Molson confirme le déménagement de son usine de la rue Notre-Dame

L’édifice de la brasserie Molson, avec son horloge, fait partie des symboles emblématiques de Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’édifice de la brasserie Molson, avec son horloge, fait partie des symboles emblématiques de Montréal.

Si les employés qui oeuvrent chez Molson ont appris officiellement mercredi qu’ils vont quitter l’usine historique située à l’ombre du pont Jacques-Cartier, plusieurs morceaux du scénario restent à être déterminés. Et les interrogations qui tournent autour des enjeux du patrimoine architectural et de l’aménagement sont tout aussi nombreuses.

Située sur le même site depuis 231 ans sur la rue Notre-Dame, Molson réfléchit depuis des années au sort de son usine, aménagée sur plusieurs étages pour optimiser l’usage de l’espace. Déchirée entre la possibilité de moderniser les installations existantes ou construire du neuf en y greffant un centre de distribution, l’entreprise a finalement indiqué, dans une annonce faite à l’interne mercredi matin, qu’elle a choisi la deuxième option.

« Ce qu’on est en train de déterminer, c’est la taille de la brasserie, le type de brasserie, etc. Le plan d’affaires qu’on est en train de mettre en place va déterminer le montant total à investir », a indiqué le directeur des affaires de l’entreprise Molson Canada, François Lefebvre. La somme évoquée est de « plusieurs centaines de millions », ce qui pourrait vraisemblablement vouloir dire un minimum de 200 millions. Quand la décision sur le plan final sera-t-elle connue ? «On parle en termes de mois. »

Si la décision de déménager est prise, le brasseur, dont la société mère est MolsonCoors, ne précise pas encore le lieu de son futur emplacement, se limitant pour l’instant à évoquer « le grand Montréal ».

Symbole emblématique

Une autre question persiste : qu’adviendra-t-il du bâtiment historique, symbole emblématique de Montréal ? « On ne le sait pas encore. On s’engage à maintenir un héritage Molson, mais on ne peut pas dire exactement ce qu’on va garder et comment. On veut travailler rapidement là-dessus », répond M. Lefebvre.

L’entreprise va travailler avec la ville et les employés, mais souhaite aussi inclure Héritage Montréal. Le secteur est en ébullition et les discussions devront forcément porter sur le développement urbain. « Il y a Radio-Canada, la SAQ qui quitte le Pied-du-Courant et Télé-Québec qui arrive, le recouvrement de l’autoroute Ville-Marie… Le secteur est en transformation et ça va prendre un plan intégré, j’en suis certain. » La nature précise du maintien d’un héritage Molson, cependant, n’est pas arrêtée. « Ça peut vouloir dire plein de choses et différents scénarios. On peut parler de garder des installations de brassage, peut-être à plus petite échelle, on peut parler d’un musée, d’un parc, d’un ensemble résidentiel… Tout est sur la table. »

« Maintenir de la vie »

Chez Héritage Montréal, Dinu Bumbaru affirme avoir déjà rencontré les Molson, à la demande de ces derniers, il y a plus d’un an et demi, alors que l’entreprise était déjà en réflexion sur l’avenir de son bâtiment. « On leur a dit : vous savez, l’enjeu patrimonial ce n’est pas juste de garder quelques pierres sur la rue Notre-Dame. Je sais que ça peut simplifier la vie à certains architectes et ingénieurs qui vont dire : « on garde la façade », mais c’est plus que ça. Ça prend un projet pour maintenir de la vie là-dedans. Il faut que ce soit un lieu vivant et animé. Ce bâtiment, ce n’est pas un artefact », soutient le célèbre gardien du patrimoine montréalais.

C’est tout un défi, il en convient. « Ce n’est pas un chef-d’oeuvre réalisé avec un grand architecte, c’est un complexe industriel qui s’est construit un peu comme un village, au fil des générations et c’est ce qui le rend formidable, avec son emplacement tellement ancien, sa relation avec le fleuve, avec la ville. C’est un défi complexe, mais formidable. »

Photo: Archives de la Ville de Montréal Les installations de la brasserie Molson sur la rue Notre-Dame, en 1936

Dinu Bumbaru souhaite rencontrer à nouveau les gens de Molson cet automne pour discuter de l’avenir du bâtiment. Il espère surtout « du leadership du côté de la ville » pour « revitaliser le secteur ». « Ça ne peut pas être une opération isolée et on n’est pas en mode panique. Ce qui va protéger cet endroit, c’est un projet de revitalisation qui ne lui fasse pas perdre sa présence emblématique. On est dans la protection du patrimoine façon XXIe siècle ici. »

