Washington exige d'entrée de jeu des changements majeurs à l'ALENA

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, entourée du représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, et du secrétaire mexicain à l’Économie, Ildefonso Guajardo Villarreal, lors du premier jour des négociations de l’ALENA, à Washington, mercredi.
Photo: Jacquelyn Martin Associated Press La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, entourée du représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, et du secrétaire mexicain à l’Économie, Ildefonso Guajardo Villarreal, lors du premier jour des négociations de l’ALENA, à Washington, mercredi.

Si la déclaration américaine donne l’avant-goût de ce qui s’en vient, les négociateurs canadiens et mexicains pourraient avoir beaucoup de fil à retordre, Washington ayant affirmé sans détour qu’il faudrait des améliorations « majeures », car le libre-échange a fait d’innombrables victimes.

Au jour un de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, a dressé une longue liste de priorités en précisant que celles-ci « montrent que notre tâche est très difficile ».

« L’opinion du président au sujet de l’ALENA, que je partage entièrement, est bien connue. Je veux être clair : il ne veut pas seulement des révisions de clauses ou la modernisation de quelques chapitres. Nous sommes d’avis que l’ALENA a fondamentalement déçu beaucoup, beaucoup d’Américains. »

Reprenant l’argument selon lequel 700 000 travailleurs américains ont perdu leur emploi en raison de l’accord, en vigueur depuis 1994, M. Lighthizer a dit que le vrai chiffre était sûrement plus élevé. Il a notamment affirmé que le secteur automobile à lui seul entraîne un déficit commercial de 68 milliards $US avec le Mexique. « Au cours des dernières années, nous avons vu une amélioration de notre balance commerciale avec le Canada », a-t-il affirmé.

Parmi les priorités de Washington, M. Lighthizer a évoqué l’élimination des déficits commerciaux, « l’équilibre et la réciprocité », un resserrement des règles d’origine, des clauses sur les conditions de travail, l’accès « égal et réciproque aux contrats d’approvisionnement publics et à l’agriculture », etc.

Le représentant au Commerce a aussi affirmé que les passages de l’accord balisant le règlement des différends devaient « respecter notre souveraineté nationale et nos processus démocratiques ».

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a déjà indiqué cette semaine que le Canada voudra protéger la gestion de l’offre qui caractérise sa production agricole, de même que le processus de règlement des différends. Mercredi matin, elle a brandi une photo montrant des pompiers américains et mexicains combattant les feux de forêt en Colombie-Britannique, disant vouloir s’inspirer de cet esprit de collaboration dans le cadre des négociations.

En entrevue à La Presse canadienne, l’ex-premier ministre Jean Charest a rappelé que le Canada a permis des ouvertures dans la gestion de l’offre lors des négociations de l’accord avec l’Europe et du Partenariat transpacifique. « Dans les deux cas, la gestion de l’offre a été préservée, et dans les deux cas, nous avons fait une ouverture de marché pour les produits laitiers ou la volaille. Alors c’est un compromis qui, pour le Canada, serait un compromis avec lequel on serait capables de vivre », a-t-il affirmé.

« Modernisation »

Lors d’une déclaration en compagnie du secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, Mme Freeland a déclaré mercredi après-midi qu’il s’agissait d’une journée « historique » en raison de la « modernisation » de l’accord.

Plusieurs rondes de négociation sont déjà prévues. L’actuelle rencontre se déroule jusqu’au 20 août. Une autre ronde aura lieu au Mexique le mois prochain, après quoi les pourparlers se déplaceront au Canada.

Depuis l’entrée en vigueur de l’ALENA, le commerce entre le Canada, les États-Unis et le Mexique a triplé, passant de 350 milliards à environ 1200 milliards. Le Canada a enregistré l’an dernier un excédent commercial face aux États-Unis, cela survenant dans la foulée d’une baisse des cours du pétrole. Le pétrole est une des deux principales exportations du pays (54 milliards $US), avec le secteur automobile (58 milliards $US).

Milieu agricole

Les Producteurs laitiers du Canada se sont rendus à Washington pour « soutenir le gouvernement canadien » dans les négociations. « Le premier ministre et son cabinet ont clairement exprimé leur soutien et leur volonté de protéger tant l’industrie laitière que la gestion de l’offre, nous sommes ici afin de nous assurer que leurs actions reflètent leurs paroles »,a indiqué dans un communiqué le président de l’organisme, Pierre Lampron.

Les producteurs laitiers ont mal digéré que l’accord de libre-échange avec l’Europe permette une augmentation des importations de fromage, une ouverture que le gouvernement Trudeau avait compensée par une aide financière.

1 commentaire
  • Robert Beauchamp - Abonné 17 août 2017 06 h 07

    Le gagnant est...

    Si les Américains veulent sortir gagnants, c'est qu'un perdant a été identifié. Pas difficile à comprendre. Ce perdant sera fatalement le Québec car le fédéral voudra compenser en faisant subir aux autres provinces, principalement au Québec sa volonté toujours soutenue de protéger le secteur automobile, autrement dit l'Ontario.
    Et au moment des conclusions, il deviendra insoutenable de subir le prêchi-prêcha déjà anticipé de Trudeau et cie, qu'ils ont négocié pour le mieux-être des Canadiens, et qu'au final les porteurs d'eau seront compensés par des chaudières neuves.