L’année économique 2017 marquée par une bonne dose d’imprévisibilité

La renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain a marqué l’année 2017. 
Photo: Sean Kilptarick La Presse canadienne La renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain a marqué l’année 2017. 

L’année économique 2017 a été chargée, au Québec et au Canada comme ailleurs. Entre des taux de croissance étonnants, des relations commerciales difficiles et un taux d’endettement qui ne montre aucun signe de relâche, la table est mise pour une année 2018 tout aussi imprévisible. Survol en quatre volets.

Québec

Surplus budgétaire, taux de chômage en chute libre, hausse de la cote de crédit… Il serait malvenu de suggérer que l’année 2017 a été ennuyeuse. Après avoir affiché un gain de 1,4 % en 2016, l’économie du Québec a récidivé avec un bond s’approchant de 3 %. Cette accélération du produit intérieur brut, a signalé l’équipe d’économistes du Mouvement Desjardins, traduit sa meilleure performance depuis une quinzaine d’années. Compte tenu de la croissance annualisée de 4,3 % au troisième trimestre, a-t-elle indiqué la semaine dernière, l’économie du Québec se porte « encore mieux que prévu ». En trame de fond, le taux de chômage, qui était de 6,2 % en début d’année, a fondu pour s’établir à 5,4 %.

Pendant ce temps, à Québec, des excédents budgétaires de 4,6 milliards en deux ans ont donné lieu à des allégements fiscaux supplémentaires de 1,1 milliard. Le geste, annoncé à un an du prochain scrutin, en a incité plusieurs à reprocher au gouvernement Couillard d’avoir coupé dans les dépenses afin de préparer les élections d’octobre 2018. Alors que le ministre Carlos Leitão a parlé de « rigueur budgétaire », le critique du Parti québécois en matière de finance, Nicolas Marceau, a estimé qu’« on a assisté au déclenchement de la campagne électorale libérale [financée] par l’argent des Québécois, par des [coupes] importantes dans les services ».

Canada

La « récession technique » causée par l’effondrement des cours du pétrole en 2015 semble bien loin. Qui aurait cru que l’économie canadienne reviendrait aussi rapidement au sommet du classement du G7 pour sa croissance annuelle ? « L’économie devrait afficher sa plus forte croissance depuis 2011 grâce aux dépenses de consommation et au marché immobilier », a écrit le Conference Board dans son bilan de fin d’année. Finalement, le portrait devrait montrer l’apparition de 329 000 nouveaux emplois, « le gain le plus fort depuis dix ans », selon l’organisme. L’économie canadienne devrait donc terminer 2017 sur un gain de 3 %, lequel se repliera à 2,1 % l’an prochain.

 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le crédit facile des dernières années et la hausse continue des prix de l’immobilier ont eu pour effet d’ajouter au fardeau des Canadiens.

C’est face à cette croissance que la Banque du Canada a tiré sur la gâchette sans crier gare cet été. Le gouverneur, Stephen Poloz, a annoncé en juillet une hausse de 25 points de base du taux directeur, une première en sept ans, puis a répété le geste en septembre pour l’amener à 1 %. Raison ? L’économie, a dit la banque centrale, est plus robuste que prévu et sa croissance est « plus autonome ».

Endettement

Qui dit dépenses de consommation dit toutefois endettement. Le crédit facile des dernières années et la hausse continue des prix de l’immobilier ont eu pour effet d’ajouter au fardeau des citoyens, dont le ratio d’endettement touche régulièrement de nouveaux records. Selon Statistique Canada, le ratio de la dette par rapport au revenu des ménages atteint désormais 171,1 %. Certes, bon nombre d’économistes n’aiment pas se fier uniquement à ce chiffre, car il compare un passif à un flux monétaire. C’est la raison pour laquelle ils analysent aussi ce que représente le coût de la dette : le poids mensuel des intérêts comparativement au revenu disponible. Celui-ci est relativement stable à environ 14 %. Mais l’état général des lieux inquiète quand même, notamment à la Banque du Canada. Car une hausse du taux directeur influence indirectement le reste. Déjà, le marché immobilier a fait l’objet de mesures de resserrement en 2016 pour freiner la hausse des prix dans certaines régions et une taxe a été appliquée sur les achats étrangers en Colombie-Britannique. L’Ontario a posé le même geste en 2017. Le marché québécois, pour le moment du moins, n’a pas montré signe de surchauffe. « La probabilité d’un revirement brutal à la baisse [sur le marché montréalais] est faible », a écrit la Banque Royale en novembre. Cependant, « l’érosion graduelle de l’abordabilité est un facteur qui doit être surveillé de près ».

États-Unis

Comment dire ? Les deux plus grands partenaires commerciaux du monde, du jour au lendemain, se sont retrouvés à la table de négociation pour revenir sur l’Accord de libre-échange nord-américain, une affaire que l’on croyait classée. Cette nouvelle donne, qui s’est ajoutée à la renégociation du commerce du bois d’oeuvre, a marqué l’année 2017 comme peu l’avaient imaginé. Si le président américain a semblé en vouloir davantage au Mexique par moments, le début des négociations en août a commencé sur les chapeaux de roue. Même si le commerce entre les trois pays a explosé depuis les années 1990, le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, a affirmé publiquement que M. Trump « ne veut pas seulement des révisions de clauses ou la modernisation de quelques chapitres » car « nous sommes d’avis que l’ALENA a fondamentalement déçu beaucoup, beaucoup d’Américains ». Selon le New York Times, toutefois, des gouverneurs républicains auraient très vivement fait comprendre au vice-président Pence leur agacement face à l’état des négociations. Pour compliquer les choses, ajoutez la plainte de Boeing contre Bombardier, à laquelle le département du Commerce américain s’est rallié. Bref, de quoi faire jaser lors de la prochaine ronde de négociation de l’ALENA, prévue du 23 au 28 janvier à Montréal.