Trudeau sème l’incertitude sur l’achat d'avions de chasse à Boeing

L’idée d’acquérir pour les forces armées canadiennes 18 avions Super Hornet auprès de Boeing a été annoncée en novembre 2016.
Photo: Christopher Gaines / Service d'information de la marine américaine / Agence France-Presse L’idée d’acquérir pour les forces armées canadiennes 18 avions Super Hornet auprès de Boeing a été annoncée en novembre 2016.

Le gouvernement Trudeau laisse entendre que l’achat d’avions de chasse qu’il envisage d’effectuer auprès de Boeing pourrait ne pas avoir lieu si l’entreprise américaine continue de s’en prendre à Bombardier.

Le premier ministre Justin Trudeau a tenu ces propos lors d’une conférence de presse en compagnie de la première ministre du Royaume-Uni, Theresa May, qui a également un intérêt dans le dossier en raison des installations de Bombardier en Irlande du Nord.

Il est connu de tous qu’Ottawa a regardé du côté de Boeing pour renouveler sa flotte militaire, a dit M. Trudeau. « Mais c’est sûr que si Boeing continue à insister [pour] éliminer des dizaines de milliers d’emplois au Canada par leur attaque contre Bombardier, [l’entreprise] ne devrait pas s’attendre à ce qu’on leur achète des avions s’ils sont en train d’attaquer notre industrie comme ça. »

Les forces canadiennes comptent 77 appareils CF-18, basés en Alberta et à Bagotville, au sud de Saguenay. Ottawa envisage leur remplacement depuis plusieurs années. Or, le projet d’achat d’avions F-35 (Lockheed Martin) que caressait le Parti conservateur, et qui aurait coûté une quinzaine de milliards, a été annulé par le gouvernement Trudeau après l’élection des libéraux. Ceux-ci avaient fait campagne sur la promesse d’annuler l’achat, jugeant l’opération trop dispendieuse.

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, est du même avis que le gouvernement Trudeau. « J’espérerais sincèrement que nous n’achèterions pas d’avions de la part d’une entreprise qui s’attaque à notre secteur aéronautique », a-t-il dit. Aux yeux de James Bezan, du Parti conservateur, « il faut diminuer la rhétorique ». Parallèlement au processus déclenché par les gestes de Boeing, il faut aussi lancer un appel d’offres, selon lui.

L’idée d’acquérir 18 Super Hornet auprès de Boeing, un geste visant à rehausser les capacités d’intervention des forces aériennes en attendant un renouvellement à grande échelle, a été annoncée en novembre 2016 par la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement de l’époque, Judy Foote. Or, le dépôt d’une plainte de Boeing à l’endroit de Bombardier a compliqué le dossier.

Accusations autour des prix

Les installations nord-irlandaises de Bombardier fabriquent, notamment, les ailes des avions CSeries, appareils qui ont trouvé preneur chez Delta et Air Canada, entre autres. La compagnie est l’un des principaux employeurs de la région, avec un effectif de plus de 4000 travailleurs.

La plainte déposée par Boeing auprès des autorités commerciales américaines au mois d’avril 2017 accuse Bombardier d’avoir vendu des appareils en sol américain à des prix « dérisoires ». Boeing, qui fabrique les modèles 737-700 et 737 MAX 7, a affirmé que les appareils CSeries, qui coûtent 33 millions à produire, sont vendus aux États-Unis pour moins de 20 millions.

« Bombardier partage l’engagement de Boeing à ce que des règles du jeu équitables s’appliquent à tous, mais dans ce cas-ci, ils n’étaient même pas dans la course », a affirmé la compagnie montréalaise dans un communiqué lundi. « Delta a commandé des CSeries parce que Boeing a cessé il y a des années de produire des avions de la capacité dont Delta avait besoin. Boeing est totalement hypocrite lorsqu’elle prétend que les prix de lancement appliqués aux CSeries “violent les règles du commerce international”, alors qu’ils ont recours au même procédé pour leurs propres avions. »

Selon Bombardier, les gestes de Boeing « menacent des milliers d’emplois dans l’industrie aéronautique partout dans le monde, dont des milliers au Royaume-Uni et aux États-Unis, et des milliards de dollars en retombées économiques pour les fournisseurs de composants entrant dans la fabrication des CSeries ».

Lors de leur réunion lundi, Mme May et M. Trudeau ont aussi convenu de resserrer les liens entre le Royaume-Uni et le Canada dans un certain nombre de domaines, dont l’innovation, les changements climatiques et l’égalité des sexes.

5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 19 septembre 2017 01 h 51

    de l'esprit KuKoxKlan nous en avons mare

    Il m'apparait normal que Justin s'en mêle, que nous n'avons pas a nous plier aux politiques égémonistes des américains , les américains aiment trop prendre et donner de moins en moins ,voila les politiques de donald Trump, il va falloir qu'il se rende compte que le monde est plus complexe que ca , j'apprécie l'autonomie des anglais, qui furent a une époque les mâitres du monde, qui vont contrebalancer l'arogance américaine, je crois qu'il est sain qu'il en soitainsi,qu'il ne faut pas que les américains soient les seuls a decider, surtout que ce sont des politiques appartenant a une autre époque

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 septembre 2017 08 h 42

    Un changement de titre SVP

    Trudeau ne sème pas l'incertitude. Il fait son job.

  • Serge Lamarche - Abonné 19 septembre 2017 14 h 16

    Égémonie des É-U

    Est-ce que la plainte de Boeing se fait dans le cadre de NAFTA? On se rappelle que les É-U se sont plaint des prix du bois de construction et ont décimé la forestrie canadienne.
    À mon avis, les É-U ont toujours eu une influence dévastatrice. Envahissement, «Dust Bowl», guerres, pétrole, «fracking», ce pays fait beaucoup de mal et risque d'en faire encore plus lorsque ses ressources seront en ruines.

  • Michel Fortier - Abonné 19 septembre 2017 23 h 58

    Un appel d'offres est requis

    Ayant promis de ne pas acheter des Lockheed Martin F-35A Joint Strike Fighters et déclaré que Boeing n'est pas un partenaire fiable pour le F-18E Super Hornet, le gouvernement Trudeau se doit de faire un appel d'offres le plus tot possible tout en éliminant ces deux appareils de la liste.

  • Francois Drolet - Abonné 20 septembre 2017 00 h 17

    Inquiétant

    Je ne suis pas militariste, ni naïf. L'achat de matériel militaire est une nécessité pour assurer la sécurité d'un pays et les avions en font partie. Le discours de Trudeau ne vise qu'à donner l'impression qu'il s'en préoccupe, comme l'a fait le gouvernement conservateur qui l'a précédé. En fait, aucune décision militaire rationnelle n'est prise au Canada depuis longtemps. Comme nos politiciens attendent d'être rendu au pied du mur pour agir, on en paie le prix exigé par les fournisseurs de nos voisins américains. On ne choisi pas vraiment. Des avionneurs canadiens ont conçu le Super Arrow, descendant du CF-105 Arrow. Pourtant, cet avion 100% canadien dépasse technologiquement tous les autres appareils existants. Alors cessez vos discours creux M. Trudeau et agissez rationnellement.
    https://www.youtube.com/watch?v=tF5f-C20h3s
    http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/les-