Donner (son siège) au suivant

Guillaume Campeau et Théo Corboliou
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Guillaume Campeau et Théo Corboliou

Le Québec regorge d’entrepreneurs passionnés qui tentent de mettre à profit une idée ou un concept novateur. Chaque semaine, Le Devoir vous emmène à la rencontre de gens visionnaires, dont les ambitions pourraient transformer votre quotidien. Aujourd’hui, deux colocs qui veulent devenir les Robin des bois des billets de spectacle.

L’entreprise Give-a-Seat a en quelque sorte vu le jour grâce au tennis. D’abord parce que ses cofondateurs, Guillaume Campeau et Théo Corboliou, ont fait connaissance sur les courts du Centre sportif de l’Université de Montréal (CEPSUM), mais aussi parce que l’étincelle est apparue il y a quelques années à la Coupe Rogers de Montréal.

« Même si la Coupe Rogers est l’un des tournois de tennis où les billets se vendent le plus au monde, mis à part les tournois du Grand Chelem, il y a toujours des sièges qui sont vides. Ce sont soit des billets invendus, soit des billets détenus par des entreprises qui sont inutilisés », explique Guillaume, qui est responsable des chasseurs de balles du tournoi depuis plus de dix ans.

« On s’est dit qu’on pouvait utiliser une ressource perdue — les billets qui sont gaspillés — pour créer quelque chose d’intéressant. »
 

 

Projet commun

Théo vient tout juste de débarquer de France pour étudier au Québec lorsqu’il rencontre Guillaume, en 2013. Les deux étudiants à HEC Montréal deviennent amis, partenaires de tennis, puis colocataires. Ils lancent leur projet d’entreprise à la dernière année de leur baccalauréat.

Au départ, leur idée est de permettre à des particuliers de revendre des billets qu’ils ne peuvent plus utiliser et de verser une partie des recettes à des organismes à but non lucratif (OBNL). Les cofondateurs constatent rapidement que cette première incursion dans le monde des affaires pourrait s’avérer complexe et ils changent d’approche.

​Aujourd’hui, Give-a-Seat fait appel à des producteurs de spectacles ou d’événements en tous genres, qui acceptent de donner des lots de billets qui n’ont pas trouvé preneurs. Ces billets sont ensuite vendus sur le site de Give-a-Seat à environ 50 % de leur prix réel, et 80 % des revenus sont versés à un organisme choisi par le donateur. Les 20 % restants sont conservés par la jeune entreprise.

« On s’est rendu compte que c’est de cette façon-là qu’on pourrait maximiser notre impact le plus rapidement », affirme Guillaume au sujet du changement de modèle d’affaires.

« Tout le monde est gagnant, insiste Théo. Les organisateurs ont des gradins remplis, le public a accès à des billets moins chers et les organismes ont une nouvelle source de financement. »

On a envie qu’aux Jeux olympiques de Tokyo, en 2020, il n’y ait plus de sièges vides

Transformer des billets en argent

« Souvent, les producteurs qui veulent appuyer une cause vont donner des billets à un organisme en pensant leur donner un coup de main, explique Guillaume. Sauf que l’organisme se retrouve parfois pris avec ces billets-là et n’a pas les ressources pour les utiliser de façon optimale. On permet donc de transformer ces billets-là en argent, de façon assez simple. »

« On essaie d’être comme des Robin des bois. On prend à ceux qui ont trop pour donner à ceux qui n’ont pas assez », poursuit Théo.

Les deux partenaires admettent que leur entreprise n’est pas la première à « s’attaquer aux sièges vides », mais ils croient que l’approche de Give-a-Seat est novatrice. « Il y a Groupon, Tuango et La Vitrine qui vont vendre des billets moins cher, mais les producteurs hésitent à faire affaire avec eux parce que ça dévalue leurs billets. Alors qu’avec nous, le but est de mettre en valeur l’appui à une cause », fait remarquer Guillaume.

Devenir une référence

Depuis les premières transactions enregistrées l’été dernier, Give-a-Seat a vendu près de 700 billets. Des entreprises comme Evenko, Juste pour rire, Loto-Québec ou encore Tennis Canada ont donné des billets en décidant de soutenir des organismes, comme Moisson Montréal, la Fondation Martin Matte ou la Maison du père.

Les premières ventes ont en quelque sorte joué un rôle de tremplin pour l’entreprise, qui effectuera son lancement officiel le 1er juin. D’ici là, Guillaume et Théo ont mis l’affichage de billets entre parenthèses et consacrent toutes leurs énergies à faire le plein de donateurs et d’acheteurs potentiels.

Leur but avoué est de devenir une référence dans le milieu événementiel, au Québec et éventuellement ailleurs dans le monde.

« On a envie qu’aux Jeux olympiques de Tokyo, en 2020, il n’y ait plus de sièges vides », lance Théo avec un large sourire, pour donner une idée des ambitions du duo.

« On ne sera pas gênés un jour si on fait énormément d’argent, précise Guillaume. Parce que ça voudra dire que des organismes sans but lucratif en feront quatre fois plus. »

 

 

1 commentaire
  • Jeannine Laporte - Abonnée 16 avril 2017 11 h 05

    un nom français

    Encore des francophones, un du Québec, l'autre de la France, qui fondent une entreprise et lui donnent un nom anglais. Et on dira que le Québec ne s'anglicise pas? C'est une maladie et c'est honteux. Et que font les responsables de l'application de la loi 101? Et où en sont-ils d'ailleurs pour forcer les commerces à respecter la loi sur la langue d'affichage? Dites donc, faudrait peut-être vérifier que les HEC encouragent ses étudiants à faire affaire en français et à leur enseigner la Loi 101, mais surtout, à leur donner le goût du français, d'aimer leur langue.