ALENA: Trudeau ne doit pas répliquer à Trump, conseille Mulroney

Ayant côtoyé Donald Trump pendant près de 25 ans, l'ancien premier ministre Brian Mulroney ne craint pas que l’impulsivité du milliardaire nuise à la renégociation de l’entente.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Ayant côtoyé Donald Trump pendant près de 25 ans, l'ancien premier ministre Brian Mulroney ne craint pas que l’impulsivité du milliardaire nuise à la renégociation de l’entente.

Face au président Donald Trump qui multiplie les déclarations incendiaires visant le Canada à l’aube de la renégociation de l’ALENA, l’ex-premier ministre Brian Mulroney n’a qu’un conseil à donner au gouvernement Trudeau : ne dites rien et « répondez par la bouche de vos canons » à la table de négociation.

« Ça ne change rien si, demain, la une du New York Times nous dit que le Canada a volé les États-Unis. Pourquoi répondre à ça ? » a déclaré M. Mulroney mercredi à Montréal, dans le cadre d’une conférence sur l’investissement organisée par Addenda Capital.

« Mon conseil serait simplement de garder la tête basse, de ne rien dire, et de se préparer pour la négociation en s’entourant des meilleures personnes. C’est de cette façon qu’on peut arriver à ses fins », a précisé celui qui conseille actuellement le gouvernement Trudeau au sujet de la renégociation de l’ALENA.

Changement de ton

Depuis son entrée en poste, le président américain Donald Trump répète qu’il souhaite renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), voire s’en retirer. Ses critiques ont d’abord visé le Mexique, qui a selon lui profité de la délocalisation de la production de plusieurs entreprises américaines, mais il s’est montré beaucoup plus dur envers le Canada au cours des dernières semaines.

À la fin du mois d’avril, il a notamment attaqué les producteurs laitiers canadiens, avant de déclarer quelques jours plus tard que le Canada a été « très dur » avec les États-Unis sur le plan commercial.

« Les Américains l’ont choisi comme président, alors il faut l’accepter, il faut l’écouter, et il faut répondre par la bouche de nos canons à la table de négociation », a insisté M. Mulroney devant le parterre d’investisseurs.

Conseiller spécial

Le gouvernement de Justin Trudeau a récemment fait appel à l’ancien premier ministre progressiste-conservateur pour obtenir des conseils dans le dossier de l’ALENA et tirer profit de son expérience. M. Mulroney était à la tête du pays au moment de la signature de la première mouture de l’accord de libre-échange, en 1992, avant son entrée en vigueur deux ans plus tard.

Ayant côtoyé Donald Trump pendant près de 25 ans, M. Mulroney ne craint pas que l’impulsivité du milliardaire nuise à la renégociation de l’entente. Selon lui, les récentes déclarations abrasives de Trump au sujet du Canada font simplement partie du jeu politique. « La période des 100 premiers jours de son mandat arrivait à sa fin et il voulait parler du plus grand nombre de sujets possible, pour pouvoir dire : “Je suis en train de régler ça” », juge-t-il.

« Ça va être des négociations civilisées. Ce ne sera pas facile du tout, mais les dernières n’ont pas été faciles non plus, fait remarquer l’ex-premier ministre. Pour certains Canadiens, les négociations avec les États-Unis sont synonymes de désastre. Mais si vous examinez attentivement les ententes conclues à l’échelle internationale au fil des décennies, vous allez conclure que le Canada s’en est plutôt bien tiré. »

Les Américains l’ont choisi comme président, alors il faut l’accepter, il faut l’écouter, et il faut répondre par la bouche de nos canons à la table de négociation 

   

Négociations à venir

La renégociation de l’ALENA débutera à la suite d’une période de 90 jours permettant au Congrès américain d’analyser la proposition qui lui sera soumise. Le gouvernement Trump n’a toujours pas déposé l’avis permettant d’enclencher cette consultation, mais Brian Mulroney prédit que les États-Unis, le Canada et le Mexique entameront les négociations l’automne prochain.

Les Américains auront évidemment une imposante liste de demandes, et les « vaches sacrées » du Canada, comme le système de gestion de l’offre, ne seront pas épargnées, prévient-il, tout en se montrant rassurant.

« Bien sûr que la gestion de l’offre sera sur la table. Mais nous aussi on aura des choses à mettre sur la table. Alors, il y aura des victoires et des pertes, […] mais on va finir avec un accord qui ne sera pas parfait, mais qui sera très, très bien. »

« Je suis persuadé que l’équipe de M. Trudeau va accomplir un travail fantastique pour notre pays », a-t-il ajouté, en soulignant que le personnel clé du premier ministre est l’un des mieux perçus par Washington parmi l’ensemble des délégations internationales.

4 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 4 mai 2017 06 h 45

    Ne vous inquiétez pas ....

    monsieur Mulroney, le p.m. ne rétorquera pas à trump, il n'a ni les mots ni l'expérience pour le faire. Il va plutôt se faire manger la laine sur le dos et se faire prendre en photo.

    • Cyril Dionne - Abonné 4 mai 2017 17 h 44

      Vous avez oublié le quotient intellectuel de notre petit prince. Celui-ci n'est pas au rendez-vous.

  • Michel Lebel - Abonné 4 mai 2017 14 h 45

    Ça suffit!


    J'en ai que cirer de voir Mulroney jouer au grand conseiller paternaliste. De jouer au ''statesman'' qui connaît bien le Donald pour le fréquenter dans son palace floridien. Toute une fréquention!

    M.L.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 4 mai 2017 16 h 44

    Bien d'accord!

    Effectivement, on ne rétorque pas au genre de commentaires que fait monsieur Trump, cela n'est pas digne d'un Premier Ministre.