Le projet Northern Pass rejeté par le New Hampshire

Un comité de l’État du New Hampshire chargé d’étudier le projet Northern Pass s’est prononcé jeudi contre la ligne de transport.
Photo: Archives Le Devoir Un comité de l’État du New Hampshire chargé d’étudier le projet Northern Pass s’est prononcé jeudi contre la ligne de transport.

Le rejet du projet Northern Pass par l’État du New Hampshire jeudi a eu l’effet d’une douche froide pour Hydro-Québec et son partenaire américain Eversource, qui font désormais face à un obstacle de taille une semaine après avoir décroché un contrat « historique » au Massachusetts.

Les sept membres du Site Evaluation Committee (SEC), chargés d’évaluer le projet au nom du New Hampshire, se sont unanimement opposés à Northern Pass en soutenant que ses promoteurs ne sont pas parvenus à démontrer que le projet n’aura pas d’impacts négatifs sur le développement de la région.

Ils ont malgré tout admis que la ligne de transport comporte des avantages économiques, puisqu’elle permettra notamment de créer des emplois et de réduire les tarifs d’électricité.

Cette décision envoie un message négatif pour tous les projets énergétiques qui pourraient se développer sur le territoire du New Hampshire

« Nous sommes sous le choc et outrés par la décision du comité, a affirmé le porte-parole d’Eversource, Martin Murray, dans une déclaration écrite. De toute évidence, le processus du SEC est vicié et cette décision envoie un message négatif pour tous les projets énergétiques qui pourraient se développer sur le territoire du New Hampshire. »

La compagnie compte porter la décision en appel. Elle évaluera également « toutes ses options » pour permettre au projet Northern Pass d’aller de l’avant.

Important contrat

Le projet Northern Pass est celui que le Massachusetts a sélectionné la semaine dernière pour assurer son approvisionnement à long terme en électricité propre. Hydro-Québec, qui se charge de la construction de la partie québécoise du projet, compte sur cette ligne de transport et sur le contrat du Massachusetts pour augmenter ses exportations d’électricité et gonfler ses revenus.

Vendredi dernier, le président-directeur général d’Hydro-Québec, Éric Martel, a affirmé que ce contrat prévoyant l’exportation de 9,45 térawattheures (TWh) d’hydroélectricité par année pendant 20 ans, à compter de 2020, pourrait générer des revenus annuels de 500 millions de dollars.

« Risque connu »

« La décision vient de tomber, donc on l’analyse et on évalue les prochaines étapes. On attend aussi les prochaines indications du Massachusetts », a réagi la porte-parole de la société d’État, Lynn St-Laurent.

Elle a précisé que la nécessité de faire approuver le projet par le comité américain était un « risque connu » et que les deux autres options présentées par Hydro-Québec pour acheminer son électricité au Massachusetts sont toujours sur la table.

Hydro-Québec et Eversource ont jusqu’à la fin du mois de mars pour négocier les termes du contrat avec le Massachusetts. Mme St-Laurent a indiqué qu’il est trop tôt pour savoir si la décision du SEC pourrait compromettre la signature de l’entente avec l’État américain ou retarder les travaux de construction.

Opposants ravis

« Nous sommes ravis par le vote d’aujourd’hui et reconnaissants envers les membres du comité pour les heures passées à entendre les voix des milliers de citoyens, d’entreprises et de municipalités qui ont dit depuis des années que le projet Northern Pass va nuire à notre État », s’est réjoui le groupe Protect the Granite State, qui s’oppose au projet depuis le début en dénonçant notamment ses impacts potentiels sur le paysage et l’économie touristique.

Ses responsables reconnaissent que le vote de jeudi ne signifie pas la fin du processus, mais ils se disent prêts à poursuivre leurs efforts pour contrer le projet.

680 millions de dollars

Le projet Northern Pass est une ligne de transmission de 309 kilomètres qui reliera la frontière américaine au sud de l’État du New Hampshire pour rejoindre le réseau de la Nouvelle-Angleterre. La portion québécoise du projet, longue d’environ 79 kilomètres, a obtenu l’autorisation du gouvernement Couillard en décembre dernier, mais attend encore celle de l’Office national de l’énergie.

Hydro-Québec prévoit d’investir plus de 680 millions de dollars pour la construction de la ligne en sol québécois, qui doit débuter l’automne prochain. La société d’État a finalement accepté d’enfouir la ligne dans le secteur de la forêt Hereford, à la suite des pressions exercées par une coalition de groupes environnementaux.

5 commentaires
  • Alain Gaudreault - Abonné 1 février 2018 18 h 27

    L'énergie est propre, son transport ne l'est pas

    La route planifiée au New Hamshire est enfouie sur 60 miles, principalement là où peu de gens habitent, et sur 132 miles par pylones dans les zones les plus habitées! La population a dit non. Manifestement, les zones de montagnes ne sont pas les seules à avoir le droit de jouir d'une nature préservée. Les petites routes et paysages de campagne, bucoliques à souhait dans cet État, ont aussi le droit d'être préservés. Enfouir coute cher, mais au nom d'une énergie propre, doit-on absolument faire des profits? Pourquoi pas un véritable projet à morale environnementale, un projet à coûts neutres, sans profits, amorti sur toutes les années du contrat? Une véritable vision de société...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 2 février 2018 12 h 25

      Mais dans le débat américain il s'est dit aussi que la nouvelle source d'énergie ne doit pas entrainer d'augmentation de tarif.

      Hors enfouir des fils coûte beaucoup plus cher que la solution aérienne (en plus d'être près de deux fois moins durable). Le milliard supplémentaire déclasse du coup le projet, et les autres fournisseurs traditionnels américain applaudissent...

  • Gilles Bonin - Abonné 1 février 2018 21 h 37

    Pas fini

    Là ce sont les embuches administratives, attendez la quirielle de contestation judiciaire. Une question: une compagnie américaine aurait remporté le marché, les mêmes obstaces auraient surgies (toutes choses étant égales il va s'en dire.

  • Bernard Terreault - Abonné 2 février 2018 07 h 32

    Amateurisme Incroyable !

    Il y des années que l'on parle de l'opposition au passage de lignes électriques au New-Hampshire, ce n'est quelque chose qui surgit tout-à-coup. Alors, quand j'ai entendu la nouvelle, annoncée en grande pompe par Hydro et par le Gouvermenent comme le contrat du siècle, je me suis tout de suite dit: "Ah, c'est qu'ils en sont finalement venus à un accord avec le New-Hampshire!". Pourquoi cette annonce prématurée, à ce moment-ci? Je ne peux pas croire à un tel amateurisme. Encore, si on avait été à une semaine des élections, la mauvaise nouvelle ne serait arivée qu'après le scrutin!

    • Brigitte Garneau - Abonnée 2 février 2018 18 h 20

      Et Trump qui parle du "merveilleux charbon propre". Ça donne matière à réflexion!