Québec devrait réfléchir au prix de son programme Roulez électrique

Instauré en 2012, le programme offre aujourd’hui, entre autres, un rabais de 8000$ pour une voiture neuve entièrement électrique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Instauré en 2012, le programme offre aujourd’hui, entre autres, un rabais de 8000$ pour une voiture neuve entièrement électrique.

Le programme offrant des rabais aux acheteurs de voitures électriques coûte cher pour l’impact qu’il pourrait avoir sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030, avance la Commission de l’écofiscalité du Canada dans un nouveau rapport.

Selon les projections du groupe de recherche, qui publie jeudi une réflexion sur les outils « non tarifaires » qui doivent accompagner la tarification du carbone, le programme permettrait de retrancher 3 millions de tonnes de GES sur les 13 prochaines années, au coût de 395 $ la tonne.

« L’atténuation cumulative d’ici 2030 représente une très petite part des émissions provenant du transport de passagers au Québec, qui étaient de 17 Mt CO2 en 2014 », peut-on lire dans le rapport dont Le Devoir a obtenu copie.

Instauré en 2012, le programme offre aujourd’hui, entre autres, un rabais de 8000 $ pour une voiture neuve entièrement électrique. Des rabais s’appliquent aussi sur les hybrides rechargeables, les hybrides et les bornes. Selon les données officielles, les rabais et remboursements totalisent jusqu’ici 116,5 millions.

À ce jour, 6100 voitures électriques ont bénéficié d’un rabais, comparativement à 7600 hybrides rechargeables et 15 200 hybrides. Le programme est en vigueur jusqu’à la fin 2020, à moins que les fonds déjà prévus ne s’épuisent d’ici là. Le plan de Québec vise 100 000 véhicules électriques et rechargeables d’ici 2020.

6100
voitures électriques ont bénéficié d’un rabais à ce jour, comparativement à 7600 hybrides rechargeables et 15 200 hybrides.

« Sauf erreur, cette politique va faire l’objet d’une révision. Et quand vous faites ça, vous allez vouloir effectuer le genre d’analyse dont on parle, a dit mercredi le président de la Commission, Chris Ragan, également professeur d’économie à l’Université McGill. Ça réduit les émissions, mais ça le fait à un prix très élevé. […] Et si les gens disent qu’on est passé à côté de certains avantages des subventions, voyons de quoi il s’agit et tentons de les quantifier, parce qu’il faudrait que ça soit pas mal gros pour réduire le prix de 395 $ la tonne. »

Le Québec a pour objectif de réduire ses émissions de GES de 37,5 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 1990. La réduction, en date de 2012, se situait à 8 %.

Train de mesures

La stratégie d’électrification des transports fait partie d’un ensemble de mesures mis en place pour lutter contre les changements climatiques. Alors que d’autres optent pour une taxe carbone, le gouvernement québécois a mis en place un système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions (SPEDE). Celui-ci contraint les émetteurs à réduire leurs émissions graduellement sous peine de devoir acquérir des droits. S’ils réussissent, ils peuvent en revendre.

Lors de la dernière vente aux enchères de droits organisée par le Québec et la Californie, dont les marchés du carbone sont unis depuis 2014, le prix final des droits applicables au millésime 2017 était de 18,82 $.

La Commission affirme que la tarification du carbone joue un rôle central dans la réduction des GES, mais plaide pour l’ajout de « politiques complémentaires » visant à renforcer ce système.

Le programme de rabais sur les voitures électriques est un exemple de politique complémentaire à la tarification du carbone, tout comme le sont les intentions du gouvernement de l’Alberta de cesser graduellement, d’ici 2030, de recourir au charbon pour produire de l’électricité.

Ces politiques doivent notamment être prévisibles, flexibles, rigoureuses et bien évaluées au fil du temps, affirme la Commission. Car la tarification a ses limites, entre autres à cause d’imperfections du marché et de la difficulté à pouvoir mesurer toutes les émissions.

