La Banque du Canada fait passer son taux à 2,50 %

Bien que préoccupée par la remontée des cours du pétrole et du dollar canadien, la Banque du Canada n'en a pas moins récidivé, hier, dans le resserrement de sa politique monétaire en procédant à sa deuxième hausse en autant de mois de son taux directeur.

Largement attendue, cette augmentation d'un quart de point de pourcentage, de 2,25 % à 2,50 %, s'est immédiatement répercutée sur les taux d'intérêt des institutions bancaires par une remontée de leur taux préférentiel de 4 % à 4,25 %.

«L'économie canadienne tourne près des limites de sa capacité de production et continue de s'ajuster à l'évolution de la conjoncture internationale», a expliqué par voie de communiqué l'institution dirigée par le gouverneur David Dodge.

«Récemment, les cours mondiaux du pétrole ont largement dépassé les niveaux projetés antérieurement par la banque, et le dollar canadien s'est encore apprécié», a-t-elle toutefois reconnu du même souffle. Par conséquent, «on s'attend à ce que la croissance soit légèrement inférieure à 3 % en 2005 et qu'elle excède quelque peu ce niveau en 2006». Cette prévision de croissance économique constitue une correction à la baisse par rapport au taux de 3,5 % que la Banque du Canada prédisait encore en juillet dernier.

«Il faudra réduire encore le degré de détente monétaire au fil du temps pour maintenir l'inflation au taux cible», a-t-elle annoncé hier. Cependant, «le rythme des interventions dépendra de l'évaluation que la banque fera des perspectives» économiques canadiennes, a-t-elle précisé.

Passé de 1,9 % en juillet à 1,5 %, en août, l'indice de référence de la banque centrale (qui exclut des éléments volatils tels que l'alimentation et l'énergie) s'est récemment éloigné plutôt que rapproché de son taux d'inflation cible fixé à 2 %.

S'il ne fait pas de doute, dans l'esprit des experts, que les taux d'intérêt continueront de monter au pays, on ne s'entend pas sur le rythme que prendra cette ascension ni sur son point d'arrivée. «La banque reconnaît que les prix élevés du pétrole et la récente appréciation du dollar canadien ont eu, et continuent d'avoir une incidence sur la croissance et sur les perspectives d'inflation en général, a commenté hier Paul-André Pinsonneault, de la Financière Banque nationale. Cependant, elle estime que l'économie continuera en moyenne de croître à un rythme voisin de son plein potentiel en 2005-06. Par conséquent, la politique monétaire devra devenir plus neutre avec le temps. À notre avis, notre banque centrale n'est pas encore sur le point de rester sur la touche».

Différentes façons de freiner

Les économistes ont l'habitude de dire que, pour être neutre, la politique monétaire canadienne doit avoir un taux directeur se situant entre 4 % et 5 %. Cette règle générale ne tient toutefois pas compte du coup de frein que peuvent donner d'autres facteurs à l'économie canadienne, explique François Dupuis, chef économiste adjoint et stratège au Mouvement Desjardins.

«En fait de resserrement des conditions monétaires, on a déjà fait un bon bout de chemin avec les deux dernières hausses du taux directeur et la rapide appréciation du dollar canadien, dit-il. C'est probablement pour cela que la Banque du Canada commence à adoucir son discours en insistant sur les incertitudes liées au prix du pétrole et au dollar canadien, ou en révisant à la baisse ses prévisions de croissance.»

La banque centrale aura l'occasion demain de clarifier sa position lors du dépôt de son rapport sur la politique monétaire. Cette mise au point sera la bienvenue, remarque François Dupuis. «Je dois dire qu'ils ne sont pas faciles à suivre, ces temps-ci, à la Banque du Canada. En même temps, ça se comprend lorsque l'on est un petit pays très ouvert sur les marchés extérieurs.»

Tous n'ont pas fait preuve, hier, de la même empathie à l'égard de la banque centrale. Le Congrès du travail du Canada s'est, par exemple, dit «déçu» de la décision de resserrer un peu plus le loyer de l'argent au pays. «Nous voyons un taux de chômage national de 7,1 %, un taux de chômage chez les jeunes de 13,5 %, des salaires réels immobiles pour la grande majorité des travailleurs, a commenté son président, Ken Georgetti. Nous aurions préféré que la Banque du Canada attende.»

Les marchés financiers semblent, pour leur part, avoir bien pris la nouvelle, le huard progressant de 0,24 ¢US pour coter à 79,74 ¢US à la mi-séance, en même temps que l'indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto gagnait 21,45 points à 8810,35.