Une puce qui permet de donner au suivant

Avec l’aide du cofondateur de Chronometriq, Connect Go veut offrir un bracelet qui permettrait aux itinérants de recevoir les dons de façon numérique.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Avec l’aide du cofondateur de Chronometriq, Connect Go veut offrir un bracelet qui permettrait aux itinérants de recevoir les dons de façon numérique.

Le Québec regorge d’entrepreneurs passionnés qui tentent de mettre à profit une idée ou un concept novateurs. Chaque semaine, Le Devoir vous emmène à la rencontre de gens visionnaires, dont les ambitions pourraient transformer votre quotidien. Aujourd’hui, un entrepreneur littéralement hyperactif qui veut profiter du succès de sa compagnie pour venir en aide aux itinérants.

Photo: Connect & Go Dominic Gagnon

Quand Dominic Gagnon décroche le téléphone pour nous parler de son entreprise, il est en route vers la foire commerciale de l’Association internationale des parcs d’attractions organisée à Orlando, en Floride. Dans quelques heures, il rencontrera les représentants d’une importante compagnie américaine dans l’espoir de signer ce qui deviendrait le plus important contrat de l’histoire de Connect & Go, la compagnie qu’il a cofondée en 2012.

Mais pendant que les plus grands festivals et événements de la planète s’intéressent à ses bracelets connectés, il a choisi de consacrer une partie de ses énergies à un projet sans but lucratif qui pourrait être testé pour la première fois l’été prochain dans les rues de Montréal.

En compagnie du cofondateur de Chronometriq, Rémi Richard, Dominic développe actuellement un bracelet qui permettrait aux itinérants de recevoir les dons des passants qui ont les poches vides et d’acheter certains produits dans des magasins participants.

« Ce n’est pas un projet qui a une visée commerciale, c’est un projet qui a une visée sociale. Comme plusieurs entreprises à Montréal, on a du succès en affaires et on avait envie de redonner », explique l’entrepreneur.

Donner différemment

Dominic a eu l’idée de créer ce bracelet connecté pour sans-abri en réalisant qu’il a rarement de la monnaie pour donner un coup de pouce aux itinérants qu’il croise, mais aussi en écoutant les membres de son entourage. « Il y a plusieurs de mes amis qui me disaient qu’ils ne donnaient jamais aux itinérants parce qu’ils pensaient qu’ils allaient utiliser l’argent pour boire et se droguer. »

Le concept imaginé par Connect & Go tient compte de ces deux enjeux : les passants pourront donner de l’argent virtuel en approchant leur téléphone du bracelet d’un itinérant et les sans-abri pourront échanger les jetons accumulés seulement contre certains types de produits. L’alcool devrait par exemple être exclu. Chaque bracelet devrait par ailleurs renfermer des informations sur la personne qui le porte, comme son nom et son histoire.

Photo: Connect & Go Les puces intégrées aux bracelets permettent désormais le paiement sans contact et sans connexion Internet.

Dès l’été prochain, entre 300 et 400 itinérants pourraient prendre part à un projet-pilote et dépenser leur monnaie virtuelle dans une centaine de points de vente.

Jusqu’à maintenant, le cofondateur de Connect & Go estime que l’accueil du public et de la communauté d’affaires a été bon, mais il attend de voir les résultats sur le terrain avant d’exporter le modèle dans d’autres villes du monde. Il devine par exemple que certains itinérants préfèrent être libres de faire ce qu’ils veulent avec l’argent qu’ils reçoivent. « Je ne pense pas que ça va faire l’unanimité au sein de la clientèle itinérante, mais je pense que les gens qui veulent s’en sortir vont le voir comme un outil de réinsertion sociale », dit-il.

Technologie en évolution

Pour Connect & Go, cette incursion dans l’univers de l’itinérance est une étape de plus dans le développement des produits qu’elle peaufine depuis cinq ans. Au départ, les bracelets de la compagnie permettaient essentiellement de contrôler l’accès à des événements et de faciliter l’interaction sur les médias sociaux.

Avec les années, l’entreprise a multiplié les fonctionnalités. Les puces intégrées à ses bracelets permettent désormais le paiement sans contact et sans connexion Internet. Les organisateurs d’événements bénéficient quant à eux de précieuses informations sur les comportements d’achat des utilisateurs. Les puces peuvent même être intégrées à un tatouage, ce qui permet de payer avec sa main.

En février prochain, les bracelets de Connect & Go seront utilisés pour une deuxième fois dans le cadre du Superbowl, et pour la première fois dans un village olympique. Après les Jeux de 2018 à Pyeongchang, en Corée du Sud, l’entreprise vise ceux de Tokyo en 2020.

Pour le moment, la compagnie fait surtout affaire avec des festivals et des foires commerciales, mais Dominic estime que les parcs d’attractions deviendront son plus gros marché dans les prochaines années.

Connect & Go ouvrira un bureau à Paris et à Austin, au Texas, dans les prochains mois, et envisage d’en ouvrir un autre en Arabie saoudite ou au Japon d’ici la fin de 2018.

Vivre à plein régime

Quand il reviendra d’Orlando, Dominic retrouvera sa conjointe et ses deux filles de deux ans et huit mois à Québec. Il tentera de rattraper le temps perdu après avoir voyagé sur trois continents au cours du dernier mois.

La conciliation travail-famille n’est pas toujours facile, admet-il, mais ce rythme de vie effréné est sans doute le seul qui convient à un entrepreneur comme lui, qui affirme sans gêne avoir un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH). À 30 ans, il a déjà participé à la création d’une demi-douzaine de compagnies.

« Je dis souvent à la blague que j’ai l’impression de faire un marathon à la vitesse d’un sprint, lance-t-il. Cette vie-là à 100 milles à l’heure, ça me garde en vie. »
 

1 commentaire
  • Hélèyne D'Aigle - Inscrite 18 novembre 2017 07 h 22

    «  Donner au suivant « 


    Ah , coup de Chapeau à toi , Dominic Gagnon !

    «  La nouvelle génération est épouvantable .

    J’aimerais tellement en faire partie . « 

    ( Oscar Wilde )