La Banque du Canada hausse les taux d’intérêt

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz. Le taux directeur a été haussé à 1,25 %.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz. Le taux directeur a été haussé à 1,25 %.

La Banque du Canada a relevé les taux d’intérêt mercredi et voudrait le faire de nouveau à condition que le permette « le gros nuage » de la renégociation de l’ALENA qui obscurcit l’horizon économique canadien.

Précédée ces derniers jours par des statistiques économiques éclatantes sur l’emploi et l’investissement des entreprises au pays, la décision de la banque centrale canadienne de relever son taux directeur de 0,25 point de pourcentage, à 1,25 %, était largement attendue par les marchés. Cette hausse du loyer de l’argent est la première depuis les deux remontées de 0,25 point chacune en juillet et en septembre et porte pour la première fois depuis la Grande Récession de 2008-2009 le principal outil de la politique monétaire au-dessus de 1 %. Les principales institutions financières ont tout de suite emboîté le pas, augmentant leurs propres taux d’intérêt de base d’un quart de point.

La décision de mercredi était loin de couler de source, a expliqué en conférence de presse le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, en dépit du fait que l’inflation se situe près de la cible de 2 %, « que l’économie tourne à peu près à son potentiel », que le taux de chômage est à un creux historique d’au moins 40 ans au Canada (5,7 %) et que les entreprises disent n’avoir jamais fonctionné aussi près de la limite de leurs capacités de production depuis neuf ans. « Évidemment, le gros nuage qui flottait au-dessus de nos prévisions et de nos discussions était, eh bien, l’ALENA. »

Le gros nuage

La semaine dernière encore, la rumeur d’un retrait imminent des États-Unis de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) a eu le temps de faire trébucher les marchés boursiers avant que le président américain, Donald Trump, ne retourne la situation à l’envers en se déclarant prêt à remettre la conclusion des négociations tendues après les élections générales mexicaines de cet été.

La Banque continue de s’attendre à ce que des entreprises retardent leurs investissements afin de voir comment tout cela tournera et n’exclut pas qu’elles décident finalement d’investir aux États-Unis plutôt qu’au Canada. Elle a d’ailleurs porté de 1,5 % à 2 % le frein que cette incertitude autour du sort de l’ALENA devrait faire peser sur les investissements d’ici la fin de 2019. Les baisses d’impôts des entreprises du gouvernement Trump risquent aussi d’amener des investisseurs à choisir les États-Unis plutôt que le Canada. Pour le moment, la Banque du Canada continue de présumer que rien de grave n’arrivera aux accords commerciaux existants pour au moins les deux prochaines années.

Les hausses à venir

Mais tout n’est pas noir, bien au contraire. Particulièrement vigoureuse l’an dernier, à 3 %, la croissance au Canada devrait revenir à un niveau plus soutenable cette année (2,2 %) et l’an prochain (1,6 %), notamment sous l’effet modérateur sur les ménages de la hausse des taux d’intérêt et du resserrement des règles hypothécaires et l’effet stimulateur sur l’investissement et les exportations d’une croissance mondiale plus forte.

« Quoique l’on s’attende à ce que les perspectives économiques justifient des taux d’intérêt plus élevés avec le temps, il sera probablement nécessaire de maintenir un certain degré de détente monétaire », a expliqué la Banque du Canada, dont la prochaine réunion de politique monétaire doit se tenir le 7 mars.

À 1,25 %, son taux directeur est encore nettement inférieur à un taux neutre qu’on pourrait situer entre 2,5 % et 3,5 %, a commenté l’économiste du Mouvement Desjardins, Benoit P. Durocher. « De nouvelles hausses seront donc nécessaires au cours des prochains trimestres », dit-il, prédisant deux autres hausses de 0,25 point de pourcentage cette année. Ses confrères de la Banque Nationale s’attendent, quant à eux, à trois hausses de plus cette année, dont la prochaine au mois de mai, alors qu’Avery Shenfeld de la CIBC n’en prévoit plus qu’une seule tant la banque centrale dit craindre le gros nuage de l’ALENA.