Le niveau de vie futur du Canada est menacé, craint Deloitte

Sans actions immédiates, le niveau de vie futur du Canada est menacé, selon le cabinet Deloitte. 
Photo: Kathryn Hatashita Lee Getty Images Sans actions immédiates, le niveau de vie futur du Canada est menacé, selon le cabinet Deloitte. 

Le cabinet Deloitte rappelle le Canada à certaines de ses réalités économiques. La prospérité progresse plus lentement ici que dans d’autres pays, les membres les plus pauvres de la société peinent à profiter des avantages de la croissance et l’automatisation menace même les travailleurs les plus instruits. Sans actions immédiates, le niveau de vie futur du Canada est menacé.

L’étude du cabinet s’inscrit dans le cadre de l’initiative « Le Canada à 175 ans », qui se veut une projection sur 25 ans à partir du 150e anniversaire du Canada. Le document de 32 pages porte le titre Des paris audacieux pour notre pays : des mesures délibérées s’imposent et propose des avenues de solution ou d’actions. Il repose sur le constat que la croissance économique canadienne ne parvient pas à retrouver son rythme, qu’elle génère son lot d’exclusions et que les perturbations technologies vont aller en augmentant.

« La technologie modifiera en profondeur la nature et la structure du travail au cours des 25 prochaines années, ce qui pourrait fragiliser la stabilité sociale entre-temps », peut-on lire.

Sur le plan de la croissance, il est loin le temps où la progression du PIB canadien surpassait la moyenne mondiale et où le revenu par habitant augmentait à taux accéléré. Devenue mature, l’économie canadienne a connu une croissance de 1,4 % en 2016, de loin sous celle de 3,1 % à l’échelle mondiale, et la croissance de sa productivité est inférieure à celle de ses concurrents. « Bien que les premières prévisions pour 2017 laissent entrevoir une hausse de 2 %, les perspectives à long terme demeurent modestes. »

Deloitte attribue une partie de cette mollesse à un déficit d’innovation. Et il pointe en direction des entreprises pour expliquer que le Canada se situe en queue de peloton parmi sept grandes économies sélectionnées au chapitre de la demande des brevets par habitant et de l’investissement des entreprises en RD par rapport au PIB. « Dans l’ensemble, le secteur privé n’a pas réagi aux incitatifs gouvernementaux conçus pour encourager les investissements. » S’ajoute la qualité des emplois offerts au sein de l’économie canadienne, « qui s’est dégradée depuis 2003 ».

La carte des exportations n’a pas apporté le salut escompté. « Seulement 3,6 % des entreprises canadiennes réalisent des exportations. » Deloitte ajoute : « Au cours des dix dernières années depuis 2006, les exportations réelles du Canada ont augmenté de 8,1 % comparativement à 32,4 % dans le cas de celles réalisées à l’échelle mondiale. » Une situation appelée à persister compte tenu de la montée du protectionnisme chez les plus importants partenaires commerciaux du Canada.

Le gouvernement et les entreprises doivent poursuivre sur la voie de l’innovation tout en déployant les efforts pour aider les personnes touchées par les changements

 

Des occasions

Mais ce repli sur soi peut devenir une occasion pour une économie ouverte comme celle du Canada de se démarquer, d’accroître son pouvoir d’attraction des entreprises et des immigrants et de diversifier son secteur extérieur vers des marchés en plein essor. Le cabinet ajoute qu’au lieu de craindre la technologie, « les gouvernements et les entreprises doivent poursuivre sur la voie de l’innovation tout en déployant les efforts pour aider les personnes qui seront touchées par les changements. » Deloitte cite des études indiquant que l’automatisation menacera l’emploi de 42 % de la main-d’oeuvre canadienne. « La montée de l’automatisation, l’intelligence artificielle et l’Internet des objets menacent un monde où même les travailleurs les plus instruits sont incapables de faire concurrence. »

Dans ses conclusions, le cabinet cible trois domaines essentiels « où des choix difficiles ainsi que l’alignement des entreprises, des gouvernements et des établissements d’enseignement seront décisifs ». En clair, le Canada doit concentrer ses investissements dans les secteurs où il a un avantage concurrentiel réel ou potentiel, accélérer de façon très importante sa présence à l’échelle mondiale et remodeler entièrement son système d’éducation, peut-on lire.