L'OMC, une institution de plus en plus critiquée

On compte aujourd’hui 150 nations au sein de l’Organisation mondiale du commerce, en incluant la Chine, l’Arabie Saoudite et, dernière venue, la république de Tomga.
Photo: Agence Reuters On compte aujourd’hui 150 nations au sein de l’Organisation mondiale du commerce, en incluant la Chine, l’Arabie Saoudite et, dernière venue, la république de Tomga.

Paris — Mis en place après 1945 pour éviter les dérives protectionnistes du passé, le GATT, puis l'OMC, ont contribué depuis à l'essor spectaculaire des échanges mondiaux, mais l'organisation se voit reprocher aujourd'hui d'accentuer les excès de la mondialisation et d'être inefficace.

L'idée des grandes puissances au sortir de la Deuxième Guerre mondiale consiste à ne pas recommencer les erreurs de 1918. Il convient de remettre l'économie mondiale sur les rails en renforçant dans tous les domaines la coopération.

Au Fonds monétaire international la tâche de s'occuper du système monétaire et de la gestion des taux de changes. La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), qui va donner le jour à la Banque mondiale, se charge à l'origine de l'aide aux économies dévastées. Enfin, pour réduire les entraves au commerce, le GATT (en anglais: Accord général sur les droits de douane et le commerce), est négocié en 1947.

Il n'est alors qu'un traité conclu par vingt-trois nations. On en compte aujourd'hui 150 au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui lui a succédé il y a dix ans, en incluant la Chine, l'Arabie Saoudite et, dernière venue, la république de Tomga.

À son actif: depuis 1948, les droits de douane des pays industrialisés ont chuté de 80 % en moyenne au cours de huit «cycles» de négociations, selon l'OMC. Cette baisse a grandement contribué à l'essor du total des échanges de marchandises dans le monde, qui était en 2000 vingt-deux fois supérieur à ce qu'il était 50 ans auparavant. Pendant un demi-siècle, les exportations ont crû de 6 % par an en moyenne.

Bémol: le retour aux réflexes protectionnistes menace régulièrement et l'ouverture de pans entiers d'activité, comme l'agriculture et le textile, secteurs clefs pour les pays en développement, se fait beaucoup plus lentement que dans l'industrie.

Le cycle de Doha lancé en 2001 dans la capitale du Qatar s'éternise. Les pays de l'OMC ne parviennent pas à se mettre d'accord, relançant le débat autour de la réforme d'une institution qui paraît aujourd'hui paralysée par les intérêts divergents de ses membres.

Du coup, l'économiste français Michel Rainelli constate, dans un récent ouvrage sur l'institution, «un contexte général de remise en cause de l'OMC, à la fois interne par des nations en développement qui considèrent que la mondialisation se fait à leur détriment, mais aussi externe, par des ONG qui critiquent les principes mêmes de son fonctionnement».

«Ce qui condamne ces négociations [à l'OMC], c'est leur caractère complètement idéologique. Cela n'est pas vrai, le commerce n'entraîne pas nécessairement le développement, la richesse ou le progrès social», accusait ainsi cette semaine à Paris Henri Rouillé d'Orfeuil, président de la Confédération Sud, qui fédère une centaine d'ONG.

Les critiques ne proviennent d'ailleurs pas que de leurs rangs. Dans les milieux proches des entreprises, certains sont tentés par le néo-protectionnisme face à la concurrence à bas prix.

«On a posé comme principe que le libre-échange est gagnant pour tout le monde», regrette Jean-Luc Gréau, ancien économiste de la confédération patronale française (Medef), qui a publié cette année un livre sur l'avenir du capitalisme où il s'inquiète des délocalisations facilitées par la levée des barrières commerciales.

«En réalité, il n'y a que trois catégories de vainqueurs: les pays qui produisent des matières premières, ceux qui ont de faibles coûts de main-d'oeuvre comme la Chine ou l'Inde et ceux qui sont hautement spécialisés dans les biens d'équipement comme l'Allemagne et le Japon. Des pays qui comme la France ou l'Italie ne font partie d'aucune des trois sont perdants», estime-t-il.