Québec troque la dilution de son placement pour l’effet d’entraînement

Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Airbus s’engage à ce que le siège social et la chaîne d’assemblage principale de la gamme CSeries restent au Québec.

Le milliard de dollars américains injectés par Québec dans le programme de la CSeries devient un pari fortement dilué misant sur l’effet d’entraînement qu’apporte Airbus.

En obtenant une part de 50,01 % dans Société en commandite Avions CSeries (SCACS), Airbus abaisse celle de Bombardier à 31 % et celle d’Investissement Québec, à 19 %. De deux choses l’une : ou le milliard initial de Québec ne vaut plus sur papier que 380 millions $US, ou l’arrivée d’Airbus à la tête de l’entreprise accorde une valeur de 5,3 milliards à l’exploitant du programme CSeries. « La valeur de l’arrivée d’Airbus n’a pas été chiffrée », précise Gabrielle Tellier, attachée de presse de Dominique Anglade, ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation. « Nous acceptons la dilution, car nous sommes conscients et convaincus qu’Airbus apportera une contribution fortement positive au programme. Airbus ne vend pas ce type d’appareil. »

Investissement Québec n’en est pas à une première dilution. La participation initiale de 49,5 % de Québec dans SCACS avait été ramenée à 38 % après une réinjection de Bombardier dans la commandite. « Dans le cas où la SCACS ne disposerait pas de liquidités suffisantes, Bombardier s’est engagée à investir des capitaux supplémentaires dans la SCACS, jusqu’à concurrence de 1 milliard $US, dont un montant de 535 millions $US avait été investi au 30 juin 2017 », peut-on lire dans les états financiers de la multinationale québécoise.

Gabrielle Tellier rappelle que l’entente initiale entre Québec et Bombardier prévoyait la venue d’un troisième partenaire dans l’aventure. Les devis originaux renfermaient un scénario voulant que « notre part devait tomber à 33 %, chacun se partageant le tiers de l’entreprise ». Ce troisième joueur ne s’est pas manifesté et Ottawa a plutôt joué la carte d’un prêt remboursable.

Dans l’entente avec Airbus, dont l’apport prend la forme d’une « expertise en matière d’approvisionnement » et d’une « présence industrielle mondiale », Bombardier s’est engagée à assurer, le cas échéant, les besoins en trésorerie de SCACS jusqu’à concurrence de 350 millions $US la première année, jusqu’à 350 millions au cumul pour les deux années suivantes, en retour d’actions sans droit de vote de SCACS. De plus, Airbus bénéficiera d’un droit de vente à la valeur au marché sur la totalité de la participation de Bombardier dans SCACS. Bombardier peut aussi imposer à Airbus d’acquérir sa participation.

Celle d’Investissement Québec est remboursable par SCACS à la valeur au marché, à certaines conditions, à partir de 2023. Le mandataire du gouvernement bénéficiera d’un droit de sortie conjointe en cas de cession par Bombardier de sa participation dans le partenariat, peut-on lire dans le communiqué.

Bons de souscription

Ce n’est pas tout. Airbus se voit offrir des bons de souscription lui permettant d’acquérir jusqu’à 100 millions d’actions de catégorie B de Bombardier, à un prix d’exercice en dollars américains équivalant à 2,28 $CAN.

Dans l’entente originale de juin 2016 entre Québec et Bombardier, le gouvernement s’était également vu offrir des bons de souscription à des actions de catégorie B de Bombardier à un prix d’exercice correspondant à l’équivalent, en dollars américains, de 2,21 $CAN par action sur une période de cinq ans. Cette action clôturait mardi à 2,73 $, en hausse de 37 ¢ ou de 15,7 % sur la séance.

Bombardier s’engageait alors à ce que le siège social, l’assemblage, les services d’ingénierie et les activités R & D de SCACS soient conservés au Québec pendant au moins 20 ans. « Ces conditions demeurent. Nous avons des garanties sur les emplois », a souligné l’attachée de presse de la ministre Anglade.

Airbus s’engage à ce que le siège social et la chaîne d’assemblage principale de la gamme CSeries restent au Québec. Le géant européen de l’aéronautique prévoit la création d’une deuxième chaîne d’assemblage final à Mobile, en Alabama, afin de servir les clients américains. Québec reconnaît ainsi que les appareils vendus sur le marché américain seront fabriqués aux États-Unis. « Mais l’usine de Mirabel est trois fois plus grande que la nouvelle chaîne aux États-Unis. Nous croyons qu’avec l’effet d’entraînement d’Airbus, l’usine de Mirabel sera pleinement sollicitée », a déclaré Gabrielle Tellier.

Airbus indique également que la croissance du marché des avions CSeries justifie la création de cette deuxième chaîne. Le manufacturier chiffre à 6000 avions sur les 20 prochaines années le potentiel du marché des 100 à 150 sièges.

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