Sleeman avale Unibroue

Une amatrice de bières fines, Lydia Laurin, déguste une Trois Pistoles, d’Unibroue, au bar-resto Bières et Compagnie, à Montréal. La micro-brasserie de Chambly est passée hier à des intérêts ontariens pour une somme de 36,5 millions.
Photo: Jacques Nadeau Une amatrice de bières fines, Lydia Laurin, déguste une Trois Pistoles, d’Unibroue, au bar-resto Bières et Compagnie, à Montréal. La micro-brasserie de Chambly est passée hier à des intérêts ontariens pour une somme de 36,5 millions.

La québécoise Unibroue, brasseur de la Maudite, de la Blanche de Chambly, de la U, de la Fin du monde et de bien d'autres bières encore chantées par Robert Charlebois, a été vendue hier pour 36,5 millions à l'ontarienne Sleeman Brewerie.

Pour l'acheteur, cette transaction lui donne le pied-à-terre qu'il cherchait au Québec depuis des années. Pour la microbrasserie de Chambly, on assure qu'il ne s'agit pas de la fin, mais du début d'une nouvelle phase de développement.

«L'acquisition d'Unibroue nous permettra d'ajouter des marques de première qualité et complémentaires à la gamme de produits existante de Sleeman, en plus de donner accès aux infrastructures nécessaires pour accroître notre présence au Québec», a déclaré hier John W. Sleeman, président du conseil et chef de la direction de la brasserie de Guelph, qui est officiellement, avec 6 % du marché, la troisième en importance au pays derrière Molson et Labatt.

«La contrepartie offerte aux termes de la transaction est équitable pour les actionnaires d'Unibroue, a commenté pour sa part son vis-à-vis québécois, André Dion. Elle permet également de bénéficier des forces de Sleeman en vue d'une distribution à plus grande échelle.»

En négociation depuis novembre, la transaction demeure soumise aux approbations d'usage par les autorités compétentes. Cela ne devrait toutefois être qu'une formalité, les conseils d'administration des deux entreprises l'ayant appuyée à l'unanimité et les trois principaux actionnaires d'Unibroue, soit André Dion, son bras droit Serge Racine et Robert Charlebois, détenteurs de 71,48 % des actions et de 87 % des droits de vote, s'étant «engagés irrévocablement à déposer toutes leurs actions en réponse à l'offre».

Elle prévoit le versement en espèces d'un total de 36,5 millions, dont 5,5 millions serviront à éponger des dettes. Cela équivaut à 5,25 $ par action, soit 34,3 % de plus que sa valeur moyenne au cours des 20 derniers jours (3,91 $). Elle devrait ainsi valoir un peu plus de 15 millions à André Dion pour les 2,86 millions d'actions qu'il détient, un peu moins de 3,2 millions au chanteur Robert Charlebois pour ses 607 000 actions et presque 2,2 millions à Serge Racine pour ses 419 000 actions.

Vocation

«Ma vocation, c'était d'apporter du fun et de la poésie dans la bière au Québec, racontait Robert Charlebois hier. Et puis de faire découvrir aux Québécois d'autres sortes de bière. Je pense aujourd'hui que ma vocation est terminée.»

«Et puis, a poursuivi l'artiste qui est allé jusqu'à appeler l'un de ses spectacles La Maudite Tournée pour faire la promotion d'Unibroue, le paysage brassicole a tellement changé depuis 15 ans. Il y a une surenchère de bières en ce moment. Les dépanneurs sont envahis de [bières] belges, allemandes, hollandaises et sud-américaines. Les gens ne savent plus où se pitcher. Même si Unibroue va bien en ce moment, la meilleure façon de ne pas perdre la guerre, c'est de faire ce que nous venons de faire.»

Même si cela implique de céder à des intérêts ontariens ce qui avait été présenté jusque-là comme un fleuron québécois. «C'est vrai que c'est des maudits Anglais, dit Robert Charlebois dans un grand éclat de rire, mais c'est quand même nos voisins. Et ils vont nous aider à progresser. La Fin du monde va continuer à s'appeler de même, elle ne s'appellera pas The End of the World, et elle va continuer à être faite ici.»

«On dit habituellement que, pour qu'une transaction soit bonne, il faut qu'elle le soit pour les deux parties, et c'est le cas aujourd'hui», a affirmé hier Pierre DesMarais, président du conseil d'administration de Sleeman au Québec.

Il en veut pour meilleure preuve l'engagement de sa compagnie de porter les 70 000 hectolitres de bière présentement produits à Chambly à un total de 150 000, voire 200 000 hectolitres d'ici deux à trois ans. Quant à la mainmise ontarienne sur un symbole québécois, il assure qu'elle sera bien légère, Sleeman ayant établi une direction décentralisée avec l'acquisition ces dernières années d'autres entités en Colombie-Britannique, en Alberta et dans les Maritimes.

