L’intelligence artificielle, moteur économique

La ministre de l’Économie était en entrevue exclusive au «Devoir» vendredi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La ministre de l’Économie était en entrevue exclusive au «Devoir» vendredi.

La ministre de l’Économie, Dominique Anglade, en a assez du « saupoudrage » et croit qu’en accordant la priorité au domaine de l’intelligence artificielle, ce sont tous les secteurs et toutes les régions du Québec qui en profiteront.

En entrevue éditoriale au Devoir vendredi, la ministre en poste depuis janvier 2016 a insisté sur l’importance de miser sur l’innovation pour permettre au Québec de se démarquer. Elle estime que la création prochaine d’une grappe en intelligence artificielle et l’investissement de 100 millions sur cinq ans pour soutenir ce secteur porteront des fruits.

« L’intelligence artificielle est assurément une priorité. Je pense qu’on saupoudre trop souvent au Québec et qu’on ne choisit pas de manière claire ce qui est important, affirme-t-elle. On fait un choix très concret qui va rejoindre les différentes régions du Québec. »

« L’intelligence artificielle a un impact sur la santé, sur l’agriculture, sur le secteur aérospatial. C’est transversal, poursuit-elle. C’est pour ça que c’est aussi important. Ça permet d’avoir un levier dans l’ensemble des secteurs dans lesquels on se démarque. »

Recette différente

Montréal se distingue en matière d’intelligence artificielle sur la scène internationale grâce à ses chercheurs de renom, comme Yoshua Bengio, directeur de l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal, et à la présence grandissante de géants comme Google et Microsoft.

L’intelligence artificielle a un impact sur la santé, sur l’agriculture, sur le secteur aérospatial

 

Pour appuyer le secteur, la ministre Anglade ne pense pas qu’il sera nécessaire d’employer la même recette qu’avec l’industrie du jeu vidéo, qui a pris racine en bénéficiant de généreux crédits d’impôt.

« Je ne suis pas sûr que ce soit le même contexte, dit-elle. Il faut avoir un environnement attrayant pour attirer des joueurs de calibre mondial, mais ce n’est pas nécessairement une question de crédits d’impôt. Ce que l’on cherche à avoir d’abord et avant tout, le nerf de la guerre, c’est le talent. »

Transformation

Selon la ministre Anglade, l’économie du Québec se porte « relativement bien ». Elle soutient qu’en misant sur trois piliers — les PME, les exportations, et ce qu’elle appelle le « manufacturier innovant » —, le gouvernement sera en mesure de moderniser l’économie du Québec.

La ministre reconnaît que l’investissement privé a diminué au cours des dernières années, passant de 18,6 milliards de dollars en 2014 au chapitre des immobilisations à 17,7 milliards cette année, selon les prévisions de l’Institut de la statistique du Québec.

Mais elle croit que les priorités présentées par le gouvernement sont alignées avec les besoins des entreprises et que les résultats seront au rendez-vous. « Transformer une économie ne se fait pas en un an. Ça s’inscrit dans la durée, donc il faut poursuivre les efforts qu’on a entamés. »

Mme Anglade se réjouit par exemple de voir qu’une étude publiée cette semaine par la Banque de développement du Canada (BDC) place le Québec en tête des provinces canadiennes pour ce qui est de l’intégration des technologies numériques en entreprise.

Avec seulement 5 % des entreprises manufacturières québécoises ayant entièrement numérisé leur production, elle admet cependant qu’« il reste beaucoup de travail à faire ».

ALENA : défendre l’exception culturelle
À l’aube de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), la ministre Anglade affirme que le Québec adopte une approche « proactive » pour défendre deux dossiers prioritaires : la gestion de l’offre et l’exception culturelle. « L’aspect culturel est essentiel. Il en va de la force motrice du Québec. Si nous ne sommes pas capables d’aller défendre ça, on a un sérieux problème », dit-elle, sans toutefois proposer de solutions précises pour faire face aux géants américains comme Netflix. « Rien n’est arrêté pour l’instant. Nous ne sommes même pas entrés en négociation. Je pense qu’il faut qu’on trouve des mécanismes qui empêchent qu’il y ait des iniquités. »

Baisse d’impôt pour les entreprises ?
Si le président américain, Donald Trump, parvient à abaisser, comme il le souhaite, l’impôt des entreprises américaines de 35 % à 15 %, la ministre Anglade affirme que le gouvernement devra se poser des questions. « Il faudra qu’on se demande si nous sommes compétitifs, parce qu’il faut qu’on regarde ce que les voisins font. On ne vit pas en vase clos, note-t-elle. Mais nous n’en sommes pas là. Parce que je suis convaincue que les entreprises, bien au-delà de la taxation, regardent plusieurs autres facteurs. » Il y a deux semaines, le président de l’entreprise Lassonde, Jean Gattuso, a indiqué qu’il pourrait déménager une partie de sa production aux États-Unis en cas de baisse d’impôt substantielle.

Sièges sociaux : pas de législation
Sous le règne de Dominique Anglade à l’Économie, St-Hubert, Rona et Tembec ont été acquis par des intérêts étrangers. Pour éviter la perte de fleurons québécois, Québec a présenté un plan en février dernier, et le gouvernement n’a pas l’intention de légiférer. « Dans ces gros dossiers-là, ce n’est pas vrai qu’on peut agir avec du mur à mur. Parce que chaque entreprise est différente », soutient la ministre, tout en soulignant que le gouvernement ne restera pas les bras croisés si des entreprises phares comme SNC-Lavalin ou CGI sont menacées. Elle rappelle par ailleurs qu’en matière de sièges sociaux, « nous sommes plus des conquérants que des proies ».
2 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 3 juin 2017 12 h 30

    Elle soulève de nombreux problèmes : exception culturelle à l'alena, baisse d'impôts des américains, protection des fleurons Québécois.

    Mais elle n'offre aucune solution...!

    À quoi sert cette ministre?

  • Robert St-Onge - Abonné 3 juin 2017 15 h 32

    Il faut avoir un environnement attrayant pour attirer des joueurs de calibre mondial. Que de beaux rêves.

    Un système d'éducation délabré, un système de santé en crise permanente avec les médecins les mieux rémunérés au Canada, un parti au pouvoir depuis 15 ans reconnu comme le plus corrompue des temps moderne, un système de justice digne d'une république de bananes, les CPE en plein désorganisation, une métropole défusionnée e ingérable qui croule sous les chantiers et j'en passe. Tous des conditions gagnantes.

    Une chance que le dollar Canadien a suivie à la baisse les cours du pétrole et replongé sous le 75¢ sinon ce serait aussi la catastrophe économique. Si elle avait la moindre fierté la ministre, elle retournerait a la CAQ.

    « Transformer une économie ne se fait pas en un an. Ça s’inscrit dans la durée, donc il faut poursuivre les efforts qu’on a entamés. » Avec cette bande la on en finit plus de perdre du terrain. Encore quelques années et le Québec deviendra probablement la région la plus pauvre de l'Amérique du Nord.