À la recherche de la recette du bonheur

Les infirmières sont généralement satisfaites de leur salaire et de leur niveau de responsabilité, mais leur sentiment d’appartenance et de reconnaissance se situe en deçà de la moyenne.
Photo: Jacob Lund Getty Images Les infirmières sont généralement satisfaites de leur salaire et de leur niveau de responsabilité, mais leur sentiment d’appartenance et de reconnaissance se situe en deçà de la moyenne.

La recette du bonheur d’un employé canadien, français ou allemand n’est pas la même, révèle une étude dévoilée mardi par la firme de dotation en personnel Robert Half.

Le sondage mené par le cabinet spécialisé en ressources humaines auprès de 23 000 professionnels occupant un emploi à temps partiel ou à temps plein provenant de huit pays indique que les employés canadiens se disent plus heureux au travail que les Français, les Belges et les Britanniques, mais moins heureux que les Américains, les Allemands, les Néerlandais et les Australiens.

En demandant aux répondants s’ils sont heureux au travail et ce qui explique leur état d’esprit, la firme a pu dégager des priorités différentes selon les pays. Pour les Canadiens, les Américains et les Britanniques, le premier facteur de bonheur est le sentiment de fierté à l’égard de l’organisation pour laquelle ils travaillent, alors que les Français, les Belges et les Allemands accordent plus d’importance au fait d’être traité avec équité et respect.

« Les gestionnaires peuvent améliorer les niveaux de bonheur dans leur entreprise en soulignant fréquemment l’apport des employés et en s’assurant que ceux-ci comprennent bien le rôle qu’ils jouent dans la réalisation des objectifs généraux de l’entreprise », souligne le président, activités internationales de dotation en personnel chez Robert Half, Greg Scileppi.

Besoins universels

Les résultats du sondage ne surprennent pas le professeur au Département d’organisation et ressources humaines de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM Jacques Forest. Ses recherches récentes et la littérature scientifique pointent dans la même direction, explique-t-il : « La façon de combler les besoins psychologiques change, mais ces besoins demeurent les mêmes. »

Il cite par exemple une étude s’intéressant au bonheur réalisée il y a quelques années par les chercheurs Ed Diener, Weiting Ng, James Harter et Raksha Arora à l’aide d’un échantillon représentatif de la quasi-totalité de la population mondiale. « Les trois facteurs qui expliquent unilatéralement le bonheur dans toute l’humanité, c’est la satisfaction des besoins psychologiques d’autonomie, de compétence et d’affiliation sociale », résume M. Forest.

Autrement dit, les employés veulent sentir que leur travail est important et que leur savoir-faire est reconnu, tout en étant entourés de collègues et de patrons qu’ils apprécient.

Selon le professeur, un employeur qui voudrait accroître le bonheur de ses employés peut agir sur trois fronts : revoir l’organisation du travail pour rendre les tâches des travailleurs stimulantes et significatives, rémunérer les employés de manière juste et équitable, et améliorer les relations interpersonnelles en faisant preuve de plus de chaleur humaine.

« On se rend compte que c’est le bonheur qui mène au succès, et non le contraire », rappelle-t-il.

Facteurs décisifs

Dans le volet canadien du sondage commandé par Robert Half, les deux clés du bonheur déterminées par les répondants sont le sentiment d’appartenance à une entreprise et le fait de sentir que son travail est apprécié.

Et ce sont précisément les deux facteurs décisifs observés par Pierre Côté, créateur de l’Indice relatif du bonheur. Il y a cinq ans, ce professionnel des communications et du marketing devenu conférencier a lancé un sous-indice, l’Indice du bonheur au travail, qui permet d’établir le niveau de bonheur au sein de différentes professions.

En remplissant un sondage en ligne, les professionnels doivent notamment évaluer la réalisation de soi, les relations de travail, la reconnaissance, le niveau de responsabilité, la rémunération et le sentiment d’appartenance.

« C’est fascinant de voir que la reconnaissance est presque toujours le facteur qui est le plus faiblement évalué. Et plus le niveau de reconnaissance est bas, plus le sentiment d’appartenance est bas », observe-t-il.

Résultats variables

Les résultats de son indice permettent de savoir en un coup d’oeil pourquoi certains employés sont plus heureux que d’autres. Par exemple, les infirmières sont généralement satisfaites de leur salaire et de leur niveau de responsabilité, mais leur sentiment d’appartenance et de reconnaissance se situe en deçà de la moyenne. À l’inverse, les courtiers immobiliers enregistrent des résultats supérieurs à la moyenne pour tous les facteurs analysés, et tout particulièrement celui qui concerne le niveau de responsabilité.

« Il y a un lien évident entre la satisfaction au travail et le niveau de bonheur en général. C’est pour ça que c’est important d’en parler, insiste M. Côté. Si tout le monde est plus heureux dans un environnement de travail, la performance de l’entreprise va être meilleure et tout le monde va en bénéficier. »