Les agriculteurs rappellent à Ottawa ses promesses d’aide face au PTP

En 2015, un programme d’aide avait été annoncé par le gouvernement fédéral aux producteurs agricoles sous gestion de l’offre pour compenser l’impact de l’entrée sur le marché canadien d’importations étrangères supplémentaires.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En 2015, un programme d’aide avait été annoncé par le gouvernement fédéral aux producteurs agricoles sous gestion de l’offre pour compenser l’impact de l’entrée sur le marché canadien d’importations étrangères supplémentaires.

Les producteurs de lait s’inquiètent de ne pas avoir encore entendu Ottawa parler de la compensation qui leur sera offerte pour amortir le choc de la nouvelle entente sur le Partenariat transpacifique.

Le gouvernement fédéral n’avait pas perdu de temps lorsque s’étaient conclues les négociations de la première mouture du Partenariat transpacifique en 2015, ou celles du traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne un peu plus tôt. Il avait annoncé, presque du même souffle, aux producteurs agricoles canadiens sous gestion de l’offre qu’un programme d’aide allait être mis en place pour compenser l’impact de l’entrée sur le marché canadien d’importations étrangères supplémentaires.

« Cette fois-ci, on n’a rien entendu. Aucun engagement de la sorte », a déploré mercredi le porte-parole des Producteurs de lait du Québec, François Dumonthier, en entretien téléphonique au Devoir, au lendemain de l’annonce de la signature d’une nouvelle entente de principe d’un accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP).

Il est plus important que jamais que le gouvernement commence à fermer les échappatoires et qu’il applique les programmes promis lorsque le PTP a été conclu à l’origine

Comme les concessions faites par le Canada en matière d’accès à son marché agricole sont restées les mêmes que la première fois, les producteurs de lait estiment toujours que la cession de quelque 3,25 % de quotas d’importation supplémentaires les privera d’environ 250 millions en revenus par année.

Au bureau du ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Lawrence MacAulay, on cherchait, mercredi, à se faire rassurant. « Nous avons hâte de discuter avec le secteur de ce que représente cet accord pour eux et de la façon dont nous pouvons continuer à travailler ensemble pour contribuer à la croissance économique du Canada, dont celle de la classe moyenne », a indiqué au Devoir par courriel le directeur des communications du ministre, Guy Gallant.

En coulisse, le gouvernement canadien indique qu’une compensation n’est pas sur l’écran radar pour l’instant, la signature de l’accord n’étant prévue qu’en mars. Mais on estime qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. « La menace, c’étaient les États-Unis à cause de la proximité, et la menace est partie », indique-t-on en faisant référence au retrait l’année dernière de Washington de la première version de l’accord, qui passerait ainsi d’un total de douze à onze pays membres. Le gouvernement canadien estime que le lait et le beurre ne se prêtent pas bien aux longs voyages par bateau et que, pour cette raison, les quotas alloués ne seront probablement pas remplis.

Les Producteurs de lait rejettent complètement cet argument. « Plus de 80 % des concessions qui ont été faites portent sur des produits qui voyagent très bien sur de longues distances, comme le beurre, la poudre de lait et le fromage, rétorque François Dumonthier. Quant au reste, ne soyez pas inquiets. Les grands pays exportateurs, comme la Nouvelle-Zélande et l’Australie, trouveront le moyen d’occuper toute la place qu’on leur fera. Et puis, je vous rappelle que le Mexique, qui est plus proche, fait aussi partie de l’entente. »

Régis eux aussi par un système de gestion de l’offre et placés dans une situation similaire à celle des producteurs de lait, les Producteurs de poulet du Canada ont lancé à leur tour un appel à l’aide à Ottawa. « Il est plus important que jamais que le gouvernement commence à fermer les échappatoires et qu’il applique les programmes promis lorsque le PTP a été conclu à l’origine », a déclaré leur président, Benoît Fontaine.

Des producteurs heureux

Tournés à 70 % vers les exportations, les producteurs de porc du Québec voient au contraire d’un très bon oeil le PTPGP. Plus grande puissance économique du groupe, le Japon compte déjà pour plus du cinquième de la valeur totale de leurs exportations. La signature, il y a un an, d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Japon faisait craindre que la concurrence européenne n’y vienne voler des parts de marchés. Non seulement le PTPGP permettra de se battre à armes égales, mais il donnera même un avantage sur la concurrence des États-Unis.

Les producteurs de porcs canadiens estiment ainsi que le nouvel accord leur permettra d’augmenter leurs ventes dans les pays du PTPGP de 300 millions par année. « Ça tombe très bien parce qu’on a beaucoup investi au Québec ces dernières années pour augmenter notre capacité de production et de transformation pour les produits à forte valeur ajoutée comme ceux exportés au Japon », a expliqué en entretien téléphonique au Devoir le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval.

Inquiétudes des partis d’opposition

Le Parti conservateur se réjouit de la conclusion de cette entente qu’il avait lui-même envisagée lorsqu’il était au pouvoir. Le député Luc Berthoud demande quand même « quel est le plan », car il s’inquiète de l’absence de référence à d’éventuelles compensations.

Au contraire, le NPD et le Bloc québécois se montrent sceptiques. La néodémocrate Tracey Ramsey suppute que c’est par « désespoir » devant la stagnation des pourparlers entourant l’ALENA que le Canada a voulu rapidement signer ce nouvel accord. Elle estime que l’accord fera perdre jusqu’à 50 000 emplois au Canada. Le Bloc québécois demande qu’aucune part de marché ne soit concédée dans le domaine du lait, des oeufs et de la volaille. « On voit que les programmes de compensation ne fonctionnent pas », lance le député Gabriel Ste-Marie en évoquant la compensation financière de 350 millions de dollars prévue pour les producteurs laitiers et fromagers dans la foulée de l’accord de libre-échange avec l’Union européenne, qui a été attribuée en à peine cinq jours.

3 commentaires
  • Pierre Robineault - Abonné 25 janvier 2018 09 h 36

    Relation

    En relation directe avec ce sujet, je crois que notre ministre de l'agriculture aurait eu avantage à enregistrer à demeure l'émission d'hier soir intitulée Cash (sic) Investigation sur TV5. Un reportage de près de deux heures trente sur le contrôle du prix du lait et de ses sous-produits, non seulement en France mais aussi à l'étranger, en Nouvelle-Zélande grande productrice mondiale en particulier mais pas seulement.
    Il fut également le signaler à l'UPA et autres semblables.
    Un reportage percutant à en faire frémir plusieurs. C'est garanti.

    • Gilles Théberge - Abonné 25 janvier 2018 10 h 37

      Il ne comprendra pas. Il me parle qu’anglais...

  • Robert Beauchamp - Abonné 25 janvier 2018 11 h 03

    Le pays aux paysans

    Travail travail travail, sueurs, de génération en génération tel fut le lot de ces gens de pays appelés paysans et qui ont assuré notre sécurité alimentaire. Les requins internationaux sont à l'affût pour tout bouffer et nos répondants politiques soufflent le chaud et le froid. On ne touchera pas à la gestion de l'offre! clament-ils dans les négos entourant l'Alena. Et voilà que l'entente de principe est signée dans le cadre des négos de l'entente Transpacifique en créant une brèche dans la gestion de l'offre. La même entourloupette qu'avec l'Union européenne sur le fromage. Le Québec sert de monnaie d'échange de façon honteuse et traîtresse en faveur du secteur ontarien de l'automobile et des producteurs de masse de l'industrie porcine, de véritables usines. Les gens du pays ont souvent été méprisés et maintenant trompés et trahis.