Les gouvernements auraient pu mieux expliquer la tarification du carbone, selon M. Ragan. « Je reconnais les efforts qu’ils ont faits pour élaborer les politiques. Nous vivons quand même dans un pays où 80 % de l’activité économique a lieu dans les provinces qui se sont dotées, en gros, d’un prix du carbone plutôt bien conçu. Mais c’est souvent le cas pour des nouvelles politiques : les gouvernements doivent expliquer la raison pour laquelle ils font ça, pourquoi c’est mieux que l’autre option, etc. »

7 commentaires
  • Daniel Grant - Abonné 8 juin 2017 06 h 35

    Soyons honnête, cessons d’abord les subventions au pétrole.

    Selon vos chiffres 6100 VE x $8000 ça fait $48,8 Millions pour le QC seulement.

    C’est un très petit investissement vers la solution du futur, à comparer à ce que reçoivent les pétrolières en subventions ($3.3Milliards / année), en crédits d’impôt, en réduction de royautés, en généreux financements sans droit de regard de la BCD et notre caisse de dépôt.

    En plus de siphonner les fonds souverains (celui de l’AB est presqu’à sec) et fonds verts, de ne pas payer leurs factures de dommages à la santé et l’environnement, les pétrolières trouvent toujours le moyen de faire faillite quand vient le temps de nettoyer les dégâts qui traînent derrière les puits de forages abandonnés. Nous apprenons cette semaine que nos taxes vont subventionner un prêt de $200 Millions ou plus à l’AB pour nettoyer les puits abandonnés

    Oui réfléchissons aux subventions. Une subvention peut s’expliquer quand il n’y a pas d’alternatives, mais aujourd’hui les énergies solaire et éolienne sont disponibles, moins chères et plus efficaces que le pétrole.

    Seuls les nantis qui veulent faire parti de la solution ont un VE sans subvention, mais avec une subvention de $8000 ça permet à plus de gens de faire parti de la solution.

    Le problème n’est pas le citoyen moyen qui ne peut pas s’acheter un VE, la demande n'attend que l'offre, le vrai problème ce sont les nantis qui n’achètent pas de VE.

    • Daniel Vézina - Abonné 8 juin 2017 13 h 28

      Les nantis s'achètent une Tesla S ou X, car ils en ont les moyens.

      Ce sont plutot les moins nantis justement, qui même avec les subventions, ne peuvent se payer une Leaf ou une Bolt, alors imaginez une Tesla...

  • Sylvain Auclair - Abonné 8 juin 2017 07 h 34

    Bonus-malus

    Le Québec devrait faie comme la France et financer ses subventions envers les voitures moins énergivores par des surtaxes (malus) sur les voitures plus énergivores, de manière à avoir un programme à cout nul.

  • Jean Richard - Abonné 8 juin 2017 09 h 21

    Un programme à abolir

    Ce programme libéro-péquiste est de plus en plus contesté et pour cause. C'est très cher payé pour des résultats qui pourraient à moyen terme être négatif (c'est-à-dire qu'il pourrait contribuer à augmenter les émissions de GES et non les réduire).

    Il faut dabord rappeler que le cadeau aux acheteurs de véhicules rechargeables n'est pas de 8000 $ mais beaucoup plus. Il faut y ajouter 600 $ pour la prise électrique et le congé de taxes (d'accise, de transport, de carbone et de transport en commun). Au bout de 5 ans, le coût pourrait grimper entre 12 000 et 15 000 $.

    Économiquement, c'est un fiasco. Une voiture rechargeable coûte plusieurs milliers de dollars de plus qu'un voiture à essence offrant la même capacité de transport, et comme elles sont toutes construites à l'extérieur du Québec, c'est une importante somme supplémentaire qui sort, qui ne sera pas compensée par l'économie en essence (aussi importée). Et pour en ajouter, il y a maintenant une remise de 4000 $ pour l'achat d'une voiture rechargeable d'occasion achetée en dehors du Québec – oui, le Québec va devenir une poubelle de voitures à batteries.

