Mechtronix est prêt au décollage

Xavier-Henri Hervé dans un des simulateurs de Mechtronix. Depuis 1997, l’entreprise a livré 100 simulateurs, dont dix au cours du dernier exercice financier. Les ventes se partagent également entre les marchés européen, américain et asiatique.
Photo: Jacques Grenier Xavier-Henri Hervé dans un des simulateurs de Mechtronix. Depuis 1997, l’entreprise a livré 100 simulateurs, dont dix au cours du dernier exercice financier. Les ventes se partagent également entre les marchés européen, américain et asiatique.

Tout a commencé dans un laboratoire de recherche et développement de l'université Concordia avec une dizaine d'étudiants. Pendant que Bill Gates et ses copains donnaient à l'ordinateur personnel son premier cerveau, ces jeunes ingénieurs montréalais, sans rien savoir de ce qui germait en Californie, travaillaient à la conception d'un premier simulateur de vol doté de la nouvelle technologie des microprocesseurs.

À la fin de ce mandat, complété grâce à une aide financière fédérale, on a dit aux étudiants qu'ils avaient effectué un travail très créatif, mais sans rapport avec la réalité industrielle. Loin de se décourager, cinq d'entre eux décidèrent en 1987 de fonder Mechtronix Systems, une entreprise embryonnaire «subventionnée par les salaires de nos épouses», comme le raconte Xavier-Henri Hervé, qui est aujourd'hui président et faisait partie du noyau initial.

Pendant une dizaine d'années, les fondateurs de l'entreprise acquirent de l'expérience dans le développement de haute technologie pour divers projets industriels. Par exemple, leur premier contrat, d'un montant de 20 000 $, consistait à mettre au point un appareil pour compter des boulons pesant un gramme et en déposer ensuite 10 dans un sac de plastique à un rythme de 60 sacs à la minute. Cette manutention programmée coûtait 10 fois moins cher que l'ancienne méthode. Les jeunes entrepreneurs mirent au point une machine pour couper le fromage, une autre pour amorcer un détonateur de dynamite, etc.

Puis, un jour ils se sont dit: pourquoi ne pas faire une machine pour nous-mêmes? L'idée du simulateur a refait surface en y ajoutant cette fois «la réalité industrielle», sous la marque de commerce Ascent. Fernando Petruzziello, qui est p.-d.g. de Mechtronix, en fut le principal créateur. Il a d'ailleurs reçu en 2003 le prix de l'Entrepreneur de l'année au Québec. Bref, l'entreprise obtenait son premier contrat pour un simulateur en 1996. Dès l'année suivante, elle s'installait dans de nouveaux locaux de 45 000 pi2 à Saint-Laurent, devenant pratiquement un voisin de CAE, l'une des très grandes entreprises mondiales pour les simulateurs de vol.

On peut d'ailleurs soutenir jusqu'à un certain point que Mechtronix est à CAE ce que Microsoft est à IBM, à cette différence près que la pme montréalaise demeure par comparaison une bien petite entreprise, avec seulement 150 employés et des revenus qui approchent les 40 millions. «Une souris» à côté de CAE, précise M. Hervé, et bien sûr une puce à côté de Microsoft.

M. Hervé reconnaît que Mechtronix a aussi eu la chance d'arriver sur le marché avec son premier simulateur au moment où une nouvelle réglementation des Joint Aviation Authorities (l'équivalent de la FAA américaine) était appliquée en Europe concernant les normes pour les simulateurs. Celui de Mechtronix correspondait exactement à cette norme et pouvait se vendre au tiers du prix habituel, tout en offrant «une qualité d'image inégalée».

D'ailleurs, Mechtronix ouvrait une division européenne dès 1997. M. Hervé, dont les responsabilités portent sur l'analyse stratégique et commerciale, a joué un rôle majeur dans la pénétration du marché européen. Né en Côte-d'Ivoire et arrivé à Montréal à l'âge de 12 ans, il est allé travailler en France pour son entreprise et pour y obtenir aussi une maîtrise en administration des affaires de l'INSEAD, «l'équivalent de Harvard», dit-il. Après l'Europe, Mechtronix a visé les marchés américain et asiatique, essentiellement le Japon et la Chine, avec une emphase sur la Chine, où le temps est venu d'y installer une division semblable à celle de l'Europe, c'est-à-dire comprenant une section commerciale et une autre pour le soutien technique.