L’historien Martin Landry, qui a conçu un parcours thématique autour de la compagnie Molson pour les fêtes du 375e anniversaire, espère également que le « charme » de la bâtisse sera préservé. « Le bâtiment en soi est devenu, au fil du temps — ne serait-ce que sont horloge — une signature identitaire de la ville, un point d’ancrage. On ne peut pas toucher à ça. »

Déménagement et rapatriement

Le nouveau complexe brassicole comprendra un centre de distribution, et ses lignes produiront à la fois des bouteilles et des canettes, lesquelles ont fait leur apparition dans l’usine de la rue Notre-Dame en 2012. À l’heure actuelle, le vieux bâtiment compte environ 700 syndiqués et 300 cadres. L’entreprise est également locataire d’un bâtiment dans l’est de Montréal, sur la rue Dickson, qui sert de centre de distribution.

Les nouvelles brasseries modernes et performantes sont construites sur un seul étage, a mentionné le président des employés de la brasserie, Éric Picotte. La direction aurait indiqué que les nouvelles installations couvriraient une superficie de 3 à 4 millions de pieds carrés et que l’échéancier est de 3 à 5 ans.

Le syndicat apporte toutefois un bémol. « Ils ne parlent pas d’une augmentation et c’est là qu’on a une certaine inquiétude, même si c’est une bonne nouvelle en soi qu’on va continuer de produire à Montréal », a dit M. Picotte. « Cette inquiétude vient du fait qu’ils ne nous disent pas ce qu’il va y avoir comme quantité et comme type de production. S’ils faisaient un virage complètement canette, il y aurait un impact majeur sur la quantité d’emplois. »

Selon M. Picotte, la production de canettes a pris beaucoup de place dans la production totale, de sorte qu’elle équivaut à celle de bouteilles. « On a perdu de 100 à 120 emplois depuis cinq ou six ans, pour produire le même volume de bière. »

2 commentaires
  • Michèle Hudon - Abonnée 6 juillet 2017 10 h 09

    Sauvegarder le pâtrimoine bâti en s'inspirant d'ailleurs

    Vous vous rappelez sans doute les Géants de Royal De Luxe qui ont envahi Montréal en mai dernier! Ils viennent de Nantes, en France. Une ville parmi d'autres qui a su investir pour préserver ses friches industrielles, comme ils disent, en rénovant ses vieux bâtiments pour en faire des lieux voués à l'art, entre autres. Il n'en fallait pas plus pour que naissent les Géants... nous devons enfin oser malgré les investissements pour dynamiser Montréal. Pensons à Expo 67. Le déménagement de Molson est une occasion à ne pas manquer de le faire de façon permanente. Osonserons-nous le faire? Je nous le souhaîte.

  • Philippe Hébert - Abonné 6 juillet 2017 16 h 36

    C'est évident qu'en répondant "le Grand Montréal", que l'entreprie quitte Montréal.

    1- Il n'existe pratiquement plus de grand terrain vacant à Montréal.

    2- Les terrains qui pourraient faire l'affaire sont dans l'Est de la métropole, et nécessiteraient bien plus que 200 millions en frais de décontamination avant de pouvoir bâtir.

    3- Ils veulent un centre de distribution. Pourquoi faire un centre de distribution où les bouchons de circulation coûtent très cher en transport par camion?

    4- Le port de Montréal construit son expansion à Sorel, donc côté exportation international, Molson serait mieux en Montérégie.

    5- Le pont Jacques-Cartier est en excellente état, le tunnel serait remis à neuf, le nouveau pont Champlain sera neuf, et le pont Honoré-Mercier sera reconstruit complètement, tout ça d'ici quelques années. Par conséquent, tous les liens reliants Montréal à la rive-sud seront beaucoup plus fluide une fois tout ces travaux terminés. Ce sera les pont de la rive-nord qui seront en décripitude avancée. On peut aussi contourner l'île de Montréal si on désire aller en Ontario ou aux USA.

    6- Les taxes foncières sont beaucoups moins élevées à l'extérieur de Montréal et les routes sont en meilleur état.

    7- Il n'y a peut-être pas de transport en commun, mais la nuit et aux petites heures du matin il n'y en a pas plus à Montréal, et c'est là que des employés de centre de distribution commencent leur journée. Il y aura de la place en masse pour un stationnement des employés, à Montréal c'est plein partout.

    8- Il n'y a aucune ville au Québec qui gère plus mal que Montréal ses travaux de voiries, donc peu importe oìl ils s'établiront à l'extérieur de la métropole, ils auront beaucoup moins de problème à circuler en camion.

    9- Probablement que la majorité des employés de Molson vivent déjà à l'extérieur de Montréal, tout le monde quitte cette ville, la qualité de vie est médiocre aujourd'hui, dès que tu as les moyens, tu t'établis en banlieue.