    Alors que dans tous les coins du monde on investit massivement à la fois dans le transport actif et dans les transports en commun électrifiés, on constate que le Québec ne fait pas partie de ceux qui vont dans cette direction. Le bilan des dix dernières années se limite à trois nouvelles stations de métro. Et pour les dix prochaines années, les prévisions sont plutôt sombres. Le contesté projet REM n'est pas un projet de transport collectif efficace (rapport coût/efficacité très faible) mais un outil d'étalement urbain pour les promoteurs immobiliers. Les autobus à batterie, les sociétés de transport n'en veulent pas car elles feront augmenter les coûts et les obligeront à réduire le service.

    Miser sur la voiture individuelle, c'est faire fausse route, on le dit de plus en plus.

    • Daniel Grant - Abonné 8 juin 2017 12 h 07

      Véhicule Électrique inclus tous les modes de transport qui contribuent à plus de 25% des GES et tous les dégâts sanitaires et environnementaux qui sont bien documentés.

      M. J. Richard Il faudrait commencer par reconnaître le problème avant de critiquer les solutions et d’étiqueter les gens ou les programmes comme si ça réglait le problème.

      C’est une escroquerie intellectuelle que d’affirmer que le VE pourrait augmenter les GES. Vous ne pouvez pas supporter une telle affirmation sans butiner des informations éparses qui sont en accord avec votre idéologie. On fait ça avec les cerises aussi, attention aux cerises pourries.

      Qu’est-ce qui vous agace dans un programme, qui cherche à équilibrer l’économie et l’environnement, qui crée déjà plus d’emplois propres et bien rémunérés, qui nous fait avancer vers la transition énergique du futur?

      Même l’Arabie Saoudite investit massivement dans le solaire parce que plus efficace et moins cher que le gaz pour produire l’électricité, alors ce n’est qu’une question de temps et de volonté politique où les VE seront beaucoup moins cher que les bagnoles à pollution et que les propriétaires de VE pourront charger leur VE à maison fait de matériaux solaires avec des accumulateurs qu’on ne peut même pas imaginer aujourd’hui. Nous avons déjà le PowerWall de Tesla mais ce n’est qu’un début.

      Et si jamais on se trompait, est-ce que ça vous agacerait d’avoir de l’air et de l’eau propre, une terre qui n’est pas intoxiquée où la faune et la flore peuvent vivre en santé? Est-ce que votre portefeuille d’actions serait à la baisse? Méfiez-vous des actifs pétroliers bloqués, « on le dit de plus en plus ».

  • Jacques A. Lévesque - Abonné 8 juin 2017 21 h 03

    L'électrification des transports, c'est avoir de la vusion

    L'électrification des transports, de tous les types de transport est la seule voix qui va nous permettre de sauver notre planète. Je vis en région et l'accès aux transports en commun électriques n'est pas pour demain. L'auto électrique est un atout important. Avec le développement d'autos électriques de plus en plus autonomes (la Bolt fait 400 km avec une charge en 2017 ), l'auto électrique deviendra le choix de la majorité des gens vivant en région. Mais il faut que notre gouvernement ait une vision claire de l'électrification des transports pour amener la population à reconnaître les méfaits de l'énergie fossile. Ça prend des incitatifs, mais aussi des obligations, comme au Vermont et en Californie, ou l'on oblige les concessionnaires automobiles à vendre un %précis de VE. Nous n'avons pas besoin d'attendre d'avoir les problèmes de pollution des grandes villes de ce monde pour commencer à modifier nos comportements. Acheter, c'est voter. J'ai acheté une voiture électrique qui ne satisfait pas parfaitement mes besoins, mais de ce fait, j'investis dans l'électrification des transports!