Selon M. Hervé, l'entreprise n'a pas de prévisions très précises pour la croissance. «On y va étape par étape», dit-il. Depuis la commercialisation des simulateurs commencée il y a 10 ans, Mechtronix a connu une croissance annuelle moyenne de 40 %; toutefois cette croissance s'accélère pour être maintenant de 100 % par année. M. Hervé se montre tout à fait optimiste pour l'avenir. Il souligne que le marché de l'aviation générale est en pleine croissance, notamment parce que le produit national brut augmente dans de nombreux pays, tout comme il y a une croissance démographique importante.

Attirer l'attention

Quoi qu'il en soit, Mechtronix attire de plus en plus l'attention dans le monde des affaires. Il recevait le mois dernier le prix Exportation de la Banque Nationale dans la catégorie pme. Les exportations comptent pour 80 % des revenus de l'entreprise. «De plus en plus d'investisseurs veulent nous voir. Il y a un an, nous n'étions pas sur leur radar», mentionne le président. Cette société est entièrement privée. Les actionnaires ingénieurs du début possèdent les trois quarts de la compagnie. La Caisse de dépôt est un partenaire depuis 1998. En octobre dernier, elle annonçait avec Roynat Capital une injection conjointe de huit millions. La Banque de développement du Canada est pour l'instant le troisième et dernier investisseur extérieur. L'option d'une inscription en Bourse n'est pas sérieusement considérée, bien que non rejetée, mais pour l'instant, «il y a plein de modes de financement disponibles».

Pour l'heure, l'argent ne pose pas de problème, puisqu'un agrandissement est en cours aux ateliers afin d'y installer tôt en 2006 une chaîne de production d'une capacité de 12 simulateurs par année. Depuis 1997, Mechtronix a livré 100 simulateurs, dont 10 au cours du dernier exercice financier. Les ventes se partagent également entre les trois marchés européen, américain et asiatique.

Les simulateurs de vol de Mechtronix servent à la formation des pilotes en vue de l'obtention d'un permis et d'une licence, ainsi que pour les tests de vérification de compétence qu'ils doivent passer deux fois par année. Présentement, 70 % des simulateurs appartiennent à des tiers et sont situés dans de grands centres de formation. Les tests que doivent passer les pilotes coûtent très cher aux compagnies aériennes en déplacement vers ces centres de formation; un stage peut durer quatre jours, à raison de 1500 $ par jour. La stratégie de Mechtronix est d'offrir aux compagnies des simulateurs à prix suffisamment bas pour qu'ils puissent les installer dans leurs propres bâtiments, ce qui réduira considérablement les dépenses et les privera beaucoup moins longtemps de leurs pilotes.

La technologie des microprocesseurs permet cette souplesse. On produira ce qu'on appelle un «Full Flight Simulator» (FFS), c'est-à-dire un simulateur monté sur des pattes pour simuler tous les mouvements auxquels un avion peut être soumis dans toutes les circonstances possibles. Mechtronix offre désormais un tel simulateur, qui n'est peut-être pas l'équivalent d'une BMW — ce que serait un simulateur de CAE — mais qui présente d'autres avantages. Selon M. Hervé, CAE et Mechtronix ne sont pas vraiment en concurrence l'une contre l'autre et offrent plutôt des produits complémentaires.

Il n'en reste pas moins que Mechtronix compte beaucoup sur ce simulateur FFS pour s'implanter sérieusement en Chine. En novembre dernier, on inaugurait l'installation de ce produit à la Civil Aviation Flight University of China (CAFUC), l'une des plus grandes organisations de formation de pilotes au monde.. Depuis 2000, la Chine a eu besoin de 1200 à 1600 nouveaux pilotes par année. La CAFUC en a formé 1000 cette année et prévoit en former 1300 par année d'ici 2010.

Par ailleurs, l'équipe de direction est encore jeune, entre 38 et 50 ans et des poussières. M. Hervé s'étonne de constater qu'après 20 ans, les cinq ingénieurs du début forment encore un mariage réussi. «Le p.-d.g. a réussi à nous garder ensemble», ajoute-t-il. L'équipe d'engineering est particulièrement jeune, avec une moyenne d'âge d'environ 28 ans. Les simulateurs, qui contribuent à 90 % des revenus, vont demeurer le principal produit pour un avenir prévisible. Mechtronix continue tout de même de fabriquer d'autres machines complexes, par exemple des systèmes de contrôle de centrales thermiques pour le compte de Alsthom aux États-Unis. Les principaux créneaux qui pourraient éventuellement faire l'objet d'une attention particulière sont le trafic aérien, les trains et le secteur militaire.