Bois d’oeuvre: malgré l’aide, la menace plane toujours

L’industrie forestière québécoise compte environ 60 000 travailleurs.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne L’industrie forestière québécoise compte environ 60 000 travailleurs.

À moins d’un revirement majeur, les États-Unis devraient imposer de nouveaux droits sur le bois d’oeuvre cette semaine. Le prolongement du conflit menace l’industrie canadienne, même si Québec et Ottawa ont déployé des mesures musclées pour venir en aide aux producteurs d’ici.

Ces propos tenus lundi par le syndicat Unifor et l’industrie surviennent alors que Washington, poussé à agir par les producteurs américains, s’apprête à faire suite à ses droits compensateurs du mois d’avril avec des droits antidumping, qui pourraient toucher les exportations dès vendredi.

Unifor, dont 12 000 des 55 000 membres québécois travaillent dans la forêt, a organisé des manifestations au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick en affirmant que la « situation est toujours aussi préoccupante ». Le syndicat, tout comme les représentants de l’industrie, avait très bien accueilli le plan d’aide de Québec dévoilé en avril et celui d’Ottawa présenté le mois dernier.

Au total, l’industrie forestière québécoise compte environ 60 000 travailleurs. Salué de toutes parts, le plan de Québec, qui consiste en des prêts et des garanties de prêts, vise 180 producteurs. Québec n’a pas chiffré son plan, mais a déjà évoqué la somme de 300 millions. De son côté, Ottawa a prévu une aide de 867 millions.

Les producteurs américains estiment que leurs concurrents canadiens bénéficient d’un avantage déloyal, car une partie du bois coupé provient de terres publiques. Or, le Québec a modifié son régime forestier en 2013 et la détermination des prix découle maintenant d’une vente aux enchères pour 25 % du bois. Ensuite, les prix obtenus déterminent les redevances des compagnies pour la matière prélevée en fonction des garanties d’approvisionnement.

Washington a imposé une première série de droits en avril. Ces droits compensateurs moyens atteignent 19,88 % et touchent l’immense majorité des producteurs de bois d’oeuvre. De plus, des sanctions rétroactives ont été appliquées sur les trois mois précédant l’annonce des droits. Pour un groupe de quelques grandes compagnies ayant servi de base pour l’analyse de Washington, les droits se situent entre 3 et 24 %. Kruger, par exemple, se situe à 12,82 %.

« On regarde aussi l’évolution du marché. Depuis la fin avril, les prix ont reculé d’un peu plus de 10 % », a dit lors d’un entretien le p.-d.g. du Conseil de l’industrie forestière du Québec, André Tremblay. Les données des mises en chantier pour le dernier mois ont été inférieures à un million, a-t-il ajouté. « Ce n’est pas une bonne nouvelle. Il y a de l’inquiétude quant à la direction que les choses vont prendre. »

Cela dit, les prix du bois d’oeuvre en sol américain avaient connu une hausse à l’approche du conflit.

Hauteur des nouveaux droits

M. Tremblay croit que « si on applique rigoureusement les règles », les droits antidumping pourraient tourner autour de 5 %. « Mais on est toujours à la merci d’une surprise. » Si c’était le cas, les producteurs québécois feraient face à des droits totalisant 24,88 %.

Lors du dernier conflit, qui s’est déroulé de 2001 à 2006, les droits prélevés sur les exportations canadiennes de bois d’oeuvre avaient totalisé plus de 5 milliards, une somme qui n’a pas toute été remboursée.

L’actuel bras de fer est le cinquième depuis le début des années 1980. De passage à Montréal la semaine dernière, la ministre fédérale des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a dit que « les positions du Canada et des États-Unis sont assez éloignées l’une de l’autre, mais la bonne nouvelle, c’est que les négociations continuent ».

Le premier ministre québécois, Philippe Couillard, a rencontré lundi le secrétaire américain du Commerce, Wilbur Ross, pendant une vingtaine de minutes à Washington. À l’ordre du jour figuraient non seulement le bois d’oeuvre mais l’ALENA et la plainte de Boeing contre les mesures de soutien financier à Bombardier. Selon La Presse canadienne, qui a pu interroger M. Couillard, ce dernier s’est dit « plus optimiste » qu’à son arrivée, car il a « senti un désir d’aller plus loin, d’avancer et d’avoir des ententes ».

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