L’enquête américaine sur le papier n’a aucun sens, affirme Résolu

L’enquête porte sur le papier de pâte mécanique non couché, ce qui inclut entre autres le papier journal, le papier d’édition et le papier pour bottins.
Photo: iStock L’enquête porte sur le papier de pâte mécanique non couché, ce qui inclut entre autres le papier journal, le papier d’édition et le papier pour bottins.

L’enquête américaine sur les importations de certains papiers en provenance du Canada ne tient tout simplement pas la route, soutient Produits forestiers Résolu à l’approche d’une décision du département du Commerce concernant l’imposition de droits compensateurs et antidumping.

Dans une lettre de 26 pages envoyée jeudi au secrétaire au Commerce, Wilbur Ross, Résolu reproche au département de partir du dossier du bois d’oeuvre, lequel a mené à des droits punitifs au printemps dernier, et de l’appliquer à une situation différente.

« Rien ne permet raisonnablement de dire que l’enquête sur les subventions présumées dans le bois d’oeuvre, un dérivé du bois debout, se traduit par une enquête sur le papier, qui est produit beaucoup plus loin en aval », a écrit l’entreprise, déjà frappée par des droits sur le bois d’oeuvre.

L’enquête américaine découle d’une plainte déposée par un producteur américain, la North Pacific Paper Company (NORPAC), qui possède une usine dans l’État de Waghington. L’entreprise appartenait en partie au géant Weyerhaeuser, mais a été vendue l’an dernier à One Rock Capital Partners, un hedge fund de New York.

Annoncée en août 2017 par le département du Commerce américain, l’enquête porte sur le papier de pâte mécanique non couché, ce qui inclut entre autres le papier journal, le papier d’édition et le papier pour bottins. En 2016, les entreprises canadiennes ont exporté pour 1,27 milliard $US en papiers non couchés aux États-Unis, selon Washington.

Décisions imminentes

Le département du Commerce entend publier une décision préliminaire sur les droits compensateurs le 8 janvier 2018, et celle sur les droits antidumping le 16 janvier.

La NORPAC estime que les producteurs canadiens bénéficient de « subventions gouvernementales significatives ». Mais elle affirme aussi que Résolu bénéficie d’un avantage lorsqu’elle vend de l’électricité à Hydro-Québec ou au réseau ontarien. Ce type de relation commerciale est normale, rétorque Résolu, car les distributeurs peuvent ainsi se procurer du courant additionnel en période de pointe sans avoir à construire de nouvelles installations. En Ontario, par exemple, elle utilise la biomasse pour produire du courant à son usine de Thunder Bay.

« Que le département du Commerce veuille imposer des droits à ceux qui contribuent à réduire le recours aux hydrocarbures pourrait être un scandale des temps modernes, a écrit Résolu. Le département cherche, de manière créative, des subventions là où il n’y en a pas. »

Journaux inquiets

L’imposition possible de droits compensateurs et antidumping inquiète profondément la News Media Alliance, qui représente notamment 1100 journaux américains. Ceux-ci sont déjà aux prises avec des baisses de revenus publicitaires et d’abonnés, de même qu’avec un glissement des annonceurs vers les plateformes numériques. Non seulement craignent-ils des fermetures supplémentaires, mais ils remettent en question les intentions du hedge fund qui possède la NORPAC.

« Nous croyons que [le dossier] ne justifie pas l’imposition de droits, qui auraient un impact très grave sur notre industrie et sur des communautés partout aux États-Unis », a écrit l’organisation à Wilbur Ross le 4 décembre dernier. « Les demandes de la NORPAC reposent sur une lecture erronée d’un marché qui change et semblent être motivées par les stratégies d’investissement à court terme du hedge fund qui détient l’entreprise. »

Si la demande pour le papier journal recule, affirme l’organisation, c’est à cause de la consommation de plus en plus grande de l’information sur des plateformes numériques.

« Au cours des dernières années, la part de marché occupée par des compagnies canadiennes dans les importations de papier non couché a, dans les faits, diminué, ajoute-t-elle. D’autres producteurs américains de papier journal s’opposent aux droits envisagés, tout comme l’American Forest and Paper Association. »