La robotisation aura des impacts limités, selon un dirigeant de l’OCDE

Entre 2003 et 2015, le nombre de robots installés annuellement à travers le monde a plus que triplé.
Photo: Chuck Burton Associated Press Entre 2003 et 2015, le nombre de robots installés annuellement à travers le monde a plus que triplé.

Pas de panique, affirme Mark Keese, le chef de la Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE : les changements technologiques n’entraîneront pas de chômage massif au Canada, comme le font craindre plusieurs études au ton alarmiste.

Ce dirigeant de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de passage jeudi à Gatineau pour participer au congrès annuel de l’Association des économistes québécois, ne remet pas en question les impacts potentiels de la robotisation sur le marché du travail. Mais il invite à la retenue.

« Certains chercheurs ont dit que près de 50 % des emplois pourraient disparaître au cours des 10 ou 20 prochaines années. Je crois que c’est exagéré », a-t-il lancé devant un parterre d’économistes des secteurs public et privé.

Selon les calculs de l’OCDE, 9 % des emplois canadiens pourraient disparaître au cours des deux prochaines décennies en raison de la robotisation et des changements technologiques, et 24 % subiront à tout le moins d’importants changements.

Ces prévisions présentent un tableau moins sombre que celui dépeint par la firme McKinsey, qui estime qu’au Canada, 40 % des emplois actuels disparaîtront d’ici 10 ans. Le Brookfield Institute, un organisme de recherche affilié à l’Université Ryerson de Toronto, a pour sa part évalué que 42 % des emplois au Canada, tout comme au Québec, présentent un risque élevé d’automatisation.

À l’inverse, un rapport dévoilé en mars dernier par l’Institut C.D. Howe concluait que seulement 1,7 % des emplois canadiens se trouvent dans des secteurs d’activités où le risque d’automatisation est jugé élevé pour 75 % des postes.

9%
Pourcentage des emplois canadiens qui pourraient disparaître au cours des deux prochaines décennies en raison de la robotisation, selon l’OCDE

Tendance lourde

Si les experts ne s’entendent pas tous sur les chiffres, la tendance de fond est cependant bien réelle. Entre 2003 et 2015, le nombre de robots installés annuellement à travers le monde a plus que triplé, passant de 80 000 au début du siècle à 250 000 il y a deux ans, a fait remarquer M. Keese.

« Même si tous les emplois ne vont pas disparaître, ça va changer énormément. Il faut donc accompagner les travailleurs et leur donner des compétences supplémentaires », souligne le responsable de l’OCDE en entrevue au Devoir.

« On voit que les gens qui ont une très forte compétence en littératie participent beaucoup plus souvent à la formation continue que les gens ayant moins de compétences. C’est un problème, précise-t-il. Il faut changer leurs mentalités, mais aussi leur donner les moyens de le faire », en offrant notamment des formations aux horaires flexibles.

Occasion à saisir

Dans le cas du Québec, les changements technologiques qui promettent de bouleverser plusieurs secteurs de l’économie ne doivent pas être vus comme un danger, mais bien comme une occasion à saisir, a fait valoir jeudi Dalil Maschino, qui est directeur de l’analyse et de l’information sur le marché du travail au ministère de l’Emploi.

Après tout, si le Québec souhaite accélérer sa croissance économique et améliorer son niveau de vie, ses outils sont limités, a-t-il exposé : la population active diminue, le taux de chômage est bas et le taux d’emploi est élevé, ce qui signifie qu’il n’y a plus beaucoup de ressources disponibles pour faire croître la main-d’oeuvre.

« Il reste la boîte magique, celle de la productivité. C’est dans ce contexte-là que les nouvelles technologies et les innovations représentent une occasion énorme. […] Ce n’est pas une mauvaise nouvelle, à condition d’attraper la balle au vol. »

Le gouvernement du Québec semble conscient de la nécessité de former les travailleurs en cours de carrière et d’arrimer les besoins du marché du travail et la formation offerte dans les établissements d’enseignement. D’ici cinq ans, il prévoit d’investir 72 millions de dollars pour favoriser l’accès aux études à temps partiel et accroître l’accessibilité à de la formation continue ou d’appoint. Mais est-ce suffisant ?

« Il est trop tôt pour savoir si ces initiatives vont réellement permettre de changer les choses », répond prudemment Mark Keese, de l’OCDE.

5 commentaires
  • Robert Aird - Abonné 19 mai 2017 10 h 16

    Mais de quelle planète parle-t-on ici?

    Cet article est à l'image du déni dans lequel patauge notre société capitaliste. Comment peut-on encore parler de moyens pour assurer la croissance économique dans un monde de plus en plus fini? L'idée de subordonner le sort de l'humanité à celui d'une croissance continuelle est absurde et un simple calcul suffit pour en faire la démonstration. Serge Latouche dans L'Âge des limites donne cet exemple: ''Avec une hausse du PNB par tête de 3,5% par an, on aboutit à une multiplication de 31 en un siècle, de 972 en deux siècles et de 30 000 en trois siècles! Croit-on vraiment qu'une croissance infinie est possible sur une planète finie?''

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 19 mai 2017 15 h 14

      Une hausse du PNB par tête de 3,5% par an ne m'énerve pas, au contraire. Par contre, le taux de fécondité et la surpopulation dans certains pays peu développés m’inquiète beaucoup étant donné la finitude de la terre. L’exemple de Haïti où la population double tous les 25 ans est particulièrement inquiétant.

      Qu’on me permette de citer ici Pierre-Raymond DUMAS, écrivain et professeur de sciences sociales haïtien, qu’on ne peut taxer de racisme.

      « Le contrôle des naissances en Haïti, un impératif majeur», selon le professeur Pierre-Raymond DUMAS dans le Juriste haïtien le 7 janvier 2008 :

      « ... le phénomène de l'explosion démographique. Ce déséquilibre macabre et dévastateur qui s'amplifie sans cesse entre nos ressources matérielles et notre taux de natalité est à la base de la presque totalité de nos plaies abyssales, de nos grands défis, de nos difficultés les plus alarmantes : la dégradation environnementale, la bidonvillisation, le pullulement des marchés-marchands ambulants, la criminalité bondissante, les boat people, les écoles-universités borlette, l'exode rural, les enfants des rues, la délinquance juvénile, la pédophilie, etc., etc.

      Ce pays est trop pauvre pour répondre aux besoins immenses et pressants de tous ses fils qui naissent en si grand nombre. Cette spirale infernale-population-pauvreté - s'est accélérée sous les coups de boutoir de l'instabilité politique et de l'affaissement de l'autorité de l'Etat. Si on ne la freine pas, cela finira pas mal tourner dans 15, 20, 40 ans. Mais comment ? Quand ? » (Fin de la citation)

      (Voir http://public.fotki.com/pikliz/art__culture_of_hai )

      À moyen et long terme, seul un meilleur contrôle des naissances pourra assurer la pérennité de plusieurs peuples surpeuplés.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 19 mai 2017 10 h 38

    Est-ce que l'OCDE se croit infaillible?

    La productivité de... l'un, n'est pas nécessairemnet celle de ...l'autre.

    La productivité intellectuelle et la productivité manuelle ou robotisée ...Y'a une marge entre les deux...

    Quand les entreprises parlent d'arrimage...C'est d'un arrimage à... un pôle .
    C'est toujours cet "arrimage" qui fait problème...Pourquoi insister sur le : faire des
    étudiants, des travailleurs "uni disciplinaire"... plutôt que des travailleurs "pluri disciplinaires"?...l'histoire, le français, les maths, la culture, la philosophie, etc seront un plus pour l'étudiant dans sa vie active et moderne...l'en priver ou même le suggérer, pour assouvir les "désirata" des entrepreneurs, est une injustice criante

  • René Bourgouin - Inscrit 19 mai 2017 12 h 12

    Boule de cristal et enfumage idéologique

    Chacun regarde dans sa boule de cristal et arrange les chiffres des pertes d'emplois futures en fonction de son idéologie. Ceux qui veulent croire au vertus infinies du libre marché disent que ça va bien aller. Curieux que ce soit les spécialistes du domaine qui soient les plus alarmistes...

    Même en reprenant le chiffre conservateur et possiblement honnête de 9% de l'OCDE, si ces pertes ne sont pas compensées par des créations d'emplois significatives dans d'autres domaines (lesquels?), c'est massif!

  • René Pigeon - Abonné 19 mai 2017 13 h 50

    travailleurs et de travailleuses à convertir des emplois improductifs

    Les rapports parlent des emplois disparus ou modifiés. Mais rien à prédire sur les nouveaux emplois ?

    « le taux de chômage est bas et le taux d’emploi est élevé, ce qui signifie qu’il n’y a plus beaucoup de ressources disponibles pour faire croître la main-d’œuvre » affirme le directeur de l’analyse et de l’information sur le marché du travail au ministère de l’Emploi.

    Beaucoup de diplômés ont dû accepter des emplois pour lesquels ils sont sur-qualifiés ; le phénomène a été quantifié au Québec. Au fil des années où l’emploi était difficile à trouver, beaucoup de chômeurs et de diplômés ont accepté des emplois bidon, improductifs. Des vendeurs et vendeuses de produits de « santé naturel » qui n’apportent aucun bienfait mais que Santé Canada n’ose pas classer correctement, que les pharmacies vendent alors qu’ils n’ont que l’effet placébo à offrir, ce qui constitue une perte de niveau de vie appréciable pour des familles endettées.

    Il y a au moins autant de travailleurs et de travailleuses à convertir des emplois improductifs que de travailleurs et de travailleuses productifs à former aux emplois découlant de la robotisation.