sur ces terres possédées par le Séminaire de Québec. Hydro-Québec devrait donner sa réponse le printemps prochain. Boralex fait valoir que l'exploitation éolienne depuis six ans en France lui a permis d'acquérir beaucoup d'expertise technique et de connaître tous les risques du métier. Il y exploite trois types d'équipements. Des projets d'expansion sont d'ailleurs envisagés dans d'autres pays européens où des programmes ont été mis en place, notamment en Italie, en Pologne et en Espagne.

Par ailleurs, Boralex se penche sur des projets en Colombie-Britannique et, sous la gouverne de son président actuel, se met à la surveillance des bonnes occasions d'affaires dans d'autres secteurs de la filière énergétique, notamment le méthane et l'énergie solaire. Et qu'en serait-il de la géothermie? Patrick Lemaire pense que cette technologie doit évoluer encore. «Elle ne fait pas partie de mes préoccupations journalières», dit-il.

En terminant l'entrevue, impossible de ne pas lui demander, en tant que dirigeant, auquel des trois frères il ressemble le plus. À Bernard le visionnaire, Laurent le financier ou Alain l'opérateur? Avec hésitation, il dit croire avoir un peu des trois, mais se demande si cela est bon ou pas. «J'ai un côté visionnaire, mais je suis plus prudent que mon père et, comme Alain, j'aime diriger les usines.» Il demeure cependant confiant en l'avenir de «Cascades, qui a toujours été capable de s'ajuster au marché».
1 commentaire
  • Guy Fafard - Inscrit 6 octobre 2007 11 h 21

    Cascades, Patrick Lemaire, Boralex, Économie, Entreprise, Québec (province)

    J'ai déjà eu des actions de Boralex achetées +/- 6.00$.
    L'action est montée à +/- 10.00$ ; mais suite à la création du fond Boralex le cours de l'action est descendu à +/- 4.00$.

    Je me sens insécure vis à vis de ce titre, à cause des telles transactions.