Réserve fédérale américaine - Profit record de 82 milliards

Le grand patron de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke<br />
Photo: Agence Reuters Jason Reed Le grand patron de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke

La Réserve fédérale américaine a enregistré un profit record de 82 milliards l'an dernier essentiellement grâce aux actifs toxiques qu'elle a achetés aux banques en difficulté durant la crise.

La presque totalité de ce profit, de 53 % plus élevé que celui de l'année précédente, sera versée au Trésor américain, a annoncé hier la banque centrale. Plus de 79 milliards $US iront ainsi au gouvernement, soit 68 % de plus que les 47 milliards transférés en 2009 et trois fois plus que la moyenne annuelle de 25 milliards maintenue durant les dix années qui ont précédé la terrible crise financière de 2008.

Ces bénéfices s'avèrent légèrement supérieurs aux prévisions dévoilées au début de l'année. Cette augmentation des profits de la Fed vient essentiellement de revenus d'intérêts plus élevés que prévu (24 milliards) tirés des 1000 milliards de dollars de titres adossés à des hypothèques et autres titres d'agences que la banque centrale a achetés durant la crise afin d'aider à stabiliser le marché immobilier. On apprend, par exemple, que ses actifs de la banque d'investissement Bear Stearns et de la compagnie d'assurances American International Group (AIG) lui ont rapporté 3,5 milliards l'an dernier.

Pour le moment, il n'est toujours pas question pour la Fed de commencer à revendre tous ces titres sur les marchés, de peur de les fragiliser. Ce retour à la normale devrait s'amorcer au début de l'année prochaine, pensent les analystes.

Le département américain du Trésor n'attendra pas aussi longtemps. Il a annoncé lundi son intention de se délester des 142 milliards de titres adossés à des hypothèques qu'il a repris des agences de refinancement hypothécaire Fannie May et Freddie Mac. Menée à coups de 10 milliards par mois, cette opération de revente ne devrait pas avoir d'impact sur les marchés, estime Washington. En décembre dernier, le Trésor a cédé sa dernière participation dans Citigroup et a empoché au passage un profit de 12 milliards. Le retour en Bourse de General Motors lui a permis de récupérer 13,5 milliards pendant que la vente d'Ally Financial et de la participation d'AIG dans MetLife a rapporté 9,6 milliards.

L'État au secours des banques

Confrontés, à l'automne 2008, à un secteur financier en proie à la panique après la faillite de Lehman Brothers, les pouvoirs publics américains y ont injecté en quelques semaines plusieurs centaines de milliards afin d'éviter l'effondrement d'autres banques et le gel complet du crédit. Le gouvernement a notamment acheté pour 700 milliards de dollars de véhicules financiers d'origines variées quelques semaines seulement avant la fin du gouvernement Bush. Composé jusque-là essentiellement de bons du Trésor, le portefeuille de la Réserve fédérale avait bondi, de la fin de l'été au début de décembre 2008, d'un actif total d'environ 885 milliards à 2234 milliards.

De nombreuses voix s'étaient élevées à l'époque pour dénoncer ce grand déballage d'argent public visant à voler au secours d'institutions financières responsables de leur propre malheur. On leur avait répondu que la plupart des actifs achetés en échange étaient de bonne qualité et que leur valeur allait remonter une fois la crise passée.

Le montant total des actifs de la Fed s'élevait, à la fin de 2010, à 2428 milliards, et continuait d'augmenter à la faveur, notamment, d'un nouveau programme d'achat de 600 millions de bons du Trésor visant à tirer vers le bas les taux d'intérêt à long terme et devant prendre fin en juin. La façon normale pour la banque centrale de stimuler la reprise serait de réduire le loyer de l'argent à court terme, mais son taux directeur est déjà à 0 % depuis la fin de 2009.

Les nombreux autres programmes de prêts directs aux institutions financières, de prise en garanties d'actifs ou encore d'échange de garanties avec d'autres banques centrales occupent graduellement de moins en moins de poids dans le bilan de la Fed au fur et à mesure qu'ils arrivent à leur terme. Des banques ont aussi commencé à demander à l'institution présidée par Ben Bernanke de pouvoir racheter sans plus attendre les obligations qu'elles ont encore à son égard.

AIG a notamment proposé de lui reprendre certains actifs pour 15,7 milliards. Le bilan publié hier révèle toutefois que leur valeur sur le marché s'élève maintenant à 16,5 milliards. La banque britannique Barclays a d'ailleurs récemment exprimé son désir de se porter acquéreur des mêmes actifs.

La Cour suprême américaine a, par ailleurs, rejeté lundi une demande d'appel d'un jugement obligeant la Fed à dévoiler le nom des banques s'étant prévalues de son mécanisme de prêts d'urgence durant la crise. La demande d'appel venait d'une association représentant les dix plus grandes banques du pays, qui préféraient qu'on ne revienne plus sur l'ampleur de leur déconfiture durant la crise.

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Avec le Wall Street Journal et Les Échos