Les entreprises excentrées plombent le bilan carbone

Selon Vivre en ville, ces résultats s’expliquent principalement par le fait que les pôles situés en périphérie sont mal desservis par les transports collectifs.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Selon Vivre en ville, ces résultats s’expliquent principalement par le fait que les pôles situés en périphérie sont mal desservis par les transports collectifs.

En décidant de quitter le centre-ville de Montréal, de Québec ou de Sherbrooke pour s’installer en périphérie, les entreprises alourdissent grandement le bilan carbone de la province, révèle une étude qui sera dévoilée ce jeudi par l’organisme Vivre en ville, dont Le Devoir a obtenu copie.

En analysant 18 pôles d’activité situés dans les cinq plus importantes régions du Québec, l’organisation spécialisée en urbanisme en arrive à la conclusion que l’éparpillement des entreprises et des organismes accroît les émissions de gaz à effet de serre et complique la lutte contre les changements climatiques.

L’analyse de Vivre en ville, en partie financée par le ministère des Transports du Québec, démontre que les visiteurs qui se déplacent vers les pôles d’activité situés en périphérie émettent entre 9 % et 174 % plus de gaz à effet de serre que ceux qui se dirigent vers les centres-villes.

« Plusieurs entreprises ont choisi de déplacer les emplois du centre d’agglomération vers la périphérie, avec l’intention de se rapprocher des travailleurs, affirme la directrice générale adjointe de Vivre en ville, Jeanne Robin. Maispour se rendre à un pôle situé en périphérie, on utilise généralement la voiture, ce qui alourdit le bilan carbone. »

 

   

Écarts importants

Vivre en ville s’est servi des résultats des récentes enquêtes Origine-Destination, qui permettent de connaître les habitudes de déplacement des Québécois, pour calculer le bilan carbone des visiteurs des différents pôles.

La quantité moyenne de CO2 émise par déplacement a été établie en tenant compte de la distance parcourue, du mode de transport utilisé et du motif du déplacement (travail, études, magasinage, etc.).

Pour la région de Montréal, l’organisation observe par exemple que les visiteurs du boulevard Taschereau émettent en moyenne 20 % plus de GES que ceux qui se rendent dans le quartier des affaires de la métropole. Il en va de même pour les visiteurs de la Place Charles-Le Moyne de Longueuil (+50 %), du Quartier DIX30 de Brossard (+77 %) et du Technoparc St-Laurent, situé dans l’ouest de l’île (+174 %).

Ailleurs au Québec, les résultats pointent dans la même direction. On constate des écarts particulièrement prononcés pour les visiteurs du Parc technologique de Québec (+103 % par rapport au quartier Saint-Roch), du pôle Fleurimont de Sherbrooke (+120 % par rapport au centre-ville) et du parc industriel Dessureault de Trois-Rivières (+63 % par rapport au centre-ville).

 

   

Concentrer les emplois

Selon Vivre en ville, ces résultats s’expliquent principalement par le fait que les pôles situés en périphérie sont mal desservis par les transports collectifs et que les visiteurs parcourent de grandes distances pour les atteindre.

L’organisation incite donc les entreprises et les gouvernements à concentrer les emplois dans les pôles centraux, où la densité de la population et l’accès aux services de transport sont au rendez-vous.

« Il y a beaucoup de compagnies qui se présentent comme des entreprises écoresponsables. Mais ce qu’on montre avec l’étude, c’est que l’écoresponsabilité passe par les choix de localisation, fait remarquer Jeanne Robin. Si on ne considère pas la localisation, à notre avis, on ne peut pas se décrire comme une entreprise écoresponsable. »

La directrice générale adjointe admet que la mise en service du Réseau électrique métropolitain (REM) pourrait changer le portrait, notamment au Quartier DIX30, mais elle demeure sur ses gardes. « Le manque d’accessibilité général du DIX30 va être en partie compensé par le REM, mais sans doute pas suffisamment pour complètement renverser la tendance », dit-elle.

« Activité accrue » au centre-ville

Cela dit, la densification souhaitée par Vivre en ville est en marche, si on en croit le plus récent rapport de la firme de courtage immobilier Newmark Knight Frank Devencore. L’étude dévoilée mardi fait état d’une « activité accrue » dans le marché de bureaux au centre-ville de Montréal, malgré l’abondance persistante d’espaces disponibles.

« À mesure que la concurrence pour attirer et retenir les jeunes employés talentueux devient de plus en plus vive, les locataires qui cherchent à renouveler leur bail ou à emménager dans de nouveaux locaux reconnaissent les avantages stratégiques inhérents à l’emplacement de leurs lieux de travail, incluant l’accès au métro et aux lignes du REM », écrit-on.

Le taux de disponibilité des bureaux du centre-ville à la fin du premier trimestre de 2017 était de 12,1 %, comparativement à 12,3 % à pareille date l’an dernier. Les espaces disponibles sont plus nombreux dans le corridor de la rue Sherbrooke (22,7 %) et plus rares dans le Quartier international (6,2 %).

Pour se rendre à un pôle situé en périphérie, on utilise généralement la voiture, ce qui alourdit le bilan carbone.

2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 25 mai 2017 09 h 19

    Une autre dimension de l'étalement

    Au milieu du siècle dernier, la voiture individuelle était déjà accessible au commun des mortels et les transports collectifs urbains devenaient de plus en plus déficients. Le résultat : la banlieue modelée sur le tout-à-l'auto devenait le rêve de tous et chacun. L'exode vers la banlieue était enclanché. L'étalement se faisait réalité. Il ne manquait que des autoroutes pour compléter le portrait. Les gouvernements qui se sont succédés à Québec, sans exceptions, se sont mis à miser sur les routes et les autoroutes. On a déroulé l'asphalte par centaines de kilomètres, faisant du Québec la province la plus asphaltée du Canada, on a gardé ces routes publiques et gratuites pour mieux cacher le coût réel de ce choix automobile et on a courtisé les banlieusards puisque le vote était maintenant en banlieue.

    L'étalement a d'abord été résidentiel. On parlait jadis, et pour cause, des banlieues dortoirs. L'étalement commercial (y compris le commerce de la culture) a rapidement suivi les consommateurs. On a commencé avec le style boulevard Taschereau pour en arrivée au règne des mégacentres commerciaux à proximité du croisement de deux ou plusieurs autoroutes. Pour compléter l'offre commerciale des mégas, on a vu pousser comme des champignons les chaînes de dépanneur-station-service, plus près des habitations, pour le litre de lait qui manque ou la caisse de Molson.

    Troisième phase de l'étalement, l'industriel. Les industries se sont rapprochées non pas vraiment des travailleurs, mais des autoroutes car le camion avait détrôné le train pour le transport des marchandises.

    Et nous en sommes maintenant à la quatrième phase, l'étalement d'affaires.

    L'étalement nous a poussés dans un cul-de-sac. Il a fait exploser les besoins en transport, et laissé peu de chances que le transport collectif fasse partie des solutions. Les transports collectifs ont été exclus du développement des banlieues et il est illusoire de penser qu'on va inverser la vapeur (même avec le REM)

  • Pascal Barrette - Abonné 25 mai 2017 13 h 59

    Visiteur, navetteur?

    C’est quoi un visiteur? Ce mot est habituellement associé au tourisme. Il semble ici faire partie d’un nouveau jargon écologique. On finit par comprendre mais il aurait été moins irritant de définir «visiteur» dès le départ, ou mieux encore de choisir un mot moins ambigu comme le belge «navetteur».

    Pascal Barrette, Ottawa