De San Francisco aux Ailes de la mode

Les Boutiques San Francisco sont mortes, vive le Groupe Les Ailes de la mode. Hier soir, l'entreprise fondée il y a 25 ans par Paul Delage Roberge a cessé d'être sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, ce qui permettra de faire le transfert d'une société à l'autre, avec une injection de 19,2 millions en capitaux nouveaux provenant d'une trentaine d'investisseurs venus à la rescousse pour éviter un démantèlement complet et préserver ainsi 1500 emplois.

Hier matin avait lieu l'assemblée annuelle et extraordinaire des Boutiques San Francisco. Avant la fin du jour, le tribunal devait soustraire l'entreprise de l'emprise de la loi sur les faillites, sans quoi les nouveaux investisseurs ne mettaient pas d'argent. Bref, dès mardi prochain, l'entreprise portera le nouveau nom de Groupe Les Ailes de la mode. Cette société comprendra désormais quatre magasins Les Ailes de la mode, à Brossard, à Laval, à Sainte-Foy et au centre-ville de Montréal, qui généreront 70 % des revenus de tout le groupe dans lequel on retrouvera aussi un réseau de 57 magasins spécialisés dans le commerce des maillots de bains.

«Au terme de l'exercice de restructuration, nous nous retrouvons avec une entreprise bien capitalisée qui n'a pratiquement plus de dettes et qui dispose des liquidités pour appuyer son exploitation», a déclaré M. Delage Roberge. Toutefois, les actionnaires anciens n'auront désormais qu'une participation de 5 % dans l'entreprise alors que les nouveaux détiendront un bloc majoritaire de 75 %. Les détenteurs de débentures auront le reste, soit 20 %. Parmi ces sauveurs, on retrouve plusieurs noms connus dans le monde des affaires, comme Placide Poulin, Normand Beauchamp, Paul-Émile Beaulne, Normand Legault, Lino Saputo et Raymond Royer. M. Delage Roberge a lui-même une participation de 500 000 $ dans cet investissement de 19,2 millions. Au départ, la valeur de l'action, désormais inscrite en Bourse sous le symbole de «MOD», aura une valeur de 50 ¢.

Des sacrifices

Gaétan Frigon, dont le mandat comme chef de la restructuration prend fin avec le retrait de la protection de la loi sur la faillite, s'est dit conscient des sacrifices assumés par les actionnaires anciens mais a ajouté que tout a été fait pour limiter l'ampleur des dégâts. On a déjà vu pire, a-t-il dit, en citant l'exemple d'Air Canada où les actionnaires ont vu leur participation fondre à 0,01 %. Ceux qui étaient les actionnaires majoritaires, M. Delage Roberge et son épouse, se retrouvent maintenant dans le bloc des 5 %. En outre, M. Delage Roberge, dont le salaire prévu cette année avait été de 388 462 $, a fait l'objet d'une révision et son salaire ne sera plus que de 100 000 $. En revanche, Camille Roberge, son épouse, qui est vice-présidente, aura son salaire de 297 692 $, plus 35 123 $ pour la valeur des vacances accumulées et non prises au moment de la cessation de ses fonctions.

Selon M. Frigon (son salaire est de 60 000 $ pour un mandat qui aura duré sept mois), la nouvelle société qui émerge de cette restructuration est maintenant en mesure d'envisager un retour à la rentabilité en 2005. Pour l'instant, ajoute M. Delage Roberge, la priorité est de trouver un nouveau président et chef de la direction dont la nomination devrait être faite vers la fin de septembre. Déjà, il y a une liste de 40 candidats dont l'évaluation est faite par un comité de trois administrateurs sur les recommandations d'un chasseur de têtes.

Par ailleurs, à la demande des nouveaux actionnaires, M. Delage s'est engagé à demeurer président du conseil pendant au moins les quatre prochaines années. Le nouveau conseil d'administration ne comprendra que sept membres, dont quatre nouveaux.

Pour l'avenir donc, il y aura quatre magasins Les Ailes de la mode; celui du centre-ville sera exactement comme les trois autres, ce qui simplifiera les achats auprès des fournisseurs. Le magasin du centre-ville sera reconfiguré pour en faciliter l'accès par la rue Sainte-Catherine. Des travaux de réaménagement entraîneront des dépenses de 2,5 millions. M. Delage prédit que le magasin du centre-ville deviendra éventuellement le plus rentable des quatre.

En ce qui concerne les boutiques de maillots de bains, la chaîne des 20 boutiques San Francisco sera complètement intégrée à celle de Bikini Village; même le nom de San Francisco sera remplacé par Bikini. Le président pense qu'il y a dans le créneau des maillots un potentiel de croissance important au Canada et envisage d'ores et déjà l'expansion de ces boutiques. Paul Delage Roberge n'a rien perdu de ses motivations profondes d'entrepreneur.