Pour Sleeman, l'acquisition de la plus grosse microbrasserie québécoise constitue l'occasion de s'établir plus fermement sur un territoire où elle ne possédait que la toute petite brasserie Seigneuriale. Elle y gagnera d'un coup de 0,5 % à 1 % de part de marché, estime Pierre DesMarais, elle qui en a présentement 5 %.

«On aurait pu faire le choix de se construire au Québec, dit-il, mais une fois la bâtisse terminée, on n'aurait pas eu plus de clients, de personnel, de vendeurs, alors que là, on a une entreprise en état de marche qui fonctionne très bien.»

La transaction ajoutera de la variété aux produits de la compagnie, qui distribue également des bières étrangères comme la Guinness, la Grolsch, la Sapporro et la Pilsner Urquell. Elle lui permettra aussi, et enfin, de ne plus verser chaque année 750 000 $ sur l'autel québécois des barrières tarifaires transfrontalières au Canada.

Envolée de l'action

Fondée au début des années 90 à partir de la microbrasserie Massawippi alors en difficulté, Unibroue s'associe à un brasseur belge et lance en 1992 sa première bière à fermentation, la Blanche de Chambly. Une douzaine d'autres bières du même type seront développées et commercialisées par la suite, dont la Maudite, la Fin du monde, la Raftman, et l'Eau bénite. L'entreprise, qui compte aujourd'hui 135 employés, brasse également à Chambly des bières commerciales comme la U ou la Bolduc.

Les rumeurs de vente chez Unibroue avaient forcé ses dirigeants, vendredi, à diffuser un communiqué où ils reconnaissaient être en négociation sans préciser toutefois avec qui. Le titre de l'entreprise avait eu le temps de gagner 23 % depuis le début de la semaine et s'élevait à près de trois fois sa valeur du début du mois de mars.

Selon les termes de la transaction, André Dion restera à l'emploi d'Unibroue à titre de consultant pour une période d'un an. Robert Charlebois a lui aussi accepté de continuer de s'impliquer.

«Si j'ai autant de fun avec John Sleeman que j'en ai eu avec André Dion, ben je vais rester, dit-il. Sinon, ma vraie vocation est de retourner à la poésie, à la musique, et à la chanson. [...] Comment dire, moi, j'ai 59 ans et beaucoup de poussière. Ça fait que, à un moment donné, j'aurais peut-être envie de juste prendre ma bière et faire de la musique, et d'en profiter un peu aussi.»
1 commentaire
  • Louis Frégeau - Inscrit 22 avril 2004 00 h 46

    Le Déclin de l

    Le Déclin de l'Empire (Québec Inc)

    En 1960, les Québécois assistent dans l'ivresse à l'arrivée au pouvoir du Parti libéral du Québec ayant à sa tête Jean Lesage et son slogan "Maitre chez nous".

    En 1976, ils portent au pouvoir le Parti québécois et son chef René Lévesque,(re: Nationalisation de l'hydro-électricité - Hydro Québec pour une raison que je qualifierai d'obscure, vu les événements suivants : Deux référendums aux résultats négatifs, échec du Lac Meech, échec de l'Accord de Charletown, ré-élection de Pierre Trudeau à maintes de reprises, etc.

    Avril 2004 - Le joyeau des brasseries québécoise, Unibroue est acheté par le groupe ontarien Sleeman = vendue.
    Mars 2004 - La compagnie MAAX de Ste-Marie de Beauce, chef de file, en amérique du nord, dans le domaine des salles de bains, des cuisines et des spas, se fait elle aussi absorbée par un groupe ontarien/américain. = Vendue
    Est-il nécessaire que je continue à écrire la liste?
    Je vous pose la question!

    Un jour Félix Leclerc nous a écrit une chanson, un message, un testament: Il chantait que tout était vendu.
    Avant de fêter le 16ième anniversaire de son décès, nous y sommes déjà!
    Quel désastre. Quel beau rêve inachevé!
    Les Québécois ont beau fêter le 24 juin et leur fierté...mais laquelle?
    Ils pourront toujours boire une bonne Maudite bière froide signée: profit vers l'Ontario.

    Et ils continueront d'applaudir Charlebois en guise de pourboire!

    D'un francophone au sang québécois.

    Louis Frégeau
    Toronto

    P.S. Oh! ne craignez rien de rien: Ce sera bientôt au tour d'Hydro-Québec d'être vendu par un brillant Québécois... et vous verrez combien chère, coûte l'électricité ontarienne.