La fin de l’ALENA ne serait pas catastrophique, dit une étude

Le représentant au Commerce des États-Unis, Robert Lighthizer (au centre)
Photo: Andrew Caballero-Reynolds Agence France-Presse Le représentant au Commerce des États-Unis, Robert Lighthizer (au centre)

La mort de l’ALENA coûterait au total environ 60 milliards par année et 220 000 emplois au Canada, aux États-Unis et au Mexique, estime une étude. L’économie canadienne essuierait la plus petite partie de ces pertes et pourrait même réaliser de modestes gains si le pays parvenait quand même à maintenir une certaine forme de libre-échange avec l’un ou l’autre de ses deux partenaires.

Les pertes économiques pour le Canada en cas de disparition de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) s’élèveraient à 15 milliards par année, soit l’équivalent de 0,55 % du produit intérieur brut (PIB), et à entre 25 000 et 50 000 emplois perdus, conclut une étude qui doit être bientôt dévoilée par l’Institut C.D. Howe. Ces chiffres deviendraient très légèrement positifs si cette mort ne faisait que permettre à l’ancien accord de libre-échange canado-américain de s’appliquer de nouveau, à raison de gains de 1,4 milliard et de 1200 à 2700 emplois, et si en plus le Canada et le Mexique gardaient vivant entre eux l’ALENA ou convenaient d’un autre accord commercial, comme le Partenariat transpacifique, ce qui porterait les gains à 3,1 milliards et à entre 4000 et 8000 emplois.

« Ces estimations de gains sont trop petites pour vraiment pouvoir s’y fier », a expliqué vendredi, dans un entretien téléphonique avec Le Devoir, l’un des auteurs de l’étude, Dan Ciuriak. « Mais ce qui ressort, c’est que la fin de l’ALENA ne serait pas catastrophique. »

Cela s’explique principalement, dit-il, par le fait que le monde du commerce a continué d’évoluer depuis la signature de l’entente à trois il y a 25 ans, et que sa mort ferait place aux règles générales de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui ont considérablement réduit depuis les tarifs permis.

Qui perd gagne

Les secteurs les plus frappés au Canada seraient d’abord celui des services aux entreprises, où évolue entre autres le géant québécois CGI, avec pour plus de 7 milliards en ventes perdues par an, suivi par celui des produits chimiques et plastiques (4,3 milliards) et celui de la fabrication automobile (3,7 milliards).

Moins élevées en proportion de la taille de l’économie, les pertes aux États-Unis s’élèveraient à presque 20 milliards (0,09 % du PIB) et entre 35 000 et 70 000 emplois. Ces pertes seraient toutefois fortement concentrées dans deux secteurs : l’automobile et l’agriculture. « C’est toujours un problème pour les politiciens lorsque cela arrive, note Dan Ciuriak. Et aux États-Unis, c’est notamment la base électorale de Trump qui serait le plus durement frappée. »

Ironiquement, les exportations américaines vers le Canada et le Mexique reculeraient un peu plus que les importations, faisant rater l’objectif qui pousse le gouvernement Trump à lancer toutes ces menaces contre l’ALENA. Il parviendrait néanmoins de justesse à ses fins pour l’ensemble des échanges commerciaux, mais seulement parce qu’il plomberait la croissance économique de son pays et qu’une économie plus faible tend à moins importer.

Le grand perdant de toute cette affaire serait le Mexique, avec une perte de presque 24 milliards par année (1,16 % du PIB) et de 150 000 à 300 000 emplois. Le choc y serait à peine moins sévère si le libre-échange était maintenu avec le Canada.

Basé sur des modèles économiques complexes, un tel exercice de simulation reste délicat, admet volontiers Dan Ciuriak. « Il est fort possible que nous y sous-estimions les dommages qu’infligerait la fin de l’ALENA. »

D’abord parce que l’étude part de la situation actuelle pour imaginer une nouvelle réalité. Mais la transition entre les deux peut être longue et très pénible, note l’étude, qui s’est donné pour horizon l’année 2023.

« On a du mal aussi à tenir compte du très grand degré d’intégration de certains secteurs comme l’automobile et des dommages que pourrait causer la destruction de leurs chaînes de valeur », explique son auteur.

La cinquième ronde de la renégociation de l’ALENA s’est terminée cette semaine à Mexico. On rapporte que seuls les enjeux les moins controversés y ont avancé.

La prochaine ronde doit se tenir à Montréal, du 23 au 28 